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Diplôme | Habiter Carouge - La Praille : Archétypes & Atmosphères (06/2013)

Projet manifeste genevois, la reconversion de la zone industrielle de Carouge-La Praille offre de nombreuses possibilités. Dans ce cadre, un ensemble de logements mêle « logique de plan » et « mode d’habiter ». le principe constructif est «directement empruntée de la structure des entrepôts et permet d’intégrer la notion de densité», assure Ugo Ribeiro, auteur du projet.

ENSA Lyon | Logement collectif

La zone industrielle de Carouge – La Praille s’annonce comme l’un des projets manifestes de Genève Agglo 2030, notamment en raison de son envergure (230ha) et des potentialités qu’elle renferme. Au sein d’un contexte industriel sur le déclin, nous avons cherché à mettre en place une stratégie urbaine pour révéler aux genevois et carougeois  l’esprit, l’atmosphère et les qualités spatiales d’un tel lieu. Cette planification urbaine distingue trois phases concomitantes préparant le site à une pluralité d’activités : aux industries, viennent s’ajouter, loisirs, culture, services et logements. L’opération de logements est partie intégrante de cette stratégie et doit être exemplaire. Elle est l’une des premières pierres de ce nouveau centre urbain que sera Praille-Acacias-Vernet et doit faire preuve d’une qualité certaine. Au-delà de la recherche d’une logique de plan et d’un mode d’habiter qui intègre espaces et atmosphères industriels, la question s’est portée sur l’écriture architecturale que devait adopter cet édifice. Genève, demeurant d’après Bruno H. Vayssière, la seule ville unitaire et composée de Suisse, cherche un langage architectural contemporain en accord avec son histoire (cf. FACES 65, Réinventer Genève. Edito). De façon similaire cette question se pose à Carouge dont l’histoire l’a conduit à une urbanité faite de juxtapositions archétypales : maison néoclassique, tours modernes, entrepôts industriels.

La zone industrielle de Praille-Acacias-Vernets présente un formidable potentiel quant à la construction de la ville de demain, pour trois raisons majeures. Les deux premières sont que le canton de Genève possède entre 70% et 80% du foncier, et que cette zone industrielle s’est faite rattrapée par l’urbanisation environnante. Elle se retrouve à un emplacement stratégique : au centre de la métropole genevoise. Pour une métropole telle que Genève, il faut s’emparer d’une telle opportunité et magnifier cette espace en l’intégrant au quotidien des métropolitains. Enfin, pour la première fois de son histoire, Carouge doit se construire sur elle-même, ce qui attire particulièrement notre attention. Effectivement, elle fût construite ex-nihilo et son développement s’est fait sur des terres maraîchères. Hors aujourd’hui la politique genevoise gèle les terres agricoles, l'expansion de Carouge ne peut se faire que sur elle-même la confrontant à sa propre histoire. Dès lors comment faire pour renouveler cette zone industrielle sur le plan des activités et du logement : Quelle stratégie urbaine et quelle architecture adopter dans un tel site ?

L'une des questions à aborder est celle de l’image sociale que renvoie la notion d’habiter la zone industrielle. Gilles Tiberghein explique dans Nature, Art et Paysage que ces sites sont entropiques. Le désordre y est croissant, il stimule notre imagination dans la représentation que l’on s’en fait. Ce sont des espaces hors du commun que nous n’avons pas l’habitude de fréquenter au quotidien. Leur atmosphère mystérieuse, souvent mise à distance du centre-ville peut ici être révélée pour diversifier les perceptions que l’on a actuellement de Carouge.

La stratégie urbaine procède d’un phasage soutenu par une approche contextuelle qui prépare l'opération de logements. Il permet au départ de révéler ponctuellement les qualités que renferment les espaces industriels. In fine, cela doit conduire à intégrer ces-derniers dans le quotidien de la métropole genevoise en les faisant pas à pas devenir un nouveau centre urbain assumant sa différence héritée des industries. Les premiers projets de logements doivent être également exemplaires et manifestes quant à la prise en compte de ce contexte, de cette histoire et du tissu urbain existant. 

StratA-gie-urbaine.JPGStratégie Urbaine Ils doivent faire émerger une nouvelle écriture architecturale qui s’affirmera comme un archétype de plus dans le quotidien carougeois symbolisant une nouvelle période de son histoire urbaine et architecturale. A ce titre, trois thématiques se sont distinguées au fil des questions soulevées par le projet : la logique de plan, l'expression architecturale et la hiérarchie des ouvrages.

