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Diplôme | Le théâtre de Marostica reprend le Moyen-âge à son compte (10-11-2010)

Un théâtre en bois perché sur la muraille de la ville Médiévale de Marostica, en Vénétie. C'est l'idée de Delphine Borg développée dans le cadre de son projet de fin d'études. 'En opposition au patrimoine défensif de la ville, le vocabulaire architectural du théâtre est inspiré des machines d’attaques médiévales en bois', dit-elle. Une entrée de ville stylisée.

Sélection de la Rédaction | ENSA Marseille | Culture | Bois | Venise | Delphine Borg

L’exercice présenté a été consécutif à un travail collectif, effectué lors d’un Workshop qui s’est déroulé à Venise. Ce Workshop a réuni plusieurs ateliers autour d’une même problématique : quelle identité donner à un secteur de 14 hectares à l’extérieur des remparts de la ville médiévale de Marostica pour lui permettre de trouver une nouvelle dynamique ?

Le patrimoine de la ville et ses objectifs en matière d’aménagement urbain nous ont été présentés lors de visites sur le site par le maire ainsi que par Davide Longhi, professeur à l'Ecole d'Architecture de Venise, accompagné de ses étudiants de thèse. Ces confrontations ont permis de cibler les besoins de la ville en termes d'équipements et logements. Chaque équipe constituée pendant la période du worshop a travaillé sur le sujet proposé pour présenter à l’issue de la semaine une réponse d’urbanisation ou d’aménagement de la zone concernée.

C’est dans ce contexte que le projet architectural personnel d'un théâtre dans la ville de Marostica a été amorcé.

Le patrimoine architectural de la ville de Marostica est dû à son caractère défensif et à l’expression pittoresque et scénographiée de ses remparts, tours et châteaux. L’emplacement du théâtre est une réponse à l’architecture existante de la ville. Il reprend la typologie du château de l’entrée de la ville : un volume haut et creux chevauchant la muraille et signalant un passage (entrée de la ville). En opposition au patrimoine défensif de la ville, le vocabulaire architectural du théâtre est inspiré des machines d’attaques médiévales en bois.

02(@DelphineBorg).jpg Les trois volumes du bâtiment accolés à la muraille comme pouvaient l’être les tours d’assaut renferment les espaces techniques, stocks, régie, coulisses, loges, fonctionnement de la scène...

Le plan est composé par accumulation de volumes répondant chacun à une fonction particulière. Les volumes accueillant les espaces fonctionnels sont très rigoureux et reprennent la volumétrie des remparts et des tours voisines, tandis que les espaces de réception et la salle de spectacle sont offerts au public sous des formes plus libres et dans des tonalités plus sombres. La distinction en volumes des différentes parties du bâtiment permet une identification directe du fonctionnement et fait référence à la représentation de la ville médiévale faite par les peintres du XVème.

03(@DelphineBorg)_S.jpg Ce théâtre est une recherche de décomposition des espaces et des volumes qui les abritent. Ainsi, la scène, l’arrière-scène et les espaces dédiés au fonctionnement technique et humain de la scène sont liés, bloqués sur la muraille historique comme une grosse machine d’attaque. Les volumes simples et massifs renvoient directement à l’architecture militaire et leurs dimensions sont calquées sur l’emprise au sol et la hauteur des tours existantes.

Les espaces accueillant quotidiennement les acteurs, les élèves de cours dramatiques, le personnel de direction et d’intendance sont considérés comme techniques et compris dans un volume simple de même facture, mais situé à l’intérieur de la muraille, un lieu plus intime. Le public est reçu dans des espaces différenciés aux volumétries plus libres et dont les références sont plus ludiques. A la rigueur des espaces fonctionnels, s’oppose la souplesse des circulations, des espaces de réception.

La salle à l’italienne présente des qualités spatiales et scénographiques ; pour les metteurs en scène, ces théâtres offrent plus qu’une politique de prix. Leur disposition verticale a le double mérite de rapprocher tous les sièges de la scène et un public, même clairsemé, peut remplir les premières places des balcons et offrir la complicité convenant au travail de l’acteur.

04(@DelphineBorg)_S.jpg Cette salle à l’italienne invite les spectateurs à se plonger dans la cérémonieuse typologie du XIXème siècle. Ils sont répartis sur le parterre et les loges édifiées sur trois niveaux. La toiture de cette salle est ouvrante permettant de retrouver la poésie des théâtres à ciel ouvert antiques. On trouve les sources de ce projet dans les dessins d'époque du fameux 'Globe Theater', disparu dans les flammes. Ce bâtiment en bois destiné aux représentations de la troupe de Shakepeare était composé d'une scène couverte et d'un parterre à ciel ouvert, entourés de trois niveaux d'arènes.

J’ai voulu rendre leur grandeur à l’espace d’accueil et aux escaliers et j’ai mis en place pour cela un jeu de volumes, de passerelles et d’escaliers suspendus dans le vide qui seront envahis par le public avant de s’engouffrer dans la salle de spectacle. Ces escaliers seront dévalés, quelques heures plus tard, par ces mêmes foules affamées. Le dessin souple de ces aménagements contraste avec la rigueur de certaines formes extérieures. Il traduit une générosité et une dépense d’énergie destinées à mettre en valeur le public dans un espace totalement ludique.

Le rez-de-jardin, situé sous le parterre de la salle, de plain pied sur le verger, est traité dans le même esprit, on y trouve sur un sol conservant la déclivité naturelle, des espaces d’exposition, un bar-restaurant, la billetterie, les sanitaires et les vestiaires.

Dans ce hall d’entrée une petite salle de spectacle recevant un public de jeunes enfants est positionnée en hauteur, reliée au système d’escaliers de la grande salle. Un accès direct depuis le centre aéré situé dans le bâtiment existant est possible par une passerelle joignant ces deux bâtiments. Cette salle est destinée à initier les enfants au théâtre en tant que spectateurs et en tant qu’acteurs.

05(@DelphineBorg)_S.jpg La parcelle du théâtre est très perméable, on y accède par la porte percée dans la muraille depuis le parc, par une porte existante, depuis la porte Ouest de la ville et, à l’Est, par la ville. Les entrées dans le bâtiment se font directement dans le grand hall pour le public et par une entrée plus discrète pour les artistes et le personnel. Cette entrée des artistes se situe contre la muraille, sous le bâtiment des ateliers ; elle donne sur la circulation verticale insérée dans la tour existante et desservant tout le bloc.

Le terrain du projet a été, dans l’histoire de la ville de Marostica, un terrain jamais construit et utilisé comme jardin potager, permettant de nourrir la ville dans des situations de siège. La proposition de verger de cerisiers permet de conserver cet espace, enclos dans les murs, vierge de constructions, tout en l’ouvrant au public. Ce jardin propose un espace de détente et de calme rappelant les images médiévales.

Delphine Borg

Projet de Fin d’Etudes
Enseignant directeur : Jean-Marc Chancel
Session Octobre 2006
ENSA Marseille

Composition du Jury :

- Jean-Louis Parisis, Sociologue, enseignant à l'ENSAM (Président du Jury) ;
- Jean-Marc Chancel, Architecte, enseignant à l'ENSAM ;
- Eric Dussol, Architecte ;
- Pierre Belly-Riz, Architecte Urbaniste, Enseignant à l'ENSA Grenoble ;
- Rémy Marciano, Architecte, enseignant à l'ENSAM ;
- Cyril Faivre, Architecte, enseignant à l'ENSAM.

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Cet article est paru en première publication sur CyberArchi le 28 novembre 2007

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