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Enquête | L'Architecte diplômé d'Etat (ADE) en HMONP, un salarié comme les autres ? (21-12-2010)

Craignant de devenir des 'larbins d’agences' au début de la réforme LMD, voilà les jeunes architectes rassurés. Les textes sont clairs : outre la convention tripartite signée entre l’école, l’ADE et l’agence, la Mise en Situation Professionnelle (MSP) dans le cadre d’une HMONP (Habilitation à exercer la Maîtrise d’Oeuvre en son Nom Propre) fait aussi l’objet d’un contrat de travail en bonne et due forme. A statu quo, statut pro ?

Vie étudiante | France

Contrairement à ce qu’auguraient les premières moutures de la réforme, «le HMNOP n’est pas un stagiaire mais un salarié», souligne Olivier Celnik, architecte, fondateur de ZStudio et chargé du groupe de pilotage HMONP à l’ENSA Val-de-Seine. Pour preuve les rémunérations, librement négociées entre le candidat à la HMONP et son employeur, comme pour tout autre salarié. Difficile d’établir une moyenne. Parmi les étudiants contactés par le Courrier de l’Architecte, ces salaires, négociés dans le cadre d’un CDD, d’un CDI ou d’un contrat de professionnalisation, oscillent entre 1.800 et 2.300 euros bruts/mois.

Reste une ambiguïté : «dans le cadre de l’HMONP, l’employeur s’engage à assurer un complément de formation professionnelle à son salarié»*. Objectif pédagogique qui peut s’avérer pénalisant... en termes de salaire. Embauché à l’issu de son diplôme soutenu à l’ENSA Belleville au sein «d’une grosse agence parisienne» où il oeuvrait déjà en tant que junior entreprise, Julien a vu son salaire diminuer en changeant de statut. «Je gagnais davantage que mes 1.500 euros net/mois quand j’étais payé à la journée», dit-il.

Effectif dans le salaire, le suivi pédagogique fut moins concluant dans la réalité. «Je suis déçu de l’expérience ; si mon chef de projet a trouvé l’enjeu intéressant, il n’a pas réellement pu répondre à mes questions notamment parce que n’étant pas stagiaire mais salarié, j’étais surtout là pour travailler».

«A Val-de-Seine, nous estimons que les agences ne sont pas là pour former le candidat mais pour lui fournir un terrain d’observation et de réflexion ; pour nous, les échanges HMONP se font en dehors et en plus des heures de travail», souligne Olivier Celnik.

Selon ce dernier, «de plus en plus d’agences voient l’intérêt d’embaucher des HMO», les cours théoriques dispensés dans le cadre de la formation faisant toute la différence. «Le fait d’être engagé dans une HMONP les rend plus attentifs et l’enseignement intensif compense le manque d’expérience», dit-il.

Laurence Caillau, chargée de développement du Studio Bellecour et Nicolas Desmazières, cofondateur d’X-TU, ne partagent qu’en partie cette analyse. «En termes de connaissances, il y a un progrès par rapport au DPLG : en sortant de l’école, les HMO ont une base technique et juridique que nous n’avions pas», dit-il. «Moi qui gère une agence, je trouve bien d’enseigner la gestion, l’accès à la commande... mais ça n’est pas suffisant», dit-elle. Pour tous deux, le HMONP reste un salarié pas tout à fait comme les autres.

«Le coût d’un HMO est trois fois plus élevé qu’un stagiaire pour compétences égales», résume Laurence Caillau. Cette dernière évoque «un vrai dilemme». «Non seulement c’est compliqué en termes administratifs et de charges, mais en plus nous devons les former car ils n’ont pas suffisamment d’expérience», dit-elle. «S’ils ont fait des stages auparavant, ils deviennent plus intéressants mais c’est rare», renchérit Nicolas Desmazières.

Résultat : «les agences préfèrent employer des stagiaires», observe Jean Magerand, architecte et enseignant à l’ENSA Paris-La Villette. «Nous employons essentiellement des architectes dotés d’expérience et, de temps en temps, des stagiaires», confirme Laurence Caillau.

