tos

Le Courrier de l'architecte - Retour à l'accueil

Entrez votre e-mail pour vous inscrire

Portrait | Steve Baer (Albuquerque, NM, USA) : sobriété et autosuffisance (23-10-2010)

Steve Baer est né à Los Angeles en 1938, dans une maison pourvue d’un petit atelier où son père lui apprenait à manier des outils. La famille possédait aussi un ranch "où il y avait encore plus d’outils, une grue et une rivière. J’ai toujours été fasciné par l’eau, le vent et le pouvoir du soleil".

Global Award | Monde | Steve Baer

Il commence des études à l’UCLA puis s’engage dans l’armée et part en Allemagne. Revenu à la vie civile en tant que soudeur, il s’inscrit en mathématiques à l’ETH de Zürich. Il y découvre la pensée structurelle, les systèmes polyèdres complexes et trouve sa voie : il sera inventeur. Il repart aux USA et gagne sa vie comme soudeur. Mais les années 60 sont là et les premières communautés hippies s’installent au Nouveau-Mexique et ailleurs.

Steve Baer a lu Buckminster Fuller, il sait construire des dômes géodésiques de ses mains et s’intéresse à l’énergie solaire. En 1969, il crée avec Barry Hickmann et Ed Heinz une petite entreprise de construction et de production de systèmes appelée Zomeworks, qu’il dirige toujours aujourd’hui. L’inventeur a créé son outil et va devenir l’un des fondateurs de l’architecture bioclimatique.

Drop City

'Zome' est une déformation de 'dôme'. Ce dernier est parfait, l’autre est irrégulier. Steve Baer, qui construit dès les années 60 des maisons 'alternatives', laisse en effet de côté les structures exactes et magnifiques de Fuller. Il préfère des systèmes plus aisés à construire, à agréger, plus pragmatiques en un mot et adaptables aux habitants.

La création de Drop City, en 1968 à Trinidad dans le Colorado, symbolise aujourd’hui encore le premier éveil écologique américain. La communauté et ses 'droppers' construisent avec Steve Baer un ensemble de lieux de vie composé de trois coupoles puis des dômes-logements, réalisés en ossature bois et recouverts de tôle récupérée. Un enduit goudronné étanche, une couche de polystyrène isole.

Le modèle se répand et Steve Baer passe du dôme au zome, donc, une structure plus irrégulière. En 1971, Michel Pillet rend visite à Steve Baer pour la revue Architecture d’Aujourd’hui : "Il y a des zomes en bois, il y en a en acier, en aluminium, il y en aura en matière plastique. Certains sont couverts de contre-plaqué, d’autres sont de toutes les couleurs, couverts de tôles de voitures récupérées dans les démolitions. (...) De près, le fini de certains zomes laisse à désirer ; mais Steve a formé une équipe qui se déplace afin d’aider les constructeurs à améliorer leurs techniques d’assemblage".

02(@JonNaar)_B.jpgA Manera Nueva, Placitas, au Nouveau Mexique, Michel Pillet visite un ensemble construit pour des "hippies" (sic...) et remarque que "les nouveaux propriétaires l’ont trouvé dans un état que nous qualifierons de 'brut'. On voit donc encore la structure. C’est fait de bouts de bois ces machins-là. Ca a l’air de ne pas pouvoir tenir debout. Et c’est là justement que le génie mathématique de Steve Baer se montre clairement. Chaque bout de bois participe à la rigidité générale de la forme. Chaque assemblage a été soigneusement calculé. Sous son aspect improvisé, le zome est le résultat de calculs mathématiques méticuleux ". Steve Baer publiera ces méthodes dans un livre de recettes, le Dome cookbook...

Sobriété et autosuffisance

Son autre passion est l’énergie solaire. Les systèmes constructifs-solaires inventés depuis 40 ans par Zomeworks pourraient former un petit musée. L’inventeur-soudeur a ouvert toutes les pistes. Certaines sont obsolètes mais elles ont jalonné la recherche, en ces années 70 où se combinaient déjà le réalisme écologique et encore l’optimisme industriel du XXe siècle...

