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Brève | Une oeuvre d'art dans un ouvrage d'art (05-01-2011)

Cofiroute a décidé d’installer au Duplex A86, tunnel reliant Rueil-Malmaison à Vélizy, une oeuvre 'Allégorie du Château de Versailles', commissionnée à Cinzia Pasquali. Le choix d’intégrer une création monumentale à un ouvrage d’art de nouvelle génération témoigne de la volonté de Vinci d’inviter le public à poser un autre regard sur son environnement urbain. Communiqué.

Ile-de-France

Cette mosaïque, évocation de la Galerie des Glaces, du Château de Versailles et du Roi Soleil, interpelle et émeut, tout en respectant scrupuleusement les règles de sécurité imposées par la nature même du lieu.

Pénétrons dans le tunnel par son entrée 'Versailles-Vélizy'. Après quelques minutes semblables les unes aux autres, passées dans le tunnel clair, c’est une rupture esthétique et émotionnelle qui s’opère à l’entrée du kilomètre 2,5 en direction de Rueil. La mosaïque qui défile sous les yeux des automobilistes, de part et d’autre des voies, surgit comme une respiration réconfortante dans un univers parfaitement homogène et répétitif. Durant 9 secondes - le temps nécessaire à un automobiliste roulant à 70km/h pour parcourir les 162 mètres de l’installation - une parenthèse poétique s’ouvre au beau milieu d’un espace fonctionnel et technologique.

Au passage des spectateurs d'un instant, les jardins du Château de Versailles, la Galerie des Glaces, les ors du Roi Soleil déroulent furtivement un peu de leur splendeur. Dans ce lieu de passage uniforme, où le regard ne peut trouver d’ancrage visuel dans le paysage, l’oeuvre confère une territorialité et une personnalité à l’espace, en matérialisant le croisement du tracé du tunnel avec l’axe du Château de Versailles.

D’une oeuvre statique à une perception dynamique : l’anamorphose

Dans le Duplex A86, le spectateur a ceci de particulier qu’il se déplace à la vitesse de 70km/h. Par conséquent, il était indispensable de prendre en considération les spécificités de sa vision depuis un véhicule en mouvement.

C’est pourquoi Cinzia Pasquali et les différents experts qui ont collaboré à l’élaboration de cette oeuvre ont pleinement intégré à leur projet la volatilité du regard de l’automobiliste. Ils n’ont pas tant cherché à provoquer un effet de surprise, qu’à accompagner l’attention du spectateur. Ils ont notamment joué sur des effets panoramiques et cinétiques, des répétitions, des respirations et des jeux de symétrie et surtout eu recours à des procédés anamorphiques, comme l’étirement, qui permet à l’image de l’oeuvre de se former dans des conditions données de mouvement et de vitesse.

L’anamorphose est une technique qui consiste à déformer de façon réversible une image à l'aide d'un système optique - tel un miroir courbe - ou un calcul mathématique. Par ce procédé, on développe des images déformées, qui se recomposent selon un point de vue préétabli et privilégié. Egalement appelée 'art de la perspective secrète', l’anamorphose connaît des applications multiples, aussi bien dans le domaine de l'architecture et du trompe-l'oeil, que des applications utilitaires.

Dans le tunnel A86, l’attention de l’automobiliste est prioritairement mobilisée par la route, la signalétique, le trafic, le lent travelling de la vision panoramique et la présence sonore du roulement du moteur. La vision de l’environnement traversée est donc à la fois fugitive et continue, en perpétuelle transition vers l’avant.

L’équipe en charge de la création de la mosaïque a donc dû intégrer tous ces paramètres et multiplier les tests de déformation à l’aide de logiciels informatiques perfectionnés et de simulations 3D. Après plusieurs mois de travail et de nombreuses heures passées à calculer le coefficient d’étirement de l’oeuvre, un prototype grandeur réelle a été déployé au sein du tunnel. La mosaïque a été imprimée dans son intégralité sur une toile adhésive, qui fut ensuite collée sur les parois du tunnel. Ce test aura notamment permis de rectifier de quelques dixièmes le coefficient de déformation de l’image, pour en offrir par la suite une perception optimale.

Entre performance artistique et prouesse technique

Une longue étude avait au préalable été menée afin d’explorer toutes les techniques possibles permettant de matérialiser l’oeuvre finale.

Parmi toutes les techniques envisagées, seuls le verre et la mosaïque remplissaient les critères conformes aux exigences imposées. Sur le plan technique, la mosaïque possède par exemple un degré de résistance inégalé face aux conditions extrêmes et elle répond aux normes imposées par la certification 'M 0' anti-incendie. Sur le plan artistique, la richesse des nuanciers du verre offre une multitude de couleurs pouvant être traitées en pièces de tailles très différentes, qui permettent de délimiter les contours de l’oeuvre avec une grande précision.

La pose de l’ensemble des panneaux de mosaïques qui composent l’oeuvre globale a également nécessité une étude extrêmement poussée afin de vérifier si la conception et l’ancrage des éléments répondaient bien aux consignes de sécurité imposées par la spécificité du lieu d’accrochage et d’implantation de l’oeuvre. Une étude technique spécifique a donc été confiée à un laboratoire d’analyse et de recherche pour la conservation et la restauration des oeuvres d’art.

Cette étude s’est articulée autour d’une série d’essais et de calculs destinés à s’assurer de l’efficacité des attaches aux parois du tunnel et à évaluer la bonne tenue mécanique des matériaux dans le temps, dans les conditions d’utilisation quotidienne du tunnel en exploitation. Il s’agissait notamment de prévenir les effets de 'pistonnement'. Ce phénomène désigne le refoulement de l’air provoqué par les véhicules, qui engendre une pression sur les parois du tunnel, responsable d’importantes sollicitations des panneaux de mosaïques.

Après avoir déterminé avec précision les techniques d’accrochage et procédé au montage d’un panneau test in situ, des échantillons représentatifs des panneaux ont été soumis à une série d’essais : flexion 3 points, pression en flexion, fatigue mécanique en flexion, fluage en flexion en vue de la caractérisation des matériaux composites que sont les mosaïques - l’objectif étant de prévoir le comportement des matériaux lorsqu’ils seront sollicités par des variations de pression et de température -.

A terme, le laboratoire d’analyse et de recherche pour la conservation et la restauration des oeuvres d’art a pu démontrer que la résistance mécanique, le montage des panneaux de mosaïques ainsi que leurs propriétés intrinsèques répondent pleinement aux critères de sécurité extrêmement exigeants que s’impose Vinci dans toutes ses réalisations.

L'Allégorie du Château de Versailles en chiffres

  • > 2 x 162 : en mètres, la longueur de la mosaïque déployée de part et d’autre du tunnel ;
  • > 877.500 : le nombre de fragments de pâte de verre utilisés pour la réalisation de la mosaïque ;
  • > 16.900 : en kg, le poids total de l’installation ;
  • > 624 : en m², la surface totale de l’oeuvre ;
  • > 70 : en km/h, la vitesse optimale de 'défilement' de l’oeuvre ;
  • > 35 : le nombre d’artisans qui ont collaboré à la réalisation de l’oeuvre ;
  • > 13.946 : le nombre d’heures de travail cumulées qui ont été nécessaires à la réalisation de l’oeuvre ;
  • > 2 : le nombre d’années de production qui ont été nécessaires pour réaliser la mosaïque.

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