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Actualité | Architecture Studio en Chine : Postmoderne ? Non ! Contextuel (24-10-2010)

Implanté depuis quinze ans à Pékin, Architecture Studio participe au paysage architectural de la Chine contemporaine. L'agence, auteur notamment du plan masse de l'exposition universelle de Shanghai, affine sa position sur une scène architecturale en proie à une postmodernité (re)naissante. Explications.

Chine | AS.Architecture-Studio

En 2001, la ville de Shanghai organisait un concours à l'issu duquel elle retenait Architecture Studio pour dessiner le plan masse de l'exposition universelle de 2010.

La mégapole chinoise n'était alors qu'en phase de candidature ; le dessin choisi se devait donc d'être l'étendard d'une ambition. "La ville a soutenu sa candidature avec ce projet et, de fait, nous avons été un élément important dans la désignation de Shanghai, ville hôte de l'événement", précise René-Henri Arnaud, l'un des associés d'Architecture Studio.

Shanghai affichait alors un imaginaire prospectif. "Notre projet a été médiatisé, notamment à travers la ville sur de grands panneaux publicitaires", se souvient Marica Piot, associée également, reprise par Martin Robain, fondateur de l'agence, qui relève encore la présence du projet initial sur l'imposante maquette de Shanghai présentée au musée de planification urbaine. D'aucuns peuvent ainsi découvrir un modèle... réduit de la ville et observer, à l'est, le site de l'exposition symbolisé par un pont remarquable reliant les deux rives de la rivière Huangpu.

Le premier plan masse promettait effectivement la réalisation d'un pont aux fleurs, prouesse technique et architecturale. Phare de l'exposition, la structure se proposait aux générations futures comme un témoignage symbolique portant la trace et la mémoire de l'événement. Pérenne, le pont s'opposait ainsi à la nature éphémère des pavillons.

Le dessin fut abandonné ; le prix et la faisabilité technique d'un tel ouvrage pouvaient être mis en cause mais Architecture Studio défend un projet dont les études ont été poussées et dont le financement était assuré, notamment par l'exploitation du pont aménagé en manège. Dès lors, le regard se tourne vers le pouvoir politique qui avait, selon les associés d'Architecture Studio, pour priorité l'organisation des Jeux Olympiques de 2008. Aucune architecture ne devait rivaliser par ses atours spectaculaires aux infrastructures sportives de la capitale. Point d'ombre pour le nid d'oiseau ! Il ne faut en effet pas sous-estimer la concurrence interurbaine entre les deux villes. Pékin la politique conserve un oeil attentif sur le centre économique du pays. De même, le choix d'un architecte pékinois pour la réalisation du pavillon chinois est significatif. Aussi spectaculaire soit-il, l'architecture proposée demeure en deçà des ambitions qu'un tel événement suscite généralement.

Conscients de l'évolution de la société chinoise, les trois associés d'Architecture Studio ne renoncent pas pour autant à leur vision et imaginent à terme la réalisation d'un pont piétonnier reliant Puxi à Pudong. "La Chine commence à se préoccuper du piéton. Avec le développement économique et l'enrichissement, les populations redécouvrent le plaisir de la promenade", explique Martin Robain. Regardant vers l'avenir, la structure imaginée par Architecture Studio aurait eu toute sa pertinence d'autant plus que Shanghai défend une exposition sur le thème 'meilleure ville, meilleure vie'. Plus encore, le projet aurait servi la lisibilité géographique du site de l'exposition répartie sur les deux rives du fleuve, une proposition d'Architecture Studio retenue quant à elle par les édiles chinoises.

En neuf ans, de 2001 à 2010, le projet a par conséquent connu de nombreuses évolutions. "Nous avons travaillé conjointement avec la mairie jusqu'en 2004, date à partir de laquelle les instituts Tongji et Ecadi ont pris en main le plan d'urbanisme. Nous avons dès lors joué le rôle de conseiller auprès d'eux", précise Martin Robain soulignant la volonté de la Chine d'assurer, seule, la maîtrise d'oeuvre.

