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Diplôme | Cours-circuits à San Justo : un jardin à habiter, un projet à partager (07/2013)

A l’occasion de son PFE, Patrick Duquesne a choisi, sous la direction de Raphaëlle Hondelatte, Ronan Lacroix, Barbara Camus et Pablo Georgieff, de concevoir des logements au sein d’un quartier situé à la périphérie de Buenos Aires, San Justo. Des logements et surtout un jardin pédagogique, véritable «manifeste de la biodiversité».

ENSA Nantes | Logement collectif

Le projet se situe à San Justo, quartier à la périphérie du petit Buenos Aires. Le choix de ce site s’est fait après un travail de recherche sur les particularités de l’espace public de Buenos Aires et en particulier l’importance de la vente ambulante et des ferias. Ce phénomène est plutôt limité au petit Buenos Aires comme si l’avenida General Paz agissait en tant que frontière historique alors que la ville s’est étendue de manière infinie dans la pampa. San Justo est situé à seulement 3,5 km de l’avenida General Paz et il n’y a pas de vente ambulante significative ni de marché. Le quartier de San Justo représente 15 km² et plus de 110.000 habitants. 

Dans ce cadre, le projet consiste à imaginer une opération intégrant 114 logements, un jardin pédagogique et une halle de marché. 

Le site d’implantation représente l’équivalent de deux manzanas types, 115 mètres X 185 mètres, soit un peu plus de deux hectares. Il est aujourd’hui occupé par deux terrains de football de quartier en mauvais état qui pourraient être relocalisés dans l’enceinte de l’université.

Le site du projet offre un emplacement privilégié accessible aux piétons et aux usagers des modes doux, à 50 mètres de l’université de la Matanza, à 600 mètres de la gare, à 100 mètre de la place de la mairie, à trois kilomètres de l’avenue Rivadavia. S’implanter dans le tissu urbain existant est aussi une façon de ne pas participer à l’étalement urbain en périphérie afin que la ceinture verte soit préservée pour les cultures maraîchères. 

02-PatrickDuquesne-.jpg Le jardin pédagogique est en quelque sorte une vitrine des circuits courts et fonctionne en partenariat avec la fac d’agronomie de Buenos Aires située à onze kilomètres de là. Les étudiants et les producteurs travaillent ensemble dans ce jardin qui est un manifeste de la biodiversité.

Il s’agit de contrecarrer - de court-circuiter - le système qui favorise les monopoles comme la monoculture du soja, désormais 100% OGM en Argentine, où les agronomes sur le terrain sont surtout les vendeurs d’engrais.

Les institutions publiques d’assistance technique et de développement rural ne sont pas suffisamment présentes sur le terrain faute de moyens. Parallèlement, les pouvoirs publics s’intéressent de plus en plus aux questions de qualité alimentaire et d’agrobiodiversité avec notamment le programme ‘Pro Huerta’ incitant à la création de petits potagers individuels ou collectifs. 

Les logements s’organisent dans un parcellaire en lanières inspiré de celui des manzanas de Buenos Aires. Le bâti est composé de petits collectifs d’échelle intermédiaire à R+2, pour que tous bénéficient de l’ensoleillement et de vues transversales et pour que l’ensemble respire tout en apportant une densité comparable à celles des quartiers alentour.

Le jardin pédagogique fait partie intégrante du projet, il s’étend et s’insinue entre les lanières et pénètre dans les logements en les reliant via des espaces traversants, à la fois halls, rues intérieures, serres et jardins d’hiver.

Un réseau de serres agricoles s’organise perpendiculairement aux logements et entoure l’opération, marquant ainsi l’alignement sur le domaine public. Les patios permettent aux étudiants et producteurs de cultiver des légumes en pleine terre, conditions similaires à celles existantes pour les paysans. Les serres permettent un contrôle scientifique de cultures de pleine terre ou hors sol. Des cuves enterrées permettent de récupérer l’eau de pluie pour l’arrosage des cultures (à Buenos Aires il pleut presque autant qu’à Brest).  

