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Diplôme | Pennsylvanien 2.0, une maison d’arrêt Porte de Charenton (06/2009)

Une maison d’arrêt philanthropique ? Un défi. Au risque d’une mécanisation infernale, la verticalité prônée répond à un besoin d’évasion. La fugue reste fantasmée ; une aspiration portée, entre autres, par un ornement carcéral où les éléments du programme émergent de la façade, un conflit architectural déformant le motif persistant des barreaux.

ENSA Paris-Malaquais | Justice

1 | Introduction […] Avec la condamnation de la France par le Conseil de l’Europe, les prisons françaises sont une question d’actualité. La surpopulation des éta-blissements, l’emprisonnement de prévenus avec des détenus, la vétusté des établissements, font de ces problèmes un enjeu majeur et actuel qu’il est urgent de résoudre. Comment vivre en prison ? Comment ressent-on le temps, l’attente dans ces 11m² où l’on vit une semaine, un mois, un an… La prison est une ville en soi, mais elle est trop souvent pensée comme une machine autonome, déconnectée de tout environnement [...] Développer une typologie carcérale dense peut être envisagée et répond à plusieurs enjeux. Une réponse économique à l’administration péni-tentiaire, en développant un modèle très dense. L’économie de terrain ne serait plus un frein à l’implantation urbaine d’une prison. […]Une typologie verticale de prison existe déjà aux Etats-Unis. […] Leur organisation en étages indépendants et superposés a limité leur ex-ploitation dans les années 80. L’autarcie des étages facilite la gestion de « petits groupes » de détenus mais leurs déplacements vers l’étage de la bibliothèque ou la cour de promenade en toiture nécessite le cloisonnement des autres étages. Un tel gel des circulations se reporte sur l’emploi du temps de chaque quartier et limite donc la tour à une dizaine d’étages. Ainsi, à l’heure où l’on reconsidère les prisons verticales, ces exemples serviront de base de travail pour une recherche typologique qui visera à développer un modèle exploitant pleinement la potentialité de la vertica-lité. […] 02.jpg2 | Prison et évasion, une réalité conflictuelle […] le terrain retenu pour le projet est actuellement une emprise de la SNCF dédiée à divers ateliers de maintenance ferroviaire. Pris entre les voies ferrées des gares de Lyon et de Bercy, il s’agit d’un terrain de 8 hectares à la limite de Paris et Charenton-le-Pont. « L’île » choisie isole et connecte le projet. […] En avril 2009, le psychiatre Louis Albrand a été chargé, au terme d’une commission, de remettre un rapport au Ministère de la Justice, sur les suicides en prison. Au-delà de la simple recommandation de construire plus de prisons, plus modernes, plus humaines pour permettre aux détenus de mieux se réinsérer, Louis Albrand a déclaré : « pour lutter contre le suicide il faut changer l’état d’esprit des prisons, et les humaniser. Il faut que le prisonnier ait l’espoir même fantasmatique de s’évader un jour ». […] L’évasion […] fictive ou réelle, montre que tout système est faillible, elle induit la notion de porosité dans un lieu dont on ne doit pas sortir, dans cette machine à surveiller, dans ce contrôle apparemment total de l’espace. Si l’on considère les moyens de surveillance actuels, il apparaît possible de s’affranchir de l’architecture panoptique, de la rendre immatérielle, pour chercher une organisation autrement plus humaine. Dès lors il semble intéressant d’introduire la « porosité » en amont du projet comme un vecteur d’humanité pour les détenus. A travers l’image du mur que l’on franchit, ne pourrait-on pas donner plus de « liberté » aux prisonniers afin qu’ils puissent évoluer de manière plus autonome dans l’enceinte de la prison ? Si l’idée d’évasion est aux antipodes de la fonction de la prison, mais qu’il est possible de la considérer comme bénéfique en termes de structure poreuse, il n’en demeure pas moins qu’un conflit existe entre ces deux langages : enfermer et s’évader. Mis en amont, ce conflit deviendrait alors le processus créateur du projet. […] 4 | Réactivation du système Pennsylvanien Si les Metropolitan Correctional Center répondaient à l’immédiateté d’un espace de vie, elles étaient dépourvues d’un vrai programme de réinsertion, du fait de la durée moyenne d’encellulement. En revanche, le système pennsylvanien y répond parfaitement. La cellule se compose d’une entrée faisant office de lieu de culte, d’un atelier et d’une partie chambre. Ce système a donc la potentialité de déployer l’espace. […] 03.jpg6 | L’entre-deux de l’évasion […] La relation des tours du projet à la ville oscille entre le camouflage, les références et l’évasion. Le camouflage s’exprime par une volonté de traiter la tour avec une résille en béton pour la rendre structurellement plus stable et la faire paraître « banale ». La tour n’affirme a priori pas son programme, seul le socle programmatique au sol remplit clairement cette fonction. La référence tient au motif des barreaux de prison que la résille reprend. [...] les boîtes programmatiques de la maison d’arrêt (salle de cours, parloirs, jardins suspendus, etc.) qui sortent de la façade opèrent un conflit en déformant le motif persistant des barreaux pour mieux se le réapproprier. La résille de barreaux n’a donc plus de discours ornemental au sens de signifier un rang, une autorité, celle de l’administration pénitentiaire. En revanche, la partie émergée de ces boîtes devient un discours de l’ordre du décoratif sur l’évasion. […] 7 | Conclusion […] Dans la mesure où le projet cherchait à concevoir une prison humaine, les barreaux, en tant qu’ornement carcéral, n’ont pas eu la même im-portance qu’au départ. Une recherche avait été engagée sur ce motif qui, plus que sécuriser les seuils, englobe l’espace. Ce travail sur l’ornement pourrait constituer une question à lui seul et donner à la tour une toute autre spatialité. Le parti a été pris ici de répondre d’abord à la fonctionnali-té du programme à travers l’idée d’habiter le mur. Le projet par sa mécanisation infernale peut choquer. Mais le problème des maisons d’arrêt semble insoluble. Il s’agit avant tout de trouver une solution pragmatique. Cette mécanisation des sas et de fait, des détenus, est déshumanisante en apparence. Elle l’est aussi formellement. Toute-fois, elle offre en contrepartie plus à la réinsertion […].

Thomas Teyssaire

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Réactions

24-02-2011

projet déplorable au niveau urbain, simple rupture monolithique dans un site déjà très fragmenter.

11-01-2011

Très bon projet, très complet.

25-12-2010

Un projet audacieux avec une réflexion complexe et pragmatique à la fois.

22-12-2010

Projet intéressant sur un sujet difficile

21-12-2010

...crime et ornement revisité!Ce projet est passionnant!