02(@ArchitectureStudio)_S.jpgAujourd'hui, le tracé du plan masse est préservé et l'ellipse, caractéristique du dessin initial, réinterprétée. "Nous avions initialement tracé une ellipse en eau propre dont il ne reste plus aujourd'hui que des indices. L'ellipse a plusieurs centres alors que le cercle ou le carré sont monocentrés. Cette forme permet donc de symboliser la mobilité et le pouvoir du peuple", explique Martin Robain.

Par ailleurs, le parti illustre la volonté de redessiner la géographie urbaine de Shanghai. "L'exposition recompose la ville, elle est un élément important au même titre que People's Square et Pudong", poursuit-il réaffirmant la pertinence d'un projet à cheval sur les deux rives du Huangpu dessinant de fait "un triangle d'or dans la ville". "L'exposition est le lien entre Puxi, hérité du XIXe siècle et Pudong, du XXe siècle. Elle fait balance et équilibre la situation urbaine de Shanghai", continue René-Henri Arnaud.

L'exposition universelle de Shanghai promet ainsi de jouer un rôle tant dans la géographie urbaine de la ville que dans son histoire architecturale. Le Pavillon de la Chine marque une étape ; il est l'occasion pour Martin Robain de délivrer sa position quant à l'avenir de la scène architecturale chinoise.

Voyage dans le temps et l'espace, l'architecte s'en retourne de l'autre côté de la mer de Chine pour illustrer sa réflexion. Selon lui, le Japon, après avoir obtenu l'organisation des Jeux Olympiques (1964) et de l'exposition universelle (1970), a été marqué par une défiance envers l'avenir, une forme de baby blues, que la crise économique a, par ses effets, amplifié. L'époque correspond à l'émergence du postmodernisme sur l'archipel nippon.

"A Shanghai, le postmodernisme est arrivé avant la fin de l'exposition", affirme Martin Robain évoquant la figure du Pavillon Chinois telle une ré-interprétation du passé. Sans conteste, la Chine est en constante évolution et la pratique architecturale évolue.

Depuis près de quinze ans, Architecture Studio observe et participe activement à l'élaboration du nouveau paysage architectural de la Chine contemporaine. Aujourd'hui, l'agence est fière de montrer son projet urbain de Taiyuan prônant un travail sur les typologies, proposition emprunte de traditions urbaines. "Nous sommes appelés à apporter une vision différente. Nos réponses ont moins besoin d'artifices formels et nos projets sont beaucoup plus ancrés dans le contexte", explique René-Henri Arnaud. De son côté, Martin Robain se refuse à toute postmodernité. "Nous pouvons entrer dans la culture chinoise sans faire de postmodernisme et ce en ayant recourt à la forme". Dont acte.

03(@ArchitectureStudio)_S.jpg"Il y a un plaisir de la forme en Chine", reconnait René-Henri Arnaud pour qui "chaque bâtiment est sujet à des variations formelles très poussées contraintes par la symbolique". Cette confrontation de la forme et du symbole est à l'origine de toutes problématiques formelles.

"Notre attitude a changé. Nous comprenons mieux la Chine et nous sommes plus forts dans l'affirmation de notre pensée", conclut Martin Robain. Pour rappel, l'agence chinoise d'Architecture Studio compte soixante collaborateurs. "Nous n'avons pas la volonté d'agrandir notre structure. L'outil dont nous disposons nous permet de mener à bien nos ambitions. Les difficultés de gestion et le rythme court des projets ne nous amènent guère à une stratégie d'expansion", précise René-Henri Arnaud.

Architecture Studio affine ainsi sa réflexion sur un territoire chinois en constante mutation et en proie aux évolutions rapides d'une société toujours plus urbaine. Les lendemains de la modernité chinoise se préfigurent désormais et l'exposition universelle de Shanghai inaugure une nouvelle ère architecturale.

Jean-Philippe Hugron

Cet article est paru en première publication dans CyberArchi le 5 mai 2010.

Réactions

baoan | architecte | braine l'alleud | 29-06-2011 à 19:57:00

Cette courbe à Shanghai n’est ce pas une volonté formaliste et totalitaire? N’en ont-ils eu assez déjà ? En manque d’imagination peut-être ? Et où en est la vraie recherche des solutions pour les métropoles qui s'étouffent? Ici on a confondu Dubai avec Shanghai.

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