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Diplôme | Ferme qui rit (10-11-2010)

En référence à 'la ferme radieuse' de Le Corbusier, Nicolas Lebatard en a imaginée une telle qu’on pourrait en découvrir en 2025. Ayant vécu dix-huit ans dans une exploitation agricole en Mayenne, l’étudiant élabore, jusque dans les moindres détails, un ensemble où les procédés industriels sont compatibles avec l’écologie et le bien-être des hommes et des animaux.

Sélection de la Rédaction | Autres | Mayenne | Nicolas Lebatard

Au vu d’une population croissante, du nombre d’agriculteurs diminuant et d’un prix de revient toujours plus élevé avec des produits toujours moins chers, un même problème se pose, partagé par tous les agriculteurs : Comment imaginer la ferme agricole de demain en Europe occidentale, orientée vers la production laitière, en prenant en compte les volontés politiques et industrielles, les directives européennes, mais également les nécessités des agriculteurs et les demandes des consommateurs ?


L’évolution

Au vu de l’évolution des fermes agricoles, due à la mondialisation, au baby-boom, à l’augmentation de la population mondiale, au manque de jeunes agriculteurs, il est permis de penser que, d’ici 30 ans, la taille moyenne des fermes agricoles pourrait augmenter, pour abriter 200 vaches laitières, contrairement à 45 actuellement. Les dimensions du projet architectural seront ainsi cinq fois supérieures à celles des édifices actuels.

La politique de fonctionnement de la ferme merveilleuse

Depuis plusieurs années, la fonction de l’agriculteur n’est plus seulement nourricière. Elle intègre actuellement une gestion, un rapport au client, la traçabilité de ses produits, etc., tout en évoluant suivant des notions telles que le bien être animalier et l’écologie. La ferme agricole de demain a été imaginée et définie au regard de : sa taille, un site unique, le bien être des agriculteurs et des animaux, l’autoproduction de la nourriture, l’autonomie du bâtiment en matière d’énergie et la limitation de la pollution.

Un site unique

Actuellement et malgré le remembrement des terres agricoles, nous constatons un étalement des terres agricoles, en raison des héritages, de la nécessité de s’agrandir et de la rareté des terres disponible. Plus de 20km peuvent séparer les champs d’un même corps de ferme. L’idée du projet est le remembrement de terres dispersées en un seul et unique site, permettant ainsi un gain d’énergie et de temps précieux.

Prenons l’exemple d’un site en Mayenne, sur la commune d’Aron. Le parcellaire contient actuellement cinq fermes agricoles de taille moyennes appartenant entre autres à trois couples partant à la retraite d’ici deux ans. L’hypothèse est la suivante : les deux fermes restantes s’associent et forme une même société laitière. Celle-ci rachète les trois fermes qui l’entourent (terres et animaux sans les corps de ferme qui seront vendus à des particuliers au vu du coût exorbitant). Etant donné l’incapacité des bâtis à recevoir une organisation agraire de 220 vaches, une nouvelle ferme agricole de type industrielle sera donc construite sur ce parcellaire.

02(@Lebatard).jpgLe projet dans le paysage

Cette ferme nouvelle sera positionnée au centre du parcellaire de pâturage des vaches laitières. Au vu du nombre d’animaux et de la surface de stockage définie par une autoproduction de nourriture et d’énergie, elle sera composée de deux bâtiments distincts, à l’image de deux navires posés dans la nature comme des énormes silos à grains sillonnant les campagnes.

Le premier, aux dimensions importantes, soit 300x40 mètres, contiendra plus de 400 animaux, facilitant ainsi la logistique interne. Le second, soit 240x40 mètres, contiendra les stockages de fourrage et le matériel. Sa position sera définie de manière à ce que l’agriculteur réalise un minimum de déplacement entre cette zone de stockage et la partie consacrée aux animaux.

Afin de favoriser une ventilation naturelle (vent d’ouest), une seule orientation est possible : nord-sud. Cette orientation favorisera l’apport lumière naturelle dans les bâtiments. Pour accéder à la ferme et éviter tout risque de contamination, l’accès se fera via des zones tampons de désinfection et de stérilisation.

Les bâtiments

Organisation interne des bâtiments
La taille importante des bâtiments nécessite une logistique accrue. Ainsi, au sein du bâtiment consacré aux animaux, se trouve le coeur de la ferme, qui est réparti sur 100x40 mètres. Cette zone concentre l’activité globale et comprend différents accès, des zones tampons de désinfection, des bureaux, une salle de traite, une nurserie, une zone technique, une zone réception et de départ de marchandises. Deux zones secondaires sont consacrées à l’alimentation et au couchage des vaches laitières. Le second bâtiment contiendra divers stockages tels que le matériel agricole avec un atelier, les stockages humides (ensilage d’herbe), la zone de stockage sèche (foins et pailles), la zone biogaz ainsi qu’un bac de rétention d’eau avec un centre de lavage.

Principes constructifs
Les deux bâtiments seront équipés d’un module de charpente répétitif, à l’image des anciens bâtiments agricoles, qui permettra ainsi de réduire les coûts de construction. Ce module, de 10x40 mètres, sera constitué d’une pente inversée dissymétrique. Cette disposition permettra des ouvertures supplémentaires, favorisant l’éclairage et la ventilation naturels au centre du bâtiment.

Le plan, réparti en trois nefs, sera composé d’un entraxe de 10x28 mètres pour la nef centrale et d’un autre de 2,5x6 mètres pour les bas-côtés. La structure primaire sera en bois lamellé collé et la structure secondaire sera en bois massif. Sur cette structure, six centimètres de contreplaqué cloutés seront recouverts d’une toiture végétalisée. Celle-ci permettra, d’une part, de limiter fortement l’impact du bruit de la pluie, très désagréable pour les animaux et les utilisateurs et, d’autre part, elle favorisera la protection thermique.

La façade ouest, de 300x8 mètres, sera composée de panneaux en polycarbonate translucide perforés à 7%, offrant une ventilation naturelle et un maximum de lumière. Selon les angles de vues depuis l’extérieur, le polycarbonate créera soit un effet miroir, soit une percée visuelle traversant le bâtiment.

La façade est, de 300x8 mètres, rarement exposée à la pluie, sera composée de filets brise-vent pour maximiser le contrôle de la ventilation naturelle. Ce type de filet brise-vent sera fixe sur les deux premiers mètres pour protéger les animaux des courants d’air. Au delà, il pourra s’ouvrir ou se fermer automatiquement au gré des besoins.

03(@Lebatard)_S.jpgChoix techniques

Parmi les choix techniques opérés, notons que la ferme agricole autonome sera en autoproduction de nourriture, de gasoil et d’électricité. Par ailleurs, la salle de traite, élément essentiel du projet, est une salle de traite rotative. Celle-ci permet de traire simultanément vingt-deux vaches en même temps, soit 200 vaches en deux heures.

Ce projet pourrait sembler utopique pour certains, mais il ne demande qu’à vivre !

Nicolas Lebatard

Cet article est paru en première publication sur CyberArchi le 28 mai 2009.


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