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Compte-rendu | Coop Himmelb(l)au, du Soleil à Lune (24-10-2010)

Invité par l'Ecole Spéciale d'Architecture, Wolf Prix tenait conférence le 29 avril dernier. L'intitulé, 'Now. But Forever', recèle une actualité riche que le célèbre architecte autrichien commente et intègre à l'histoire de l'architecture. Une leçon où Coop Himmelb(l)au, faisant fi de la gravité, n'en demeure pas moins pragmatique. Compte-rendu.

Autriche | Coop Himmelb(l)au

Dans une chaleur quasi étouffante, l'amphithéâtre archi comble de l'ESA attend patiemment l'arrivée de Wolf Prix. Quelques vingt minutes d'attente, la porte s'entrouvre. Echarpe blanche, jean bleu, pieds nus dans ses mocassins, l'architecte entre en scène.

Aie ! Un stararchitecte ! L'homme troque ses lunettes de soleil pour ses loupes. Brusque changement d'apparence et l'architecte, soudain plus proche, devient accessible, quasi familier.

"Soyez patient, cela prend un moment", débute-t-il. L'auditoire est alors principalement composé de futurs architectes et Wolf Prix fera preuve au fil de sa conférence d'une sagesse teintée d'humour. Dans une demi-obscurité, le célèbre co-fondateur de l'agence Coop Himmelb(l)au revient en premier lieu sur un nom choisi à la fin des années 60. "Nous voulions une architecture qui soit comme un nuage afin de suggérer une idée de flexibilité des espaces... des espaces qui seraient comme des bulles d'air sans aucun programme", dit-il.

Ce nom évoquant à la fois le bleu du ciel (Himmelblau) ou la construction du ciel (Himmelbau) trouve de nouvelles justifications. A l'écran défile alors une animation. Les phénomènes atmosphériques se succèdent rapidement. "Un nuage change, l'atmosphère, le temps également [...] tout comme notre action, qui est justement en évolution".

Au-delà du ciel, il y a donc le soleil. "A partir de 1992, de nouveaux systèmes énergétiques interviennent", explique Wolf Prix pour qui "la durabilité est un vieux concept capitaliste à la mode". Eloigné de toutes tendances, l'architecte affirme la permanence d'une réflexion sur l'environnement dans son travail. "Nous nous intéressons désormais à des édifices capables de produire de l'énergie", indique-t-il. La manière dont l'immeuble est orienté par rapport au soleil et au vent importe. Autant d'éléments constitutifs d'un ciel azuré.

02(@Isochrom).jpgPavilion 21 Mini Opera Space, Munich, Allemagne, 2008-2010"Si un édifice est plus qu'une simple boite, s'il est expérimental, alors vous ne saurez jamais trouver la limite", affirme l'architecte. "Begreifen" lance-t-il. "Begreifen, signifie en allemand toucher les choses et les comprendre. Si j'extrais l'idée, si je la touche, alors je passe à un autre niveau".

Succession d'étapes, l'architecture évolue, change et Coop Himmelb(l)au s'inscrit dans un processus où la technique ouvre les possibilités. "Aujourd'hui, l'architecture est essentiellement question de programme", dénonce l'architecte. La pyramide de Khéops vient illustrer alors sa démonstration. Wolf Prix fait succéder à la photo du célèbre monument égyptien une coupe. Deux galeries et une chambre funéraire signalées en blanc se détachent d'une imposante masse triangulaire noire. L'architecte ironise alors sur les proportions du programme, minimes par rapport à l'édifice.

Poursuivant son explication et afin d'en revenir à la technique, l'architecte évoque, sur les traces de Corbu, la figure du Parthénon, une architecture qu'il résume en 36 colonnes pour 1.311m². Parallèle étonnant, BMW Welt, le complexe réalisé par Coop Himmelb(l)au à Munich n'est constitué que de 11 colonnes pour 14.278m². "Une évolution considérable rendue possible par le développement de la technique".

03(@MarcusBuck)_S.jpgVéritable leitmotiv d'un parti architectural, la technique offre "la possibilité de créer de nouveaux espaces et de nouvelles séquences d'espaces". Elle est un préalable au service d'une pensée synthétisée en quelques maîtres-mots : GRAVITE, FORME et GEOMETRIE.

GRAVITE. "Himmelb(l)au est un nuage, une architecture volante qui n'accepte pas la gravité", soutient Wolf Prix. "Les objets flottent dans l'espace", ajoute-t-il rehaussant son propos d'une photographie des années 30 illustrant une personne allongée sur une chaise longue LC4 imaginée par Charlotte Perriand et Le Corbusier... "dans la même position qu'un astronaute".

Voyage dans l'espace donc. "La combinaison spatiale est l'architecture la plus parfaite, elle est une protection contre l'environnement, elle résout les problèmes", explique l'architecte. La conquête spatiale ouvre la porte d'un univers sans gravité d'ores et déjà investi par Coop Himmelb(l)au. Wolf Prix revient alors 28 années en arrière à l'époque où l'agence imaginait l'Open House, une structure innovante reposant sur une "colonne de tensions". "Les inventions spatiales et formelles sont permises par la structure", reprend celui qui unit alors ses préoccupations actuelles à celles héritées de la Renaissance et de ses concepteurs de coupole.

FORME. Si l'architecture s'émancipe de la gravité terrestre et se libère des surdéterminations qui pèsent sur elle, la forme s'annonce elle aussi libre et cependant toujours justifiée. "Le faucon est un oiseau qui mange des poulets. Quand il plane, il a la forme d'une croix et lorsqu'un poulet l'aperçoit, ce dernier doit s'échapper. Quand nous fuyons donc devant la forme, nous avons alors le point de vue d'un poulet", s'amuse Wolf Prix.

Enfin la GEOMETRIE appelle quant à elle l'idée de déconstruction héritée de la culture viennoise où "la destruction est elle-même une chance de libérer l'espace". Liberté, liberté chérie, Wolf Prix justifie constamment son parti architectural. Images à l'appui, l'architecte dévoile son projet de Pavillon 21 Mini Opera Space. Au premier regard, l'édifice parait telle une extravagance formelle qui, à mesure des propos de son concepteur, trouve une explication. "Rien n'est dû au hasard", confirme l'auteur. Salle temporaire de concerts, la construction s'évertue à parfaire les qualités acoustiques de l'espace notamment depuis l'extérieur par des formes capables d'absorber le bruit.

Contre toute attente, l'architecture de Coop Himmelb(l)au n'appartient pas au registre contemporain de l'icône. "Les images vont dans notre mémoire courte", affirme Wolf Prix. Chaque édifice s'apparente plus volontiers à une nébuleuse d'informations. En toute logique, l’architecte dénonce une situation où "les gens ne croient pas que les bâtiments leur appartiennent alors qu'ils doivent s'en saisir mentalement".

"Begreifen" disait-il, "begreifen".

Cet article est paru en première publication dans CyberArchi le 5 mai 2010.

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