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Enquête | Les HMONP, des têtes (plus ou moins) bien faites selon les points de vue (21-12-2010)

L’une des principales conséquences de la réforme LMD est la transformation du TPFE (Travail Personnel de Fin d’Etudes) en PFE (Projet de Fin d’Etudes), désormais conçu en six mois, contre une voire deux années à l’époque du DPLG. Autre nouveauté : les cours dispensés dans le cadre de la HMONP. Viennent-ils compenser l’amputation du T dans TPFE ? Cela dépend des points de vue.

Vie étudiante | France

Conditionnant l’accès au diplôme DPLG, «le TPFE était un moment fondateur en matière de conception de projet. Autonome, l’étudiant avait le temps d’approfondir le sujet choisi», souligne Jean Magerand, architecte et enseignant à l’ENSA Paris-La Villette.

«En réduisant le temps consacré au projet de fin d’étude de presque deux ans à un semestre, les étudiants perdent en autonomie», dit-il. Le projet de diplôme est, selon lui, désormais surtout affaire de «bachotage» plutôt que de «démarche personnelle et intellectuelle». Bref, «la HMO nous a enlevé cette capacité projectuelle».

Ce que confirme Julien, ayant validé sa HMONP à l’ENSA Belleville en septembre 2009 : «en six mois, c’est plutôt un projet d’atelier, qui s’apparente à tous les autres projets conduits pendant les études, plutôt qu’un véritable projet universitaire». Pour autant, «cela ne m’a pas gêné», dit-il. A ceux qui ont connu l’ancien système, les regrets. «C’est dommage de priver un étudiant de cette étape fondatrice», dit Nicolas Desmazières, architecte et cofondateur de l’agence X-TU. S’il estime que les Architectes Diplômés d’Etat (ADE) n’ont pas perdu de leur pouvoir imaginatif - «avec Internet, ils ont un regard panoramique sur le monde» - reste qu’à vue de nez, «les derniers diplômes paraissent moins intéressants».

Tout en concédant que le PFE «est moins approfondi et moins personnalisé que l’ancien TPFE», Olivier Celnik, architecte et chargé du groupe de pilotage HMONP à l’ENSA Val-de-Seine, estime que la nouvelle formation, plus 'professionnalisante', est «un progrès». «Avoir un diplôme sans connaître les enjeux de la vie professionnelle n’a pas de sens», dit-il.

«Autant ma mise en situation professionnelle était décevante, autant les cours HMONP dispensés à Belleville sont pointus. On y apprend les arcanes du chantier, les PPP, la gestion d’une agence», souligne Julien. Dispensés en 150 heures, la qualité de ces enseignements diffère selon les écoles. «Ceux de la Villette laissent à désirer», juge une étudiante. A l’ESA, ils sont en progrès : «lors de la première session 2010, nous avions l’impression que les intervenants étaient surtout des économistes vantant les mérites de leurs boîtes. Enrichie de cours de droit et d’économie, la deuxième session était mieux faite», confie un autre.

«En HMONP, dès la première semaine de cours, leur regard change ; le fait d’être engagé dans cette démarche les rend d’emblée plus professionnels», juge Olivier Celnik. Laurence Caillau, chargée de développement du Studio Bellecour, reconnaît les bienfaits de ces enseignements. «Moi qui gère une agence, je trouve bien d’enseigner la gestion, les problématiques d’une entreprise avec ses contraintes juridiques, les conditions d’accès à la commande, etc., mais je ne sais pas si c’est suffisant», dit-elle.

«Ces cours ne nous permettent pas de monter une agence mais ils nous donnent des clés d’entrée dans la profession», résume Pierre-Arthur, en HMONP à l’ESA.

«Vous pouvez faire toutes les formations 'professionalisantes' que vous voudrez, il en existe à foison, ce savoir-faire sera caduc d’ici 10 ans. In fine, ce qui compte est de former des têtes bien faites, capables de s’adapter aux grands changements de société ; or, ce qu’on gagne en pragmatisme on l’a perdu, avec la disparition du PFE, en têtes bien faites», estime Jean Magerand.

L’architecte Jocelyne Behrend est à la croisée de ces différentes conceptions. D’une part, elle estime que le projet s’apprend «dans le cadre d’une agence» et fait le parallèle avec l’internat de médecine. «Comme les internes, les architectes gagneraient à travailler tout au long de leurs études», dit-elle.

Pragmatique, l’architecte estime néanmoins essentiel d’adopter une démarche intellectuelle. La comparaison avec les études de médecine vaut toujours. «L’architecte est le penseur de notre société ; à ce titre, tout étudiant devrait mener un travail de recherche dans le cadre d’un laboratoire».

Elle déplore d’ailleurs «la distinction entre le doctorat et le diplôme d’architecte». Tiens, le Doctorat. Avec la focalisation des débats sur la HMONP, qui confère le grade de master, le diplôme préparé en 8 ans semble laissé pour compte. A la Villette «il se met en place doucement», informe Jean Magerand.

Emmanuelle Borne

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