Le Courrier de l'architecte - Retour à l'accueil International

Entrez votre e-mail pour vous inscrire

Grèce | Alexandre Tombazis : 'Avec un peu de soin de notre part à tous...' (12-01-2011)

Dans un article signé Tatiana Staikou (Τατιάνα Στάικου), paru le 17 octobre 2010 dans le supplément Vima magazino (n°522, pages 48-49) du quotidien grec To Vima, l’architecte Alexandre Tombazis (Αλέξανδρος Τομπάζης) parle de l’avenir de sa profession, des lendemains (verts) d’Athènes et de ce qui aura changé, ou pas, dans dix ans.

| Alexandre Tombazis

Contexte

Né en Inde en 1939, Alexandre Tombazis est l’un des principaux représentants de l’architecture grecque contemporaine et fait partie, dès les années 1970, des pionniers en matière d’architecture bioclimatique et écologique.
Ayant construit en Grèce, en Europe et au Moyen-Orient, Alexandre Tombazis doit sa renommée internationale à l’Eglise de la Très Sainte Trinité de Fatima, livrée en 2007 au Portugal. Il est aujourd’hui, en Grèce, l'architecte grec de référence.
Dans cet entretien, il aborde les problématiques de l’architecture en Grèce, notamment celles liées au développement durable naissantes en ce pays.
Parallèlement à son activité d’architecte, il se passionne pour la photographie, la peinture et l’écriture. Il est notamment l’auteur de l’ouvrage 'Letter to a Young Architect', publié en 2007 chez Libro.
E.B.

ALEXANDRE TOMBAZIS : 'AVEC UN PEU DE SOIN DE NOTRE PART À TOUS...'
Athènes : Tatiana Staikou

Auparavant, un projet architectural commençait par un croquis. Dans quelle mesure cela a-t-il évolué ?

Alexandre Tombazis : Je pense qu’aujourd’hui encore un projet architectural doit débuter par un croquis. Le croquis contient une part d’imprécision laquelle permet l’évolution du projet pas à pas. A l’inverse, débuter la conception par l’outil informatique, même si cela comporte des avantages indéniables, présente l’inconvénient principal de déterminer la solution finale dès les premiers instants de conception. Par ailleurs, cela contraint souvent à intégrer dès la phase d’étude des détails qui ne sont pas indispensables à ce stade du projet.

La créativité de l’architecte est-elle menacée par la crise économique ?

Aujourd’hui, la crise menace de nombreuses professions mais je ne pense pas qu’elle représente un frein à la créativité. Bien au contraire, peut-être nous force-t-elle à davantage d’ingéniosité, à mobiliser davantage notre réflexion et à rendre plus raisonnables nos études, c’est-à-dire plus écologiques. A cet égard, je pense que la crise représente l’opportunité de corriger des erreurs.

02(@A.N.Tombazis).jpgQuels nouveaux matériaux et quelles technologies estimez-vous les plus intéressants ? Lesquels préfigurent l’avenir ?

Il n’existe pas de matériau plus ou moins intéressant ; tout dépend de la manière dont ils sont mis en oeuvre. Le développement du verre dans la construction est par exemple impressionnant. Assimilé à l’uniformité architecturale et au gaspillage d’énergie il y a vingt ans, le verre est devenu synonyme de projet écologique intelligent, avec des résultats esthétiques spectaculaires.

Avec les moyens informatiques d’aujourd’hui et les logiciels dont nous disposons, il est possible d’obtenir, avec de nombreux matériaux tels le métal, le bois, le papier, etc., des formes que jusqu’à récemment nous osions à peine imaginer.

Il existe désormais des bateaux réalisés à partir de matériaux recyclés. