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Diplôme | Eugène Marquis : nouvelle anatomie (06/2011)

«Une personne sur deux sera atteinte d’un cancer au cours de sa vie» dixit une Campagne publicitaire de l’institut Curie en 2007. Ce projet propose d’exprimer la vie qu’il y a dans un hôpital, l’espoir et le combat des patients autant que du personnel. Enfin, il se veut une respiration dans un lieu au programme si lourd.

ENSA Bretagne | Santé

Etat des lieux Alors que le nombre de personnes atteintes du cancer augmente, les Centres de Lutte Contre le Cancer construits entre les années 1920 et 1940 évoluent. Ils s’agrandissent et se dotent de nouveaux équipements permettant de suivre l’évolution des soins. De nouveaux centres apparaissent, complétant l’arsenal des bâtiments référents déjà existants, comme le canceropôle de Toulouse qui témoigne de l’importance que cette discipline est en train de prendre dans le domaine médical. Outre la dépendance aux normes techniques et hygiéniques, les hôpitaux sont aujourd’hui des lieux qui accordent de l’importance à l’humain. Le bien-être des patients devient un facteur important dans la guérison (observé depuis quelques dizaines d’années par les équipes médicales), tout comme l’attention portée à la qualité des soins. Enjeux Le principal objectif de ce projet est le travail autour de la dualité entre ces deux espaces, dans un fonctionnement complémentaire. Exprimer la vie qu’il y a dans un hôpital, l’espoir et le combat des patients autant que du personnel, proposer une respiration dans ce lieu au programme si lourd. « Dans cet univers d’hôpital où la mort est partout, l’architecture devrait l’effacer autant qu’il est possible, exprimer la vie. Les limites de l’architecture. Elle ne peut résoudre, à peine montrer, quelques fois exprimer, du moins faut-il garder cette misérable assurance des choses face à la mort. Cette façon simple et complète à la fois de se sentir rassuré, délivré d’un poids par la seule grâce des lieux, des proportions, des accords. » Acces-au-centre.jpg Pour le centre de lutte contre le cancer, il s’agit de l’incarner au travers de la prise en charge douce. Les outils appelés soins de supports sont aujourd’hui partie intégrante du traitement du patient (kinésithérapie, aromathérapie, gestion de la douleur, groupes de paroles, atelier nutrition ou socio-esthétiques…). Ainsi, les espaces de vie de l’hôpital mettront en valeur cette implication dans l’amélioration de la situation des malades, voire la guérison. Ayant pris connaissance de ces données et des enjeux que présente l’oncologie pour la société de demain, j’ai souhaité m’intéresser à la situation de Rennes. Situation Le Centre de référence pour la Bretagne est le Centre Eugène Marquis, situé à Pontchaillou à Rennes, constitué : - d’un bâtiment médico-technique (construit en 1923), - et d’un bâtiment d’hospitalisation(extension construite en 1989). Le projet est orienté autour de deux problématiques majeures mises en évidence lors de mes recherches. Le centre de lutte contre le cancer comme bâtiment hospitalier, soumis à des contraintes techniques, aseptiques… très rigoureuses. Mais surtout, le centre de lutte contre le cancer comme un bâtiment qui, au-delà de l’hôpital, propose une prise en charge douce, complémentaire des traitements médicaux et qui se veut être un espace de décompression, permettant aux patients d’échapper à leur condition de malade. Patio-ambiance-de-nuit.jpg Comment réussir à faire cohabiter harmonieusement ces deux modes de traitement très différents ? Le projet traite justement de cette dualité de manière affirmée. Les patients viennent à différentes fréquences et séjournent plus ou moins longtemps en fonctions du type de traitement dont ils bénéficient. Ils viennent par périodes pendant plusieurs années. Chaque service fonctionne donc selon des temporalités différentes. Les séjours au centre de lutte contre le cancer vont donc faire partie intégrante de la vie des patients. C’est pour cela, et considérant le fait qu’une personne sur deux sera atteinte d’un cancer au cours de sa vie, que j’ai souhaité ouvrir ce centre et le rendre visible, faire qu’il existe auprès de la population. Intervention Les soins de support sont regroupés dans le hall central, et constituent un point névralgique du projet. Ils sont à l’origine du dynamisme du lieu. Le patio qui s’étend tout au long du projet permet, outre un apport de lumière, de mettre en écho ces nouveaux espaces avec des percées dans le bâtiment. Ainsi, où qu’ils se situent dans le centre, les usagers bénéficient de multiples vues, d’espaces aérés et lumineux. Ces percées créent des espaces de détente, de lecture, de rencontre… mais permettent également d’ouvrir l’hôpital vers la ville car il devient visible depuis le métro aérien. L’usage de matériaux, couleurs, types d’ouvertures différents viennent renforcer l’individualisation des espaces. Il offre des parcours et expériences variant suivant le type de soin et pouvant évoluer dans le temps, adaptés à chaque situation. Ainsi, outre l’aspect technique et fonctionnel d’un tel programme, mettant en valeur les progrès de la médecine, ce projet se veut fondamentalement humaniste. Son ouverture permet une intégration dans la ville afin d’aider à la dédramatisation de ce type de lieu en offrant une visibilité, notamment depuis le métro. Cette perméabilité au monde extérieur gomme les contraintes des nombreux déplacements en centre de soin, en proposant une architecture facilitant la familiarisation avec l’hôpital et en lui donnant une place dans l’espace urbain.

Hélène Martin

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