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Diplôme | ArchiWiki 2.0 : retour vers le futur (10-11-2010)

Cedric Louard propose de poursuivre les travaux de la cathédrale Saint-Just et Saint-Pasteur de Narbonne (11), laissée inachevée depuis le Moyen Age, en appliquant des outils de modélisation informatique. Résultat : une extension étonnante, loin des considérations patrimoniales mais en écho aux ambitions animant les maîtres bâtisseurs de l’époque.

Sélection de la Rédaction | Bâtiments Publics | Cultes | E-Architecture | Languedoc-Roussillon | Cédric Louard

La cathédrale Saint-Just et Saint-Pasteur est une construction gothique débutée à la fin du XIIIe siècle mais que les contextes politiques puis financiers n'ont pas permis d'achever. Au Moyen Age, les maîtres maçons possédaient une maîtrise inégalée de la construction en pierre et le fruit de leur travail était à l'image de la pensée de leur temps.

Afin de proposer une poursuite des travaux et développer des modèles de conceptions novateurs, nous nous sommes donc appuyés sur la modélisation d'un réseau informatique. En les appliquant, nous proposons une continuité de la construction non pas stylistique mais contextuelle et situationnelle. La démarche des maîtres maçons est ainsi respectée, car nous nous basons sur un processus prospectif en utilisant les dernières technologies de notre époque.

Dans le cadre de ce projet, la démarche est résolument contemporaine en s'appuyant largement sur les nouvelles technologies et leurs logiques de fonctionnement mais elle ne rejette pas le passé, bien au contraire. Celui-ci a largement dicté cette approche. Mais l'architecture ne peut passer outre les évolutions technologiques en cours. Peut-on, à l'époque du réseau Internet, de la mécanique quantique ou du décryptage de l'ADN, continuer à concevoir un édifice comme au début du XXe siècle ?

La démarche de projet

02(@Louard)_S.jpg Une démarche prospective
Afin de trouver les solutions les plus innovantes ainsi que les plus pertinentes pour la conception du projet, nous avons utilisé une adaptation de la méthode TRIZ. Elle a permis de déterminer quels aspects de la thématique sont les plus efficaces pour répondre aux besoins de l'analyse du site et à ceux du programme dans un contexte donné.

Une démarche collaborative
La pratique architecturale devient de plus en plus complexe. Les clients ainsi que les futurs utilisateurs ont de plus en plus d'attentes, les réglementations se développent, ainsi que les différentes contraintes (HQE, PMR,...). Les collaborations deviennent indispensables. L'architecte doit réorganiser son travail : ses nouvelles attributions doivent faire naître des compétences et des attitudes nouvelles de sa part. Contrairement à ses attributions habituelles de direction, il devra orchestrer, susciter la créativité, organiser les échanges. Ce rôle de pilote est nouveau. Cependant, il n'est pas seul face à ce défi. Des outils développés pour d'autres domaines sont à même de lui donner des appuis importants.

Pour ce projet, le processus collaboratif a été mis en oeuvre via trois plates-formes :

  • > Wiki : un système wiki permet aux acteurs du projet d'échanger et de participer au niveau de la réflexion ;
  • > Source Forge : la Maquette ArchiWiki 2.0 - 1 est publiée sur Source Forge, plate-forme de développement collaboratif de logiciels open-source, permettant son développement ;
  • > Second Life : la conception-réalisation du projet a été faite dans Second Life, metaverse permettant une construction en groupe.

    Analyse du site

    L'analyse traditionnelle du site de la cathédrale montre un environnement qui a peu évolué depuis sa construction. De nombreuses rues datent de la cité antique et la typologie bâtie est caractéristique du Moyen Age. En revanche, une analyse moins traditionnelle révèle des aspects architecturaux étonnants et sur lesquels nous nous sommes appuyés lors de la conception.


  • Description générale

    03(@Louard)_B.jpgLa cathédrale Saint-Just et Saint-Pasteur possède un choeur aux dimensions imposantes : 40 mètres de large, 60 mètres de long, pour un vaisseau central de 15,20 mètres de large. Les voûtes s'élèvent à 41 mètres de hauteur ; seules celles de Beauvais (48 mètres) et d'Amiens (42 mètres) présentent une hauteur supérieure. Le chevet, seul terminé, est conçu dans un style français du nord et comprend un choeur bordé de collatéraux et une abside composée de cinq chapelles rayonnantes. L'ampleur du plan, le développement des chapelles pentagonales et la conception originale du collatéral nord à double travée lui offrent une place à part parmi les édifices de la même époque.

