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Diplôme | Arnika : un projet visant à 'requinquer' ses visiteurs... autant que son site d'implantation (10-11-2010)

Fort d’une étude sociologique sur le mode de vie des Parisiens et de connaissances historiques du site d’implantation de son diplôme, le quai de Javel, Sébastien Compère conçoit Arnika, un équipement dédié au bien-être. Initiant la réhabilitation d’une partie des quais de Seine, ce projet architectural consacré à la sérénité est aussi un véritable baume urbain. Explications.

Réhabilitation | Sélection de la Rédaction | Aménagement extérieur/Paysage | Bâtiments Publics | Commerces et hôtels | 75015 | Sébastien Compère

Ce diplôme s’appuie sur une étude sociologique du cadre de vie contemporain de la population active et des évolutions de la gestion individuelle du quotidien tant en termes spatiaux que temporels. L’enjeu du projet est d’élaborer une programmation urbaine et architecturale visant le bien-être et le quai de Javel apparaît comme le site propice pour accueillir un tel équipement.


Les quais de Seine, un territoire séquencé

Paris s’est urbanisée autour de son fleuve. Les quais parisiens, point de jonction entre le fleuve et la ville, ont été le théâtre de nombreuses mutations et évolutions. Travailler sur les quais, c’est tout d’abord en comprendre l’évolution et le formidable potentiel urbain qu’ils recèlent. Sur les quais, nous sommes retranchés de la ville : ils forment une sorte de périphérie intérieure. Cette contradiction fonde peut-être la singularité des quais parisiens.

Les quais parisiens représentent un territoire hétérogène dont les aménagements sont séquencés au gré des 37 ponts qui relient chaque rive. Voués à la promenade, aux animations, à la circulation et aux activités industrielles, leur histoire est jalonnée de modifications radicales. Mais on constate surtout que, malgré les césures que constituent les voies de circulation le long du fleuve, les quais de Seine se transforment au gré des modifications apportées à leurs quartiers adjacents.

Une périphérie intérieure en devenir

Dans un élan de reconquête du fleuve, les quais sont des territoires convoités. Depuis une vingtaine d’années, les objectifs d’aménagement et de mise en valeur de la Seine à des fins environnementales, culturelles et économiques sont au coeur des doléances des élus et des parisiens. La mairie de Paris, le Port Autonome de Paris et le Service de la Navigation de la Seine sont chargés de la gestion des berges. En 1997, ces différents partenaires prennent la décision d’aménager une promenade continue de 12 kilomètres, reliant le Parc André Citroën à celui de Bercy.

Le site d’étude : le port de Javel

A l’extrémité sud-ouest de Paris, le parc André Citroën débouche sur le port de Javel, dont le passé industriel remonte au 19ème siècle. Ce parc est le premier parc parisien à offrir ce type de débouché sur l’eau, cependant, les autres espaces qui le composent et qui sont situés en bords de Seine (jardin en mouvement et jardin des roches) 'tournent le dos' au fleuve. Des haies dissimulant la voie ferrée séparent ces espaces du fleuve. La Seine est ainsi essentiellement bordée d’espaces résiduels. Alors que l’identité du parc devrait s’affirmer au bord de l’eau, c’est là qu’elle se délite.

02(@Compere)_S.jpgLe projet urbain

Le programme doit être élaboré au regard de deux échelles, en commençant par l’échelle du quartier. La priorité est là de pallier au manque d’accès et de mise en valeur des berges. La voie de RER crée en effet une violente césure entre le fleuve et son quartier. Le projet urbain s’attache donc, dans un premier temps, à recréer des liaisons tout en réaménageant la berge et ses abords. Par ailleurs, l’aménagement du quai ne peut s’effectuer de manière linéaire et isolée. Il doit s’ancrer dans le contexte urbain et prendre racine au-delà du mur de quai. A cet égard, le port de Javel se présente comme la dernière partie de la séquence arborée longue de 12 kilomètres gérée par la Ville de Paris.

