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Autre | Peau neuve pour l'abbaye d'Aniane (34) (01/2014)

Etudiant en troisième année à l'ENSAM Montpellier, Yorick  Isnard s'est penché, sous la houlette de Jacques Brion, sur la réhabilitation d'une abbaye du VIIIème siècle laissée à l'abandon. Comment redonner toute sa valeur à cet édifice historique sans pour autant dénaturer sa valeur historique ?  s'est interrogé l'étudiant. D'y répondre avec subtilité.

ENSA Montpellier | Patrimoine

L'abbaye d'Aniane, dans le Languedoc-Roussilon, est l'une des rares encore existante en France. Elle a subit plusieurs modifications et usages au cours des siècles, notamment en 1845 où elle connaît la triste image de colonie pénitentiaire. 

Aujourd'hui laissée à l'abandon, cet édifice historique et immense se décompose peu à peu, notamment dans la mémoire des habitants qui parviennent parfois à oublier son existence. 

Là était tout l'objectif de cet exercice : comment redonner, à notre époque, toute sa valeur à l'abbaye sans pour autant dénaturer sa valeur historique ? 

Pour redorer le blason de l'abbaye et la redynamiser, le programme comportait plusieurs fonctions : un musée, un complexe d'accueil (office de tourisme et bar à vin), un hôtel, une école d’œnologie et une médiathèque.

L'objectif principal du projet était de toucher le moins possible à l'abbaye et de mettre en valeur ses éléments importants telle la façade principale. Ainsi, un terrassement en contrebas de cette façade vient lui donner une autre importance et la placer sur une 'estrade naturelle'.

Le terrassement créer des plateaux sur lesquels viendront se poser les différentes interventions contemporaines comprenant l'école d’œnologie. Ces volumes reprennent les reliefs du terrassement, ce qui leur confère cette typologie de bâtiment en bande. Ainsi, via ce procédé, les façades des nouveaux bâtiments se chevauchent et viennent souligner la façade principale de l'abbaye. 

Une autre force du projet réside dans l'aménagement du musée. Principalement situé dans le cloître, celui-ci effectue un parcours dynamique autour de la cours. Cette cours est creusée jusqu'au sous sol afin de dévoiler les anciennes caves de l'abbaye. L'extension se place ainsi autour de la cours, au sous-sol, permettant de protéger les caves et de créer un nouvel espace d'exposition dédié au musée. Une rampe est ensuite posée dans la cours pour passer du sous-sol jusqu'au rez-de-chaussée. Ceci permet de conserver un parcours circulaire autour de la cours et de découvrir à la fois le cloître non pas au rez-de-chaussée mais depuis le sous-sol. Le cloître se dévoile par une vue d'en dessous et donne une sorte d'intériorité au projet, une nouvelle manière de contempler la cours de cette abbaye.  

Il existe également différentes interventions greffées sur l'abbaye qui viennent symboliser des entrées et des sorties pour certaines fonctions. 

02-YorickIsnard-.jpgLa cours d'honneur, elle, est un lieu de sortie et d'entrée, un lieu de passage. Elle est principalement constituée de blocs végétaux qui possèdent une hauteur décroissante depuis l'entrée. Ainsi, lorsque l'on rentre dans la cours nous sommes à la hauteur des blocs végétaux puis, en avançant, ceux-ci descendent et laissent découvrir une nouvelle façade importante. Ce procédé est mis en place pour procurer une sensation, une illusion de descendre dans la cours.

La voiture a également été pensé pour ce projet. Ainsi, le parking principal est creusé et longé par un jardin permettant ainsi de masquer au maximum la vue des automobiles. 

La matérialité du projet est composée de cuivre doré perforé qui, en s'oxydant, prend une teinte vert marron qui s'accorde aux teintes de la végétation. La couleur doré, elle, est en harmonie avec les tons de l'abbaye. Les pierres sèches viennent ici rappeler les anciennes terrasses spécifiques à nos régions du sud. 

03-YorickIsnard-.jpgAu niveau des ambiances intérieures, il existe différents procédés mis en place et inspirés de la médiathèque de Sendai, au Japon. Comme par exemple cette suite de meubles de différentes longueurs venant dessiner l'espace intérieur. Ou encore cette série de différents volumes ronds qui viennent rompre avec l'orthogonalité de l'abbaye. De nombreux demi-niveaux et l'excavation du sol sont mis aussi en place pour rythmer la marche et donner une certaine ambiance comme dans l'espace de dégustation. 

La structure est en acier et les toitures sont traitées comme des façades, c'est-à-dire que l'acrotère n'est pas visible, le revêtement en toiture est placée sur des plots. 

Les menuiseries de l'école d’œnologie sont cachées dans le sol afin de libérer au maximum la vue sur le paysage. 

Yorick Isnard

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Réactions

08-03-2014

Projet intéressant pour offrir une seconde vie à cette abbaye. Ce n'est pas sans rappeler l'Eglise Saint Anne au cœur de Montpellier, reconvertie en musée -et dont la beauté et la grandeur n'est pour autant pas entaché.
Dans ce cas ci le projet permet non seulement de donner une seconde vie à la bâtisse, de la sublimer, mais de plus, d'en faire un lieu où se croise les domaines et professions. Un projet dont les détails de constructions sont également bien pensés!

06-03-2014

Très belle approche sensible, détaillée, attentionnée. La relation entre les volumes enterrés, l'abbaye et les espaces publics s'inscrit dans une continuité urbaine et paysagère, le traitement des entrées et des circulations révèle un réel travail sur la création d'ambiances et sur la notion de parcours. De quoi rafraîchir et repuncher la commune !

24-02-2014

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