    La construction s'arrête progressivement au milieu du XIVe siècle, pour plusieurs raisons. La partie inachevée d'un plan initial difficile à définir est aujourd'hui laissée à l'abandon. Celle-ci est appelée cour Saint-Eutrope. Elle sert aujourd'hui de parking pour les mariages, de lieu de stockage pour des travaux ou bien de réceptacle de déjections des pigeons !


    Architecture fractale
    04(@Louard)_B.jpg L'architecture gothique était réalisée à l'aide de constructions géométriques et paramétriques. Il est étonnant de constater que certains de ses aspects peuvent être étudiés à la lumière de la géométrie la plus évoluée de notre époque.

    Un objet fractal a des détails similaires à des échelles arbitrairement petites ou grandes, il est exactement ou statistiquement autosimilaire, c'est-à-dire que le tout est semblable à l’une de ses parties. La génération d'un fractal est obtenue par la répétition d'un schéma dans un processus récursif ou itératif. En général, le résultat peut être divisé en parties identiques à la forme initiale. Dans le processus de génération, il y a au moins deux formes : la base et le générateur. A chaque itération, le générateur remplace chaque segment de la base. Ce processus est théoriquement infini. Il n'est donc limité que par la technologie permettant sa mise en oeuvre. Sur une des fenêtres hautes de la cathédrale, le réseau, partie haute du remplage, est constitué par une structure fractale à trois étapes récursives.

    Thématique : le réseau informatique

    Nous rentrons maintenant dans le coeur de la phase de conception. Il s'agit de trouver l'idée et surtout la façon de la mettre en oeuvre. L'objectif de l'étude de la thématique est d'aboutir à une modélisation du fonctionnement de l'objet étudié, ici le réseau informatique, en synthétisant les caractéristiques de cette modélisation (avantages et limites). Par la suite, cette ou ces modélisations pourront être utilisées en étant appliquées au projet architectural.

    Les réseaux informatiques constituent une des dernières avancées technologiques et elle fait partie de celles ayant le plus de conséquences sur notre société et son fonctionnement. Tant par un accès universel à l'information que par une modification en profondeur de nos modes de travail, de loisir ou de notre place dans la société, le réseau a significativement changé nos habitudes.

    Conception

    Avec l'étude de la thématique ainsi que sa modélisation, nous nous sommes dotés d'outils puissants pour la conception proprement dite. Cependant, il est nécessaire de déterminer la meilleure façon d'utiliser ces outils. La méthode TRIZ va nous y aider.

    Organisation des espaces
    Les espaces nécessaires pour répondre au programme défini vont être structurés grâce aux modélisations de la thématique. La mise en oeuvre de la maquette LIK pour une recherche dans Google a pour aboutissement des trajectoires géographiques de paquets IP. Ce résultat définit un méta modèle d'organisation de l'espace. Une recherche pour les mots clés : 'Cathédrale Saint-Just et Saint-Pasteur' constitue une implémentation contextuelle de cette maquette. Celle-ci est ensuite recentrée dans le cadre d'intervention du projet.

    Morphogenèse de l'édifice

    05(@Louard)_S.jpg La morphogenèse doit permettre de relier l'ensemble des sous réseaux définis lors de l'organisation des espaces. La maquette TCP, issue du protocole de transmission des données sur l'Internet, a pour objet d'étudier, de manière probabiliste, le trafic sur un réseau à commutation de paquets. Il s'avère que cette modélisation est ergodique, c'est-à-dire qu'elle est statistiquement invariante par rapport au temps. Elle est donc adaptée, au sens de TRIZ, à notre cas de figure permettant de relier structurellement et de manière durable les niveaux du projet. Ainsi, nous avons calculé les liaisons nécessaires entre les sous-réseaux des différents niveaux. Ces liaisons ont été calculées, puis créées directement dans Second Life. Ces éléments de structure seront réalisés en béton haute performance de type ductal, armé de fibre de carbone.