Les jardins sont à thèmes, il y a le jardin des carottes, celui des concombres, des épinards, etc. Les jardins d’hiver des logements sont des jardins d’Eden avec des plantes grimpantes où les habitants peuvent cueillir des kiwis, des haricots, des fruits de passiflore… Au sud, le carré des vagabondes longe les voies ferrées, l’homme n’intervient pas mais observe le développement de la végétation spontanée apportée par les oiseaux, les trains, le vent.

03-PatrickDuquesne-.jpg Les logements sont destinés principalement aux étudiants et aux jeunes travailleurs. Ils peuvent être évolutifs en fonction du mode de vie des habitants : deux chambres peuvent devenir un appartement, une colocation de six chambres peut se transformer en deux ou trois appartements. La loggia est un espace ‘en plus’ du logement qui permet de relier plusieurs unités de base horizontalement et verticalement. 

Tous les logements sont traversants afin de favoriser la ventilation naturelle et de pouvoir profiter de moments et d’ambiances différents au gré du temps et des saisons. Le petit déjeuner peut se prendre au nord-est au soleil levant, protégé de l’air sec et froid du pampero. Le repas du soir peut se prendre au sud-ouest à l’abri de la pluie ou de la froide et humide sudestada. Les jardins d’hiver sont comme une extension spacieuse des logements qui baignent dans une ambiance végétale. 

Les colocations regroupent des grandes chambres qui peuvent fonctionner de façon plus ou moins indépendante autour d’une pièce commune. Tous les espaces se prolongent dans le jardin d’hiver qui est l’autre espace ‘en plus’ de chaque logement. Les habitants vivent véritablement dans ce jardin qu’ils peuvent s’approprier en lien avec les étudiants et les producteurs. Tous partagent ainsi cette culture commune, ce patrimoine commun. 

Les bâtiments sont construits en bois (ossature et bardage) avec des parties en béton pour assurer l’inertie thermique. Des volets sous forme de persiennes et des lames en bois permettent de gérer le confort d’été. L’air des jardins d’hiver peut être brassé par des ouvrants vitrés en toiture et en pignons. La halle et la maison du producteur sont habillées de revêtements plus sombres en murs et en toiture pour les différencier des logements. 

Le marché est une forme de circuit court qui a toujours existé, il permet de proposer à la population des produits frais de qualité directement du producteur au consommateur.

Aujourd’hui il n’y a pas véritablement de marché à San Justo et le commerce est peu à peu monopolisé par le shopping mall ‘San Justo Shopping’ qui exerce son emprise tentaculaire sur le quartier et au-delà.

04-PatrickDuquesne-.jpg Le projet comprend une halle de marché qui s’étend depuis la calle Florencio Varela à travers le jardin, la rue peut se transformer en place de marché une fois par semaine et pourrait devenir une feria au sud-est de l’avenida de Mayo, sorte de contrepoint au quartier commercial de Ramos Mejìa au nord-ouest.

L’avenida de Mayo se prolonge dans le jardin par un chemin de traverse qui longe ensuite les voies ferrées vers la gare. La halle permet d’autres utilisations pour les habitants du quartier : concerts, expositions, réunions…

Le projet propose aussi des équipements pour les résidants : laverie, bibliothèque, ludothèque, local de télétravail ainsi que la maison du producteur rural, espace d’assistance technique et d’échanges entre les producteurs, les étudiants et les habitants du quartier.

Patrick Duquesne

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Réactions

26-10-2013

Un projet qui intègrent la question de l'autonomie alimentaire, de la qualité de vie, du tissu social.

14-10-2013

Belle réflexion sur la ville. Il ne manque que le dessin humoristique pour que ce soit tout à fait du PAD. (Car il a plus d'une corde à son arc...)

13-10-2013

Bravo Patoch!

10-10-2013

Ce projet associe poétiquement et efficacement traditions et modernité et réconcilie nature et urbanisation.

10-10-2013

Projet en phase avec les enjeux actuels de l'articulation urbain-rural.