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Diplôme | São Paulo, mon amour, puis-je être architecte? (02/2013)

Pour développer un intérêt pour Sao Paulo il faut une bonne dose de voyeurisme : exploration de la misère, dangers nocturnes dans une ville déserte, traversée de paysages désolés. La ville est façonnée par nombres d’inégalités ce qui ne l’empêche pas aujourd’hui d’être au centre de l’économie mondialisée.

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São Paulo est la plus grande mégalopole de l’hémisphère sud. A chaque fois que je me suis confronté à cette ville et à ses mystères, une question m’occupait l’esprit. Comment parle-t-on d’une mégalopole infinie de vingt millions d’habitants? Comment rendre compte, à travers un diplôme d’architecture, de ma fascination pour cette ville?

La question de savoir si je peux être architecte intervient à la fin de ce diplôme qui n’a vraisemblablement pas pris une tournure académique. Il s’est conclu par la fabrication d’un espace scénographique, le montage d’un véritable cabinet de curiosités, un lieu de découvertes et d’explorations autant que de collection. Ce cabinet tentait de circonscrire diversités et merveilles d’une ville tumultueuse dans l’espace clos d’une salle d’exposition.

J’ai aimé explorer São Paulo, m’y perdre comme d’aucuns se perdent dans une forêt. En revenir le dos chargé de merveilles. Cette quête de prophéties pour la ville de demain possédait à la fois une dimension prospective mais aussi une visée opératoire évidente dans le projet architectural. C’est dans l’investigation que réside tout l’enjeu de ce travail. Découvrir du sens dans le désordre ambiant de cette mégalopole. Révéler la ville sans jamais nier son paysage.

Vous montrer ma collection, c’est se perdre dans toutes les histoires que ces objets ont à raconter sur cette infinie mégalopole.  Montrer ma collection, c’est se perdre dans São Paulo.

FASCINATION

São Paulo c’est d’abord une image, fascinante et inédite: un paysage bâti, sans fin. Cette vision m’est apparue étonnante, car en effet, je ne me faisais à priori aucune représentation de ce que pouvait être une ville comme São Paulo. Elle était juste un nom de plus sur la carte du monde. De fait l’image première ne donne pas beaucoup d’indices non plus, hormis la présence d’un horizon de tours.

Depuis la toiture terrasse de l’immeuble COPAN de Niemeyer: ces milliers de tours, de tunnels, de passants, de marchés ambulants, de voies express aériennes, d’héliports sur les toits, et dans le ciel, toujours menaçant, des avions, des dirigeables et des hélicoptères partout, partout...

3-Architectures-de-la-collection-Edificio-Sergio-Leao.jpgAu début de ma réflexion, j’ai cherché à établir une grille de lecture et à définir un thème de compréhension de la ville: que ce soit la ville et l’espace public, la verticalité et la densité, la violence urbaine, les inégalités socio-économiques et les gated communities, mais face à la multitude de thématiques possibles, j’ai vite compris que la question principale pour moi était de comprendre la monstruosité de São Paulo et surtout son caractère unique mais aussi son intérêt comme projet.

VOLEUR D’ARCHITECTURE

C’est à ce moment que j’ai pris le parti d’assimiler la ville à un paysage. La mégalopole est apparentée à une jungle de béton, ainsi, à la manière d’un explorateur s’aventurant, la ville est parcourue, fouillée, récoltée, décortiquée.

Le meilleur moyen pour comprendre cette métropole imperceptible était peut-être finalement de s’y aventurer et de récolter tous les éléments qui semblaient en parler d’une manière ou d’une autre: les situations qui racontaient une histoire sur la ville de São Paulo. Je me suis alors lancé dans une collection, consistant à parcourir la ville sensiblement et à relever des cas architecturaux qui me questionnait ou qui simplement m’interpellait. Je ne me posais jamais la question de si j’allais les réutiliser ou pas. Simplement les cas architecturaux m’interpellait alors je les collectionnais. La collection comporte aujourd’hui cent cas architecturaux.

TRIER LA COLLECTION

La collection de cas architecturaux a constitué une véritable bibliothèque dans laquelle j’ai pu puiser pour commencer à regarder la ville. Sao Paulo est aujourd’hui une mégalopole du monde comme peuvent l’être Bombay ou Mexico, mais possède-t-elle des conditions ultras spécifiques?  Des éléments propres à elle-même qui pourrait permettre de la caractériser et de la différencier des autres villes-monde? Lors de mon exploration urbaine, trois curiosités ont attirées mon attention. L’abandon du sol, le rapport à l’eau et les microcosmes.

Exposition-Soutenance-4-.jpgCABINET DE CURIOSITE

J'ai longtemps essayé, en même temps que je collectionnais, de dessiner un projet Mais arrivé à un moment du processus de recherche, j’ai affirmé vouloir «faire projet» en révélant ma collection, comme lorsqu’un explorateur ouvre les portes de son cabinet de curiosité. C’est montrer une vision d’une ville aux multiples facettes, c’est commencer à appréhender une mégalopole d’un point de vue sensible. C’est commencer à dessiner un projet?

Le projet final du PFE ne propose pas de projet architectural. Il se propose de donner à voir l’ensemble de la collection et ses curiosités. Chaque objet collectionné raconte une histoire sur la métropole pauliste. Autant de point de départ pour de nouveaux projets, continuant la petite histoire dans une ville qui s’actualise en permanence plus par le biais d’impulsions locales et privés que sur des grands aménagements d’initiative publique.

Le projet final s’il n’est pas architectural sera alors scénographique. Il est conçu comme un  espace d’exposition, un espace qui ouvre les portes de mon cabinet de curiosité. Un espace qui donne à voir l’ensemble de ma collection et l’histoire que chaque projet collectionné raconte sur la ville.

La scénographie de l’exposition de la collection est un espace narratif qui compresse en un seul lieu clos toute la collection et ses curiosités. Le spectateur est invité à se perdre dans ma ville de Sao Paulo. L’espace d’exposition cristallisant une collection à l’instant présent, dans une ville ou la quête de prophétie est finalement infinie. L’exposition est pensée comme le négatif de ma première vision de la ville, La première photo montre une masse opaque qui ne laisse en rien voir des richesses de cette ville, la scénographie de l’exposition inverse le système en laissant transparent la masse neutre pour ne laisser en opaque que les éléments révélés lors de mon voyage.

Chaque petit cadre représente un projet, chaque petit cadre est une nouvelle histoire métropolitaine de la ville de Sao Paulo.

Martin Gillot

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