La composition urbaine mise en oeuvre comprend un ensemble de bâtiments construits à même le quai. Ce projet urbain peut être décrit en séquences. Première séquence : la place de Javel liant le pont Mirabeau au quai de Javel génère un vide urbain. Aujourd’hui traité en espace vert, ce vide met en exergue la difficulté de traitement d’un îlot en étau entre deux voies de circulation automobile. La construction d’une tour permettra d’une part de répondre à l’échelle du Front de Seine. De plus, cet élément vertical marquera le départ d’une séquence en lien avec le quartier. Ce bâtiment est un hôtel de 150 chambres et 8.000m² Shon.

Cette première séquence amorce l’aménagement du quai. La desserte du quai s’effectue par une rampe dédiée aux piétons, jonction souple et typique des quais parisiens. Sur le quai, une capitainerie de faible hauteur montée sur pilotis, servant à l’accostage des bateaux, permet de conserver la vue dégagée sur le pont Mirabeau. Une vaste halle aux fleurs vient ensuite s’implanter au bord du fleuve. Cette halle est directement reliée à la place où se situent les locaux de Canal+ réalisés par Richard Meyer.

03(@Compere)_S.jpgLa voie de RER délaissée qui parcourt le site est l’élément le plus délicat à rénover. La césure qu’elle engendre est surtout visible sur 300 mètres. Un bâtiment tout en longueur est ainsi conçu, permettant d’englober la voie et d’assurer une continuité aérienne entre parc et la berge. Ce bâtiment à vocation publique est dédié au corps et au bien-être et fait l’objet de la partie architecturale de ce diplôme : c’est le projet Arnika. Il est mis en relation directe avec le vaste parvis sur lequel s’ouvre le viaduc, permettant ainsi le franchissement du RER et la connexion du parc au fleuve.

Un dernier bâtiment, le théâtre, vient alors encadrer le parvis pour conférer à cet espace une vocation publique en lien avec l’eau. Le théâtre vient clore l’aménagement du site. La desserte aisée de la séquence aval du quai a par ailleurs inspiré la conception d’un lieu de spectacle dédié à la vie nocturne.

La partie urbaine de ce diplôme répond ainsi à deux enjeux. Le premier consistait à recréer des connexions perpendiculaires entre le quai et son quartier adjacent. Le second a essentiellement consisté à réaliser le traitement longitudinal du quai. Aussi, un travail en coupe et en façade a été réalisé. Comblant les vides urbains, les nouveaux bâtiments redessinent le paysage du quai.

04(@Compere)_B.jpgLe projet architectural

Le projet architectural développé dans le cadre de ce diplôme est un bâtiment public ayant une fonction de circulation ainsi que de connexion entre le quai et le parc. Il représente le point d’orgue du projet urbain, à la fois par sa position centrale mais aussi parce qu’il initie la typologie architecturale adoptée pour l’ensemble du projet.

Le bâtiment doit dans un premier temps assurer la transition entre le parc situé six mètres plus haut et le quai en venant englober la voie de RER. Il peut se traduire comme la reconstitution 'd’un mur de quai haut mouvant' habité par le visiteur et le RER. Le bâtiment est traversant mais, aussi, il abrite, au sein de trois volumes trapézoïdaux, des activités privatives auxquelles peuvent participer les visiteurs. Sortes de cocons ou nids tressés gorgés de lumière, ces volumes s’ancrent fortement dans le sol du quai et se délitent au fur et à mesure qu’il s’élèvent afin de révéler l’horizon de la ville. Ils appellent ainsi le calme et la sérénité.

Par ailleurs, des volumes résultant du mouvement de plate-forme semblent jaillirent de la façade du bâtiment côté quai. Ils alternent espaces comprimés et espaces distendus. Le visiteur vit alors le bâtiment comme une balade continue se déformant au gré des fonctions accueillies.

05(@Compere)_B.jpgLa plate-forme supérieure du bâtiment est reliée au parc André Citroën. La conception d’un bâtiment dédié à un Spa au sein du parc permet de relier davantage encore le projet et le parc. La plate-forme supérieure, métaphore du ponton d’un bateau, assure donc une continuité programmatique entre le parc et le quai.

Ce projet a initié un traitement de l’ensemble des volumes ponctuant le projet urbain comme autant de volumes dynamiques s’ancrant dans le quai et s’élevant en lignes brisées. La séquence ainsi créée, tout en étant très imagée, répond à la problématique très particulière du quai de Javel.

Sébastien Compère

Cet article est paru en première publication sur CyberArchi le 28 mai 2009.

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