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Diplôme | Cimetières ??? (10-11-2010)

Lidia Pardini et Sébastien Ramirez, ayant découvert puis étudié de nombreux cimetières, ont élaboré un projet de diplôme où le choix ultime, celui de la sépulture, est véritablement offert. Le relief du site d’implantation (une friche minière au Luxembourg), le matériau privilégié (la pierre) et le soin apporté aux variations de lumière concourent à un projet remarquable.

Sélection de la Rédaction | Aménagement extérieur/Paysage | Luxembourg

C’est suite à plusieurs expériences de deuil et constatant le choix limité fait aux familles en matière de sépulture que nous est venue l’idée de traiter de la fin de vie pour notre diplôme DPLG.

Il nous fallait repenser toutes les étapes, de l’exposition du corps jusqu’au choix de la sépulture. Nous avons souhaité améliorer l’accompagnement, faciliter les démarches des familles et, surtout, offrir un lieu de sépulture approprié au défunt et un espace de recueillement convenable au visiteur.

Quelques constats nous ont aidés dans nos démarches. Tout d’abord, la mort survient aujourd’hui dans les hôpitaux : le corps n’est plus exposé dans les maisons familiales. Il s’agit donc de définir un lieu accueillant et propice au travail de deuil. Le funérarium est une réponse possible. Ce lieu se compose de plusieurs salles ou chambres funéraires dans lesquelles sont exposés les corps ; des espaces que les familles peuvent s’approprier, adapter, personnaliser afin de recréer un environnement propre.

Le deuxième point concerne les lieux de cérémonies : seuls les édifices religieux offrent un lieu respectable pouvant accueillir le défunt et ses proches mais ils sont, par définition, inadaptés à des croyances variées. Nous avons donc choisi de développer des salles de cultes sans aucune empreinte religieuse.

En ce qui concerne le choix de sépulture, la mise en terre n’est plus systématique, compte-tenu du coût très élevé de la tombe et du caveau. Autre point non négligeable : l’espace des cimetières n’est pas infini, à l’inverse du nombre de morts. Les cimetières des communes sont rapidement saturés et deux problèmes se posent : celui de la position même de l’enceinte, généralement rattrapée par la ville et, par conséquent, celui de son extension et de la pertinence des concessions à perpétuité.

02(@Pardini-Ramirez)_S.jpgPour ces différentes raisons, le choix de sépulture est de plus en plus tourné vers l’incinération. Cela engage une augmentation du nombre des crematoriums et un renouveau du plan des cimetières. En effet, l’incinération offre plusieurs déclinaisons : la dispersion dans un jardin du souvenir, le columbarium, la mise en terre, l’urne commune... Autre point négatif des cimetières : le manque de végétation et de lieux de recueillement, de cheminements propices à la méditation.

La seconde phase de notre travail consiste en un voyage de découverte. Nous nous sommes rendus dans plusieurs pays proposant des solutions différentes de celles que nous connaissions jusqu’alors. Du Danemark au Maroc, en passant par l’Allemagne, le Portugal, l’Espagne, l’Italie, la France, nous avons pu rendre compte des efforts faits par des communes pour offrir un lieu respectable à leurs morts. En exemple, nous citerons les cimetières suivants :

  • > le cimetière d’Igualada, 1991, Barcelone, Espagne, de Miralles et Tagliabue ;
  • > le cimetière de Cabo Fisterra, 2000, A Coruna, Espagne, de César Portela ;
  • > le cimetière de l’Ouest, 1914, Malmö, Suède, de Sigurd Lewerentz.

Nous y avons constaté un retour au respect de la nature, du relief et de la végétation. Un véritable travail architectural du commun à l’individuel, du cimetière à la tombe, du crématorium à l’urne. Ces visites nous ont permis de rassembler en un mémoire chaque lieu, d’en faire une description géométrique, quantitative, paysagère et qualitative, de mettre en lumière autant de points positifs que négatifs.

03(@Pardini-Ramirez)_B.jpgEsch-sur-Alzette, Luxembourg - Jardin du souvenirVient enfin la phase projectuelle. Nous avons choisi une friche minière pour y installer notre programme. Le site se trouve à Esch-sur-Alzette, au Luxembourg. Le terrain est marqué par l’activité minière. Surplombant la ville, il se compose d’un niveau intermédiaire plat sur lequel se dresse un plateau haut. Le sol est essentiellement constitué de Minette, minerai chargé en fer, de couleur rouge.

La ville compte deux cimetières : le premier et plus ancien est fermé aux sépultures depuis longtemps et la ville souhaite le transformer en parc, au regard de sa position en plein coeur de la ville. Le second est enclavé entre les habitations et l’autoroute, rendant impossible toute extension. Ce cimetière ressemble à nombre d’autres, avec un mur d’enceinte, des pierres tombales alignées entre des allées bétonnées. Pas de végétation, pas de lieu de repos. Le Luxembourg est actuellement doté d’un seul crématorium qui se trouve dans sa capitale, ce qui impose aux familles le déplacement et l’attente devant le nombre toujours croissant d’incinérations.

Nous avons ensuite développé un programme complet des besoins de la ville. Notre projet consiste en la création d’un funérarium, crématorium, de salles de cultes et des zones d’ensevelissement. Il a aussi été nécessaire de créer des accès et des parkings, de traiter des zones privées et publiques et des parties techniques importantes.

04(@Pardini-Ramirez)_B.jpgEsch-sur-Alzette, Luxembourg - Espace d’ensevelissementUn grand mail végétalisé accueille ainsi le visiteur et conduit aux différents éléments du programme. Nous avons regroupé funérarium et crématorium en un seul lieu où le parcours du défunt et des proches se déroule le long d’un même axe. Pour ponctuer ce 'processus', nous créons des lieux de repos et différents salons le long de ce parcours.

Le relief, la pierre et la lumière sont les éléments clés du projet. C’est la relation entre ces éléments et notre bâtiment qui attribue son ambiance particulière au projet.

Le parcours prend fin par la remise de l’urne aux familles. Suivant le choix du défunt, ses cendres sont dispersées dans le jardin du souvenir attenant à la salle ou entreposées dans les zones d’ensevelissement.

Pour ces dernières, nous avons prévu de grandes failles donnant naissance à des terrasses où l’on retrouve tous les types de sépultures : caveau, pierre tombale, columbarium, urne commune. Indépendamment du reste du programme, chaque faille est dotée d’une chambre funéraire et d’un jardin permettant l’exposition du corps avant la mise en terre.

Lidia Pardini et Sébastien Ramirez

Cet article est paru en première publication sur CyberArchi le 12 février 2009.

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