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Diplôme | GUNKANJIMA, l'île navire de guerre (06/2011)

Gunkanjima est le surnom donné à l’île Hashima, perdue dans les eaux de la mer de Chine Orientale, à une quinzaine de kilomètres du port de Nagasaki au sud-ouest du Japon. Cité idéale, « utopie organisationnelle », elle est abandonnée depuis 1974 et laissée au gré des vents, typhons et raz-de-marée.

ENSA Bretagne | Patrimoine

Gunkanjima est le surnom donné à l’île Hashima, perdue dans les eaux de la mer de Chine Orientale, à une quinzaine de kilomètres du port de Nagasaki au sud-ouest du Japon. Cité idéale, « utopie organisationnelle », elle est abandonnée depuis 1974 et laissée au gré des vents, typhons et raz-de-marée. Colonie minière de la fin du XIXe siècle, la firme nationale Mitsubishi y exploitait le charbon et afin de loger ses ouvriers et leurs familles, elle créa cette île-ville artificielle accrochée au récif original en gagnant du terrain sur la mer. a.jpgL’entreprise va ainsi mettre en œuvre un urbanisme patronal et concevoir une cité d’entreprise composée d’une improbable juxtaposition de bâtiments à tendance brutaliste. Plus de soixante-dix bâtiments furent érigés sur l’île entre les bâtiments industriels, ceux d’habitation, de loisirs, de commerce, d’éducation. Malgré l’étroitesse des appartements, l’île offrait toutes les commodités d’une ville moderne et comptait, dans les années cinquante, neuf fois plus d’habitants au mètre carré que Tokyo. Véritable laboratoire ou incubateur d’architecture, de nombreuses innovations techniques apparaissent sur ce micro territoire comme le premier immeuble d’habitat collectif en béton armé construit en 1916 ou les premiers « toits jardins » au Japon. Cependant à partir des années 70, le Japon changea sa politique énergétique et préféra importer plutôt qu’exploiter le charbon. Le 15 janvier 1974, Mitsubishi organisa une cérémonie avec le syndicat des travailleurs rendant public la décision annonçant la fermeture de la mine. En un peu moins de trois mois, la totalité des habitants avaient quitté Gunkanjima. Fantôme du modernisme et des idéologies qui l’accompagnaient, cette carcasse de béton endormie semble aujourd’hui dériver à travers les temps. Propriété de Mitsubishi jusqu’au début des années 2000, la destruction revenant trop cher, elle perdure dans un état progressif de décomposition naturelle et génère un état de ruine dont persistent encore des traces de la présence humaine. En 2005, l’île est cédée à la ville de Nagasaki qui y voit un potentiel touristique fort et en 2007, un cheminement d’une centaine de mètres est envisagé afin de pouvoir parcourir le monument. Depuis le printemps 2009, l’accès à une partie de Gunkanjima est ainsi possible et permet aux visiteurs de découvrir cette ruine. Ce bout de territoire extrême est donc le point de départ de mon diplôme de fin d’étude en architecture. La désagrégation du site amène à analyser le phénomène d’érosion climatique dans des conditions urbaines rarement observées auparavant. Learning-from-Gunkanjima.jpgUne analyse historique et sociologique ainsi qu’un relevé cartographique précis du site accomplis sur place sont le fondement du projet. Ce travail d’archéologie moderne m’a permis d’accomplir des recherches avancées pour réaliser mon mémoire de fin d’étude sur la notion de ruine au Japon en prenant l’île comme cas d’étude. Hashima ou son alter ego Gunkanjima, dualité permanente entre histoire originelle ou histoire artificielle, ou pour reprendre les propos de Gilles Deleuze « île originaire » ou « île dérivée », c’est surtout la folie des hommes ou la finalité inévitable de tout territoire. Une fois que l’on pose le pied sur son sol artificiel, la seule chose que l’on souhaite est d’y retourner parce que l’on a une sensation de satiété qui ne se satisfait pas. Au fur et à mesure du temps, elle se détruit, se décompose et change sans cesse de visage. On s’attend à découvrir en son cœur, comme dans le film Stalker , l’antichambre interdite où tous les souhaits peuvent être réalisés. C’est une zone, un lieu dont personne ne connaît la nature et qui suit ses propres règles dictées par une société utopique qui l’aurait abandonnée. Le processus de décomposition inéluctable dans lequel s’intègre Gunkanjima pose les bases d’un projet architectural qui se veut impermanent et sensible aux mouvements du temps. De plus, la notion de ruine est particulière au Japon, elle se découvre par une autre sensibilité que celle occidentale. C’est le vide qui initie un art de mémoire et par la vision shinto d’un éternel cycle de la Nature, « ce qui retourne vers le rien est voué à renaître un jour ». Le but de l’intervention est ainsi de rendre accessible ce fragment d’« hétérotopie » autant que possible dans la continuité du cheminement mis en place par la ville de Nagasaki. Il s’agit d’un observatoire du devenir et de l’écoulement de la ruine Gunkanjima qui se présente comme un parcours évolutif ponctué de stations. La ruine apparaît comme figure, en tant que genre esthétique à part entière, et permet la réalisation d’un espace anthropique.

Pauline Le Basse

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Réactions

06-10-2012

je ne comprends pas cette obsession des écoles d'architecture à vouloir inculquer les enseignements d'architecture sous forme d'image bizarroïde si je puis dire ainsi. certes il faut une réflexion pour élaborer un projet, mais arrêtez de nous offenser doublement: un projet c'est avant tout sa forme, son usage et sa structure, ce n'est pas un collage sur photoshop ou des synthèses abstraites qui ne se verront jamais une fois l'édifice construit. toute fois ce travail peut toujours avoir un intérêt théorique.

19-09-2012

unique

13-08-2012

Démarche affirmée, engagée, poétique et politique. Le fond semble doté d'une riche réflexion sur la reconversion et l'érosion d'un territoire ruiné puis abandonné par l'activité humaine. On attend plus de détails dans la suite de la publication (schémas, images, croquis ...) car il est difficile de se projeter dans le projet dans l'état actuel de l'article. La qualité dramatique et manifeste des images fournies est très appréciable. Recherche et expérimentation admirables!

12-08-2012

Merveille...

01-08-2012

il est ou le projet?