Sauf qu’il y a là pénurie. «Depuis la réforme, les stagiaires se font rares», dit-elle. En fait, les étudiants sont toujours tenus, avant leur HMONP, de réaliser plusieurs séries de stages, à l’instar de l’ancien DPLG, sauf que désormais ces expériences professionnelles ne durent que deux mois, «qui plus est pendant la période estivale, au moment où les agences ferment», souligne Laurence Caillau.

Reste qu’il existe d’autres recours, inexistants à l’époque de la réforme, dont l’embauche d’auto-entrepreneurs. «C’est plus avantageux qu’un HMO pour une petite agence : c’est moins engageant, moins cher et, vu qu’il n’y qu’une seule facture, plus simple à gérer», concède Laurence Caillau, laquelle ne plaide pourtant pas pour cette solution. «C’est une manière déguisée de sous-traiter, d’échapper à la maison des artistes comme à la HMO», observe l’architecte Jocelyne Behrend.

«Nous avons des étudiants qui ont les deux statuts. L’auto-entrepreunariat est un premier pas vers la HMONP», estime Olivier Celnik. A condition que toutes les agences «jouent le jeu».

Il est permis d’en douter. Le risque «d’une paupérisation générale de la profession», souligné par Jean Magerand, existe donc. Ainsi du parcours de Marco, relaté par rue89**, architecte obligé d’endosser le statut d’auto-entrepreneur faute de CDD et gagnant 1.670 euros nets/mois, sans assurance sociale ou congés payés.

Emmanuelle Borne

* Selon le document relatif à l’HMONP disponible sur le site de l’Ordre des Architectes (document mis à jour le 10 novembre 2010).

** Article de Sylvain Malcorps, publié le 1er décembre 2010 : http://eco.rue89.com/2010/12/01/marco-jeune-architecte-autoentrepreneur-pour-1-670-178505

Réactions

Antony | 01-10-2014 à 22:39:00

«Le coût d’un HMO est trois fois plus élevé qu’un stagiaire pour compétences égales», résume Laurence Caillau.

1) cela revient a dire qu'un stagiare a les memes compétences qu'un architecte fraichement diplomé... peut etre un stagiare en fin de 4e ou 5e année d'études.

La remunération de stage étant un tiers du SMIC (environ 400eur), cela veut dire qu'un architecte HMO est payé seulement le SMIC?

LLau | fonctionnaire | Paris | 27-06-2013 à 09:24:00

En a-parté
Je ne sais comment faire, cette intrusion sur votre site est un appel à qui voudra bien m'entendre. J'ai hérité d'une maison des années 70 à Marseille - La Batarlle Haute. Je voudrai pouvoir garder cette maison pour la louer saisonnièrement, mais je n'ai pas la possibilité de la rénover.Quand, je lis et voir toutes ces magnifiques architectures, je me demandais si parmi vous, un architecte souhaiterait mettre sa griffe.Cordialement . Laurence LaMaree

mathieu | 24-12-2010 à 08:28:00

Pour avoir dsicuté avec des HMISTE, j'ai entendu la chose suivante selon qu'on soit (jeune) DPLG ou HMISTE, c'est une raison pour quelques agences de discuter le salaire à la baisse. "Tu comprends, HMO c'est pas pareil que DPLG..."
Enfin il est des agences où l'aspect chantier est zappé de la période HMO (faute de chantiers, crise, etc). Le HMISTE est alors un gratteur bon marché et l'aspect transmission formation oublié par l'agence.
6 mois sont de toute façon trop court. Une période probatoire de deux ans après le diplôme ne serait elle pas plus juste avec petit examen à l'issue de ces deux ans?
(Comme au Canada je crois). Elle permettrait de lisser l'instruction. Il n'y aurait alors plus d'ambiguïté sur le salaire. Libre au jeune diplômé de passer sont "examen" de passer lorsque il le désir après deux ans au sein d'un organisme indépendant type École ou Ordre ? Ce "droit à exercice" aurait d'autant plus de valeur qu'il s'appuierait sur 2, 3, 5, 10 années ou d'expériences au sein de 1 ou plusieurs agences.

Mathieu

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