Inventé en 1971, le Drum Wall est un mur capteur ; une ossature enserre des bonbonnes en métal remplies d’eau et peintes en noir, empilées derrière une feuille de verre qui concentre les rayonnements. L’eau contenue dans les bonbonnes stocke la chaleur, distribuée ensuite par radiation et convection... Les produits de Zomeworks ont tous des noms évocateurs : le Beadwall, 'mur de billes isolantes', les Track Racks, 'grills pisteurs de soleil', le 'Laser Sunpointer', le 'Sunbender', etc. L’inventivité déployée ici pour mieux "habiter la terre" n’est pas sans lien avec l’aventure spatiale menée au même moment, dans le ciel, aux Etats-Unis...

03(@ZomeworksCorp.)_B.jpgCe Musée serait typiquement américain par une autre caractéristique encore : la recherche de l’auto-suffisance. Les systèmes de Zomeworks, robustes, techniquement accessibles au commun des mortels, sont adaptés aux traditions américaines de l’Ouest, constructives mais aussi politiques : Zomeworks pense le futur d’une démocratie d’individus autonomes, chacun sur son territoire.

En 2009, le Global Award distinguait un autre grand du solaire, l’architecte Thomas Herzog, radicalement différent. Herzog l’européen veut "changer d’échelle", oublier la Passiv Haus et déployer l’énergie solaire en métropole par des centrales, des réseaux, un habitat collectif et un urbanisme appropriés : le solaire au service de la sociale démocratie européenne.

Ces deux-là que leur vision de la société oppose ont en commun l’amour de la recherche, la confiance dans "la main qui pense" et une force de conviction qui leur a permis de travailler sur l’architecture solaire depuis 30 ans dans l’indifférence des décideurs. Aujourd’hui que leur pugnacité est récompensée par l’évolution des mentalités, on peut souhaiter qu’un événement prochain réunisse Thomas Herzog et Steve Baer et nous enrichisse de leur dialogue.

Marie-Hélène Contal

Steve Baer, né en 1938, est aujourd’hui président de Zomeworks Corporation. Plusieurs réalisations d’importance ont jalonné sa vie et l’imaginaire des premiers écologistes et architectes : les dômes irréguliers de la Drop City, de la communauté de Manara Nueva. Mais il serait plus juste de scander la carrière par ses principales découvertes expérimentales : la paroi solaire Beadwall, le capteur Trak Rack et ses ouvrages de diffusion scientifique et constructive sur l’auto-construction et le solaire : The Dome cookbook et Zome Prime.

Cet article est paru en première publication sur CyberArchi le 20 mai 2010.

Réactions

alphazomes | webmaster | france | 14-01-2013 à 23:15:00

Le concept zome existe aussi en France avec des entreprises comme www.alphazomes.com qui participent à son développement.

Réagir à l'article


tos2016
elzinc novembre

Portrait |Poy Gum Lee, des gratte-pagodes de New York à Shanghai

Tuiles vernissées sur gratte-ciel Art déco… un bien étrange syncrétisme visible, entre autres, à Shanghai. Mais quelle ville n’a pas eu la tentation d’adopter la modernité et de la...[Lire la suite]

elzinc

Portrait |Les mégalo-structures de Jon Jerde, un hommage

Il n'est pas dans l'habitude du Courrier de l'Architecte de tenir un carnet et de publier les nécrologies convenues en ces tristes occasions. L'exception fait toutefois la règle. Jon Jerde est décédé le 9...[Lire la suite]


elzinc

Portrait |Antonin Raymond, un architecte sans histoire ?

Les œillères de l’histoire orientent le regard vers des géographies familières et proches. Les ouvrages encyclopédiques sont parfois myopes dès qu’il s’agit d’aborder des objets...[Lire la suite]

Eglise Meguro à Tokyo
elzinc

Portrait |Qui sont les architectes de Donald Trump ?

Des honoraires impayés ? Des vidéos sulfureuses ? Des interviews réécrites ? Des commandes providentielles ? C'est un peu le programme réservé aux architectes de Donald Trump. Le Courrier...[Lire la suite]

elzinc

Portrait |Bruno Rollet, des nouvelles du front ?

Les conditions difficiles d’exercice du métier d’architecte ou encore la réduction des prérogatives d’une profession amènent de nouvelles pratiques. Dans ce contexte, l’angle d’attaque social...[Lire la suite]

elzinc

Portrait |Loci Anima, de la discrétisation au cabinet de curiosités

Connaissez-vous seulement les post-it solaires ou encore les façades-gouttières ? Il n'y a, chez Loci Anima, pas un projet sans une nouvelle expression. Alors, pour Françoise Raynaud, sa fondatrice, le bonheur paraît...[Lire la suite]