Logique de plan. Les aménagements extérieurs sont divisés en trois espaces de hauteurs et matérialités différentes. Ils assurent le passage du niveau haut de la rue, au niveau bas du parc. Les trois terrasses deviennent un passage obligé pour aller du parc à la ville et inversement. Les rez-de-chaussée sont dessinés différemment suivant les morphologies. La barre est totalement investie de services et espaces privés communs, à l’inverse, la tour accueille un espace scénographique intérieur et extérieur, totalement transparent et traversant, cherchant à être symbolique. Les plans d'étages participent d'une logique commune : une coursive, espace de la rue et du logement, en fait le tour. C'est à l'intérieur de celle-ci que se développent les logements, traversants ou d'angle. Ces derniers profitent de leur différences pour proposer des rapports uniques avec le paysage industriel.

Maquette-1-500.jpgMaquette 1_500Expression architecturale. L'écriture des ces bâtiments questionne l'archétype industriel qu'est l’entrepôt. Réponse essentiellement formelle, il met à distance et protège des ressources de l’extérieur. Sa structure est faite d’éléments porteurs (généralement métalliques) et de remplissage et/ou d’une enveloppe. Une fois superposées, ses couches créent une ambiguïté dans la lecture de la façade, la lecture constructive n’est alors plus si évidente. Il y a également une différence entre l’extérieur très austère, qui a priori ne laisse entrer la lumière ou très peu, et l’intérieur où l’on lit les éléments constructifs, métalliques. C’est par cette question de structure que le projet règle la question à la fois de l’écriture et du monument. Un même principe répété sur une tour et une barre : une double grille structurelle (métallique et béton) qui permet de porter l’espace de coursive. Cette grille de trois mètres par trois mètres est directement empruntée de la structure des entrepôts et permet d’intégrer la notion de densité en s’affranchissant des écritures existantes à Carouge. Elle participe aussi de la démonstration qu’une même écriture, logique de plan et système constructif peuvent unifier un système dont les morphologies sont différentes.

Hiérarchie des ouvrages & matières. Le projet distingue deux grilles structurelles une métallique et une en béton. Il affirme les qualités à part entière de ces deux matériaux en les mettant sur deux plans distincts ce qui apporte une richesse langagière dans le dessin de façade. La différence de tonalité (clair/sombre) confère au bâtiment deux niveaux de lecture selon que l’on soit loin ou au pied de l'édifice. Lorsqu’elle est utilisée à des fins structurelles, la matière joue de son « esthétique structurelle» la réalité de la mise en œuvre reste apparente.

A l’inverse, comme le projet cherche à décliner une même matière (le béton) dans son utilisation (à l’image des entrepôts qui déclinent le métal), lorsque celle-ci n’est pas structurelle elle est esthétisante et utilisée comme finition. Enfin un troisième niveau de lecture est donné par l’ensemble du mobilier qui est fait dans un bois clair. Il amorce la transition avec l’espace de la chambre ou le béton ciré au sol est remplacé par un parquet bois dans la recherche d’une intériorité différente que celle des espaces de vie communs. 

Ugo Ribeiro

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Réactions

06-10-2013

ce projet c'est comme la vie d'un couple d'individualistes: ils ont tous les deux une vie épanouie (DENSE) mais dans l'isolation... sinon il a aussi plein de qualités et la radicalité en est une!

05-10-2013

La grisaille est un parti prit intéressant, c'est courageux d'un côté, et le discours est bien mené mais je ne pense pas me tromper en affirmant que ce projet ferait un ravage...en URSS !

12-09-2013

Je trouve ça finalement trop triste. Je lis le descriptif de ce projet sur la potence, "clic", la lame est tombée.

27-07-2013

On aimerait avoir plus de précision quand à la place de l'habitant dans le processus de conception.

12-07-2013

C'est de la branlette psychologique qui ne s'occupe pas du mode d'habiter et des interaction sociales entre habitants

12-07-2013

Et l'habitant dans tout ça? bla, bla, bla...

12-07-2013

Les questions soulevées sont intéressantes, notamment celle de l'écriture au vue de la production architecturale actuelle.

11-07-2013

audacieux!

11-07-2013

La question du rapport au sol et de l'écriture est intéressante dans un tel lieu.

11-07-2013

Excellent projet reconnu par beaucoup, et il faut avoir vu la maquette de tout le projet au 1.50!

11-07-2013

La démarche prône l'imprégnation au lieu et sa révélation plutôt que sa destruction malgré un contexte urbain à priori appauvri. Belle idée !

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