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Diplôme | Un contexte = une architecture (10-11-2010)

A modèle architectural, Clément Fabre (ENSA Montpellier) oppose et conçoit une architecture 'sur mesure' pour Gignac, laquelle répond à un double enjeu, en apparence contradictoire : favoriser le 'vivre-ensemble' et préserver l’intimité des habitants. Il imagine la maison comme zone de transition entre espace public et espace privé. Découverte.

ENSA Montpellier | Urbanisme et aménagement du territoire | | Clément Fabre

La question du modèle est récurrente en architecture. Entre respect d’un héritage et désir de renouveau, les modèles architecturaux sont souvent remis en question. La recherche de nouveaux modes d’habiter, appliquée à la commune de Gignac, pose d’emblée la question de la pertinence de l’attitude à adopter. Existe-il un modèle unique répondant à un contexte unique ou existe-t-il au contraire des modèles universels et transposables sur une trame sans limite ?

La dimension économique du projet semble inciter à la constitution d’un modèle mais le postulat de recherche impose de penser aux conditions de transposition de ce modèle, qui doit répondre à son contexte et se muer en architecture 'de scenarii' susceptible de s’infiltrer dans les territoires en devenir. Le projet architectural élaboré est donc celui d’une architecture sur mesure pour un programme de logements intermédiaires.

A l’échelle urbaine, la stratégie repose sur une analyse rigoureuse du site afin d’en dégager les spécificités auxquelles le projet doit trouver réponse. Entre expérimentation et constitution d’un quartier qui se voudrait exemplaire, la question du modèle à adopter pour Gignac est sous-jacente à toute prise de position. Cette question semble d’autant plus importante que la périphérie du centre historique est envahie par le modèle pavillonnaire, modèle sans cesse multiplié mais rarement réinventé. Les caractéristiques du site (vues, nuisances sonores, aires de jonctions avec les différentes entités de la ville, proximité avec le centre historique, etc.) permettent de dégager trois zones distinctes, trois types d’interfaces, trois contextes où sont développées différentes typologies de logement.

02(@ClementFabre)_B.jpgA chaque zone correspond une temporalité de projet, permettant un séquençage dans le temps capable d’intégrer l’évolution progressive de la ville. A la notion de temporalité répond une stratégie urbaine à l’échelle du quartier : la constitution d’un espace public fédérateur entre les zones de logements, un vide urbain poreux compris comme condition de la cohérence du projet. Il devient prolongement du logement, garant d’une intimité préservée, support d’une sociabilité choisie.

A l’échelle de la zone de logements développée, l’articulation des logements se conçoit dans un rapport plein / vide favorisant les vues longues et dégagées sur le paysage. La typologie, implantée sur une parcelle de 12x12 mètres, se compose de deux modules (6x6 mètres et 12x6 mètres), reliés entre eux par un troisième bloc abritant les circulations verticales. D’une parcelle à l’autre, les modules s’intervertissent pour générer un paysage bâti où chaque élément répond de façon spécifique au contexte dans lequel il s’inscrit.

03(@ClementFabre)_B.jpgLes logements sont conçus dans un souci de flexibilité et sont adaptés aux modes de vie contemporains : besoin d’isolement des jeunes adultes, cohabitation inter-générationnelle, intrusion du travail au sein du domicile, etc. Chaque logement comprend deux entrées qui permettent de distinguer RDC et R+1. La composition de l’unité permet de comprendre l’habitat comme véritable interface. Dans le système de structuration des réseaux, les parcelles sont desservies à la fois par un réseau routier et un réseau piéton. Le jeu des modules permet de laisser libre le rez-de-chaussée, assurant la transition entre l’espace public de la rue et l’espace privé. Comprendre ainsi la maison comme transition entre espace public et espace privé, véhicule et piéton, lui assure une fonction de filtre. Elle n’est plus une entité statique mais un espace poreux, un système de transition.

C’est en ce sens que se conçoit cette proposition d’architecture sur mesure : un modèle qui préserve l’intimité de chacun en favorisant le 'vivre ensemble', qui respecte l’environnement pour s’intégrer au mieux dans le paysage, un modèle proche de son contexte valorisant le sentiment d’appartenance de ceux qui l’habitent.

Clément Fabre

Cet article est paru en première publication sur CyberArchi le 28 octobre 2009.

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