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Diplôme | Impulsion urbaine au coeur de la briqueterie à Yaoundé (06/2011)

Le quartier de la Briqueterie est, à Yaoundé, un quartier d'habitat spontané. L’évolution du droit, la pression foncière et la stigmatisation de la population musulmane qu’il abrite sont à l’origine de dysfonctionnements urbains. Ce projet propose d’y répondre par «la patrimonialisation des vides» et «la valorisation de la construction locale».

ENSA Nantes | Urbanisme et aménagement du territoire

Ce diplôme a la particularité d’avoir été réalisé dans un cadre opérationnel, à l’issue d’une immersion de trois mois à Yaoundé, capitale du Cameroun, et d’un partenariat avec une agence locale. Le projet devait ainsi prendre en compte les dimensions économiques et temporelles, afin que les propositions soient acceptées par la Communauté urbaine. La projection globale a été réalisée en duo, la partie introductive est ainsi commune à deux diplômes. Le quartier de la Briqueterie est un quartier d'habitat spontané, comme les 70% du tissu urbain de Yaoundé. Installé depuis 1936, il souffre d'une pression foncière engendrée par la proximité du noyau central nouvellement crée et de la stigmatisation de la population musulmane qu'il abrite. Le titre foncier post-colonial ayant remplacé le droit coutumier traditionnel sans aucun suivi auprès des habitants, ceux-ci logent sur des terres qui ne leur appartiennent plus. Sur leurs propres terrains, ils deviennent sursitaires, quand la communauté urbaine veut les déloger sans recasement ni dédommagement. Si un tiers des habitants du quartier vit en dessous du seuil de pauvreté, les commerces des rues principales sont loués à prix d'or (3 500 000 FCFA par an pour 80 m2, alors que le salaire annuel moyen est de 276 000 FCFA au Cameroun, soit respectivement 5335 et 420 euros). Ce quartier, par sa dynamique commerçante et sa situation au centre de Yaoundé, possède le potentiel économique le plus important de la capitale camerounaise. Les visites et rencontres effectuées ont démontré que ce quartier, loin de l'image homogène et négative véhiculée au premier abord, est à préserver à la fois pour l'identité de la ville et la richesse des cultures de Yaoundé. Face aux demandes divergentes des autorités et aux conflits inter-ethniques et religieux, nous avons voulu démontrer la valeur de ce quartier et la possibilité de sa restructuration progressive. 1-Restructurer-par-phase.jpgAlors que la commande de la communauté urbaine se concentrait sur une frange basse, nous avons tout d'abord réfléchi sur l'ensemble du quartier. La vente du foncier disponible le long de la nervure principale Sebastien Essomba permet ainsi de renforcer un axe majeur et de lui donner une véritable dimension urbaine, tout en finançant la seconde phase, la viabilisation du quartier et son assainissement, assuré par du lagunage anaérobie et par phytoépuration dans les fonds de vallée. La troisième étape consiste à restructurer les deux bassins versants, en s'appuyant sur la patrimonialisation de deux éléments qui font l’identité du quartier : les porosités du tissu et le maraichage urbain. C’est ainsi qu’ont pu émerger deux projets de fin d’étude, Impulsion urbaine et Go Tchop. C’est sur les porosités du tissu que porte ce projet, situé sur la frange basse du quartier. Le tissu urbain du bidonville est bien différent des tissus quadrillés et lâches des nouveaux quartiers. Par sa densité et son apparente désorganisation, il offre de nombreuses porosités qui sont autant d’espaces publics à parcourir mais aussi, et c’est là l’enjeu du projet, à valoriser. 3-Patrimonialiser-les-vides.jpgUn inventaire des vides a permis d’en retirer les formes principales pour les renforcer et les réinterpréter. Ainsi, la restructuration progressive de l’îlot accentue tout d'abord les vides existants, en les transformant en traversées principales et secondaires les liant. La création des traversées permet ainsi d’assainir et de viabiliser le tissu urbain, tout en offrant de nouveaux lieux d'échange, que renforcent des équipements de proximité. Ensuite, le nouvel aménagement de la rue en fond de vallée s’inspire de l’inventaire des vides pour dessiner les parcours et les espaces publics. Il transforme ainsi l’habitat précaire en habitat décent sans inondation ni éboulement de terrain, tout en réinventant les atouts du tissu spontané. A plus petite échelle, le projet se concentre sur une traversée et la maison de quartier qui se trouve sur son parcours. Le long de la rue, les porosités existantes se transforment en micro-espaces publics, qui offrent des ponctuations de verdure et stabilisent le dénivelé du terrain. Le dessin des pleins et des vides projetés a permis d’illustrer les nouvelles interactions crées par ces espaces publics, notamment par les jardins et les cours partagés proposés dans la continuité des habitudes locales. La réhabilitation du quartier entrainera à terme la rénovation de chaque maison, mais par leur aménagement l’emprise des vides restera intacte, comme élément d’un patrimoine. La maison de quartier représente l’élan de la restructuration des maisons de l’îlot. Par sa forme et sa façade en tissu, emblème du commerce du quartier, elle devient un point de repère qui réunit et informe. Sa structure en terre crue et bambous valorise la construction locale, tandis que la bibliothèque, le centre multimédia et les salles de réunion qu’elle renferme présentent les outils d’une reconstruction collective. Dans l'approche urbaine comme dans l'approche architecturale, ce projet s'inscrit dans une démarche de petites impulsions, à l’image de l'acupuncture, dans l'idée de retrouver dans la petite échelle une démocratie urbaine et un esprit de citadinité.

Maud Nys

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Réactions

25-10-2011

Puisse ce projet très intéressant vraiment servir pour concrètement améliorer la vie des habitants de ce quartier

19-10-2011

L'inventaire des vides est une approche remarquablement belle et sensible d'un lieu si difficile à pénétrer. Ce diplôme est le témoignage d'une grande écoute et d'une grande générosité. Cette démarche m'a en ce sens touché car ces atouts sont pour moi les premières qualités d'un grand architecte. Bravo pour la justesse des réponses apportées.

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