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Autre | Remise en forme du village WanFoTang (Pékin, Chine) (10-11-2010)

Pierre L'Excellent, Thomas Vongpradith et Guan Sui Zhao (ENSA Paris-Malaquais et Université de Tsinghua à Pékin) ont imaginé le nouveau visage du village de WanFoTang, situé à l’ouest de Pékin, notamment en densifiant l’existant et en reconstituant un écosystème affaibli pour créer une transition douce vers la nature. Présentation.

ENSA Paris-Malaquais | Urbanisme et aménagement du territoire | Chine

En l'espace de vingt ans, Pékin a vu sa surface urbanisée être multipliée par cinq et ce aux dépends de son ancien paysage forestier. De graves conséquences résultent de l'abattage massif des arbres : érosion des sols, bouleversement du cycle naturel de l'eau, traitement réduit du CO2, progression du désert et augmentation de l'impact des tempêtes de sable sur la ville... Afin d'aller à l'encontre de ces changements, déjà dévastateurs pour la capitale chinoise, le gouvernement a prévu, sur quinze ans, un investissement de 6 milliards de dollars pour planter une nouvelle ceinture verte autour de la capitale.

WanFoTang, village situé à l'extrême ouest de la zone urbanisée pékinoise, s'annonce comme la représentation typique des enjeux auxquels les autorités chinoises seront confrontées au cours des prochaines années. Bordée d'un côté par la métropole extensive et de l'autre par une nature encore dénuée d'urbanisation, bien que déjà affectée par ses conséquences, la commune doit affirmer sa position entre préservation et croissance.

Axée autour de la notion d'entropie, selon laquelle un système clos tend irrémédiablement vers l'épuisement de ses ressources, la proposition faite pour le développement de la localité s'engage à réactiver un potentiel naturel et accompagner une zone urbaine vers un modèle plus efficace et suffisant (sustainable). Ainsi, à l'échelle du territoire d'une part, le traitement de l'eau, ressource menacée dans cette partie du pays, garantit aux habitants de meilleures conditions de vie et une régénération verte, et d'autre part, à l'échelle du centre bâti, la compacité et la densification sur l'existant évitent les déperditions inutiles d'énergie et de ressources autrement impliquées par l'extension des infrastructures.

02(@PLE)_S.jpgVictime de pluies torrentielles sur une courte période de l'année puis d'une longue sécheresse, le village souffre de son manque considérable de lieux de stockage des eaux pluviales. Il était donc nécessaire de favoriser la distribution, au fil des mois, de cette ressource. Un parcours, basé sur une ancienne rivière désormais asséchée, ponctué de différents bassins et d'aménagements paysagers, a été imaginé depuis les hauteurs jusqu'au fond de la vallée. Il distingue l'usage de l'eau en tant qu'agrément et son usage pratique. Il invite les usagers, par ailleurs, à prendre conscience de l'intérêt et de la manière de la revaloriser.

Prévue afin d'améliorer le niveau de vie de ses habitants, l'intervention rend manifeste les bénéfices d'une symbiose entre les villageois et leur site. Ceux-ci, dont la culture a gardé une importante dominante familiale, continuent, sur plusieurs générations, de vivre sous le même toit et sont très attachés à la mise en valeur de leur patrimoine. Ainsi, au fil de l'agrandissement des foyers, les logements bénéficient d'extensions successives, anarchiques, plus intéressées par leur surface habitable que par les conditions qu'elles produisent.

Parallèlement au travail territorial, il s'est donc avéré essentiel de prendre en compte ces facteurs sociaux et, en les combinant aux volontés écologiques et aux contraintes économiques, de proposer des perspectives de développement pour le cadre urbain. Le choix a ainsi été fait de superposer aux habitats traditionnels à un seul étage les extensions futures et d'imaginer les relations que pourraient entretenir entre elles les deux parties.

Différents scénarios ont été envisagés selon les quartiers de la commune. Le premier, sur le quartier résidentiel au sud-est du village, s'attache à agrandir, en améliorant leurs qualités, les espaces de vie privés, et à redéfinir leur articulation avec les espaces publics, autrefois négligés. Partant du constat que les parcelles sont toujours découpées de manière similaire, avec un corps de bâti principal et une cour, parfois partiellement occupée, une nouvelle typologie est née de l'optimisation du rapport entre l'occupation du sol, l'ensoleillement et l'importance des rues.

03(@TV)_S.jpgPour les plus petits logements, l'extension s'est consacrée à la surface habitable, tandis qu'afin de ne pas encombrer les logements les plus importants d'espaces superflus, une diversité incluant des espaces verts, rendus possibles par l'approvisionnement en eau, s'est mise en place. D'un point de vue technique, l'ensemble repose sur une ossature bois, dont la production sur site permet de relancer une filière en désuétude, et inclut des panneaux solaires afin de compléter l'autonomie énergétique des constructions.

La question du phagocytage de l'existant offre une réponse générale au développement durable, environnemental, économique et social comme démontré auparavant, et s'étend jusqu'aux perspectives historiques prônées par certains. En effet, la transformation n'est pas brutale mais s'effectue selon une transition douce qui permet de conserver une partie de l'image déjà en place, tout en l'exposant à son développement futur.

04(@GSZ)_S.jpgAu centre du village, le second quartier propose une autre interprétation du concept, en rapport avec sa vocation plus commerçante. Séparées en deux blocs, les extensions se répartissent d'abord sur rue, pour offrir un local commercial aux habitants et permettre à cette occasion de redéfinir les façades urbaines, et ensuite sur cour, pour agrandir l'espace propre à leur logement. D'un point de vue technique, la logique constructive s’établit sur les potentialités locales : récupération des tuiles existantes et utilisation du potentiel de l'usine de briques communale.

Enfin, l'extrémité ouest de WanFoTang, prévue pour répondre aux attentes touristiques chinoises, propose de retravailler la trame urbaine désordonnée et fermée sur le paysage et de baser ses extensions sur un concept visuel fort, au service de l'image du nouveau village. Le quartier est directement connecté aux installations didactiques prévues en rapport avec les berges et, en fixant la limite de la ville, s'ouvre sur un paysage protégé et réactivé. Les extensions, tantôt imbriquées à l'existant, tantôt juxtaposées, permettent de répondre à des pratiques différentes pour les visiteurs, soient accueillis chez l'habitant lui-même, soient bénéficiant de leur propre autonomie.

Articulées entre elles, les thématiques de l'eau et de la superposition prennent une dimension icônique chère au peuple chinois. En affirmant une position forte vis-à-vis de son développement, ancré dans la durabilité, WanFoTang s'inscrit dans une exemplarité démonstrative pour les aménagements futurs de la ceinture verte de Pékin.

Pierre L'Excellent (textes, quartier 1), Thomas Vongpradith (quartier 2), Guan Sui Zhao (quartier 3)

Cet article est paru en première publication dans CyberArchi le 4 février 2010.

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