Au coeur d'un quartier pavillonnaire de Maisons-Alfort (94), Sandro Munari investit une faille urbaine pour y loger l'extension en bois d'une maison individuelle, réponse intelligente à un programme contraignant. Découverte d'une première réalisation prometteuse. Entretien.
Pouvez-vous nous raconter en quelques mots comment est né ce projet d'extension ?
Sandro Munari : Cette commande émane d'un maître d'ouvrage avec qui j'avais déjà travaillé pour réaménager les bureaux de MG France, un syndicat de médecins généralistes. Ici, le projet est différent. Il était tout d'abord question d'une étude de faisabilité. Ayant besoin d'une chambre et d'une salle de bains supplémentaires, le maître d'ouvrage s'interrogeait et hésitait alors entre deux possibilités : densifier l'existant ou acheter une autre maison. Au regard des prix du marché de l'immobilier, il lui était plus intéressant de construire.
Pourquoi avez-vous adopté un parti architectural résolument contemporain ?
Je suis parti sans référence directe. Le programme était très contraint et je me suis efforcé de transformer les contraintes en qualités. J'avais personnellement en tête l'idée d'une greffe contemporaine. Il aurait été difficile de reproduire une maçonnerie du même type que celle de la maison. C'est donc l'idée de jouer le contraste qui a motivé le parti architectural. Le maître d'ouvrage en était d'ailleurs surpris. Il imaginait plutôt un traitement plus traditionnel avec une partie en véranda.
Pourquoi positionnez-vous le projet dans un entre-deux ?
Nous ne pouvions profiter que de l'entre-deux. Le prospect interdisait une extension de huit mètres côté jardin. Nous nous sommes donc inscrits dans les limites autorisées, ce qui, par ailleurs, préservait la surface du jardin. Nous avons donc profité des structures existantes... Nous ne pouvions pas non plus détruire le mur du voisin ! Nous avons donc renforcé ces différentes parties pour réaliser la structure en bois.
Comment le projet a-t-il évolué dans le temps ? La volumétrie, par exemple, a-t-elle connu quelques variations ?
La volumétrie s'est assez rapidement imposée. Les variations concernent le traitement de la façade, surtout la création d'un porte-à-faux d'1m20. Le salon paraît ainsi comme extrudé et son volume, depuis le jardin, plus léger. Ce parti n'a entrainé aucun surcoût. Le bois permet en effet des portes-à-faux très simples. D'autre part, la volumétrie adoptée différencie les éléments du programme. Seul le salon s'avance et parait ainsi comme un balcon entre la maison et le jardin.
Comment avez-vous géré les apports de lumière et les diverses vues ?
Il y a un travail relativement fin sur les ouvertures. La baie du salon gère les vues et la lumière. Pour ce faire, un dispositif de brise-soleil a été mis en oeuvre. En plus d'atténuer l'impact solaire l'été, il permet de recadrer la vue sur le jardin en atténuant la présence d'une barre de logements implantée sur la parcelle voisine. Sur le côté, une ouverture horizontale vers le perron d'entrée du jardin permet de faire entrer la lumière du matin et de voir le ciel. La triple baie coulissante de la chambre est, quant à elle, agrémentée de persiennes orientables pour assurer l'intimité du lieu.
Enfin, la fenêtre horizontale haute de la salle de bain apporte la lumière et le cadrage sur les arbres sans vues directes. Les deux baies horizontales sont pourvues d'un barreaudage en métal incrusté dans le bois. La façade exprime ainsi les différents visages de chaque pièce.
Pourquoi cet usage du bois ? Quels sont vos autres choix en termes de matériaux ?
Le bois était adapté aux contraintes du chantier. Nous avons opté pour du bouleau, un bois tendre, européen, thermiquement modifié, ce qui lui permet de résister aux aléas du climat sans traitement chimique. Cette technique permet, entre autres, d'utiliser des essences françaises. Nous avons par ailleurs travaillé l'isolation. Il y avait une crainte d'entendre la pluie sur la toiture. Nous avons alors opté pour de la fibre de bois qui, du fait de sa densité, assure une bonne qualité acoustique. Au sol, de la ouate de cellulose en papier journal recyclé a été posée.
Qu'exprime selon vous votre projet ?
Ce projet met en avant des enjeux contemporains, particulièrement celui de la densification urbaine. Les prix de l'immobilier fixe les populations. Pour répondre donc aux problématiques architecturales liées à ce processus, le bois m'apparait comme une solution constructive pertinente. Par ailleurs, la mairie de Maisons-Alfort nous a accordé le permis sans grande difficulté et la municipalité souhaite aujourd'hui se servir de cette réalisation comme référence.
Propos recueillis par Jean-Philippe Hugron
Fiche Technique
Maîtrise d’ouvrage privé
Surface : 35m²
Coût : 90.000€
Etudes : 2008-2009
Chantier : 2009
Matériaux
Structure bois en pin et panneaux OSB
Maçonnerie en béton cellulaire
Bardage en bouleau traité thermiquement
Isolation en fibre de bois et ouate de cellulose
Toiture en bac acier
Cet article est paru en première publication dans CyberArchi le 5 mai 2010.
«Je trouve la phase du chantier toujours particulièrement photogénique», souligne Clément Guillaume. Ayant notamment fait ses armes en tant que portraitiste, ce photographe se tourne vers l’architecture en...[Lire la suite]
_B.jpg)
Transparence, évanescence et reflets... L’édifice s’efface au profit des oeuvres exposées. Au photographe d’architecture de capter l’immatériel. En bas à droite, en haut à gauche, une...[Lire la suite]
_B.jpg)
Après dix années passées à Marseille, Philippe Piron s'est établi à Nantes en 2013. Il continue de développer son travail sur l'architecture et le paysage avec notamment, en 2012, une participation...[Lire la suite]
_B.jpg)
Pour sa carte blanche 2013, en hommage à Oscar Niemeyer, Carol Aplogan retrace un voyage entre Paris et Rio au travers de nouvelles interprétations de son Musée d’Art Contemporain à Niterói au...[Lire la suite]
_B.jpg)
Oscar Niemeyer est mort, vive Oscar ! Sur les traces du maître brésilien du modernisme architectural, Stefano Candito approfondit une recherche personnelle fondée sur les notions d’«appropriation» et...[Lire la suite]
_B.jpg)
En guise de carte blanche, Jean-Christophe Ballot a varié les plaisirs et propose des photos de cinq reportages photographiques différents. De Fès au Louvre, en passant par des images de la confluence Seine-Oise, ce photographe...[Lire la suite]
_B.jpg)