    Cathédrale Saint Just et Saint Pasteur 2.0

    Fonctionnement général

    06(@Louard)_B.jpg L'étape de l'organisation des espaces a permis non seulement de déterminer le positionnement des éléments structurels, comme nous venons de le voir, mais aussi d’engendrer la répartition programmatique. Le projet consiste en un niveau bas (rez-de-chaussée) et une utilisation unique du reste de l'espace délimité par la structure. Le niveau bas regroupe l'ensemble des fonctions prédéterminées (accueil, baptistère,...) ainsi que les fonctions annexes (WC, locaux techniques,...). Le reste de l'espace est utilisé pour générer un cheminement vertical à l'image d'un pèlerinage vers l'endroit le plus sacré : le ciel.

    L'élément central du projet est constitué par un cheminement proposé au visiteur. Tout comme l'architecture gothique, qui n'est pas une '2D extrudée', le trajet est une mise en oeuvre en trois dimensions d'une volonté. Ce cheminement prend corps avec la salle d'exposition prévue afin de créer un lieu générant un lien entre la cathédrale et la cité. En effet, ce parcours permettra une réflexion introspective du visiteur au cours d'une ascension qui, compte-tenu de la pente importante du tablier, pourra prendre la tournure d'un pèlerinage. Ce parcours au milieu de l'édifice, resté inachevé, donnera des points de vue exceptionnels sur la cathédrale et sur la ville. Un assistant numérique sera proposé au visiteur, lui donnant des informations détaillées sur son parcours. Ainsi, l'espace physique est libéré de toute contingence 'touristique'.

    07(@Louard)_S.jpg Le reste du projet répond aux besoins définis par le programme. Un parvis permet de créer un lien avec la cité et amène naturellement le visiteur vers le narthex. Celui-ci propose une première impression de la dimension de la cathédrale. Une double porte de petite dimension (à l'échelle de la cathédrale) constituait le lien entre la précédente cour Saint Eutrope et le choeur de la cathédrale. Ce lien a été maintenu pour servir de passage entre le narthex et l'espace des cérémonies religieuses.

    Un accueil est proposé dès l'entrée de l'édifice. Il précède le baptistère situé dans une des branches de ce qui aurait dû être le transept. Le baptistère possède une ouverture sur un jardin privatif permettant de donner une véritable plénitude à ce lieu, plénitude nécessaire à l'accueil de nouveaux chrétiens.

    Résultat
    L'intervention que nous venons de proposer ne peut s'estimer qu'au regard du caractère sacré du lieu. Les abords ont été libérés des obstacles créant une frontière artificielle entre la cité et l'édifice. L'enveloppe ne recrée pas cette frontière mais génère un espace, voire un temps de transition. La luminosité et la structure des espaces permettent au visiteur de se détacher des contingences de notre monde contemporain mais ces espaces ne se situent pas en dehors de leur temps. Grâce à leur conception, ils y sont intimement liés.

    08(@Louard)_B.jpgLe lien entre l'existant et cette construction est assurée par une continuité de gabarit et par l'esprit identique du projet avec celui des maîtres maçons. La forme n’est donc pas singée mais révélée. Révélée par sa confrontation avec un édifice contemporain. Le jugement n'est jamais absolu, il est toujours relatif. La partie gothique s'en trouve rehaussée, reconsidérée. Malgré le projet, l'impression d'inachèvement est maintenue. C'est une volonté car, tel Sisyphe, sept siècles d'inachèvement ne peuvent être gommés par un projet. Mais ce n'est qu'une impression car le programme développé permet, enfin, d'aboutir à un ensemble cohérent. L'intervention ne se place pas sur le plan de la raison et de la logique. Il faut transcender ces notions, se détacher de la matérialité des objets. Le projet aboutit à un espace de sensations pour parvenir à un espace sacré.

    L'édifice établit un lien vers le ciel alors qu'il ne fait pas oublier son ancrage à la terre et notamment à ses habitants par sa structure élancée depuis le sol. Il réinvente la démarcation entre le sacré et le profane en imposant une fatigue physique. L'intervention sur la cathédrale permet de révéler la profondeur de chaque acte qui y sera réalisé car chaque acte y sera soumis à l'effort. On pourra mesurer ce qui, dans notre société, évoque la conscience d'un trajet, du rapport à l'autre, de la relation entre soi et Dieu et tout simplement de la conscience de Dieu. Le cheminement proposé permet de trouver un sentiment d'apaisement et de sérénité. Il est tout aussi important de parcourir un chemin que d'avoir conscience du chemin parcouru. Ainsi, le parcours retour, identique à celui de l’aller, permettra cette prise de conscience et ce retour sur soi nécessaire.

    Cédric Louard

    Cet article est paru en première publication sur CyberArchi le 12 février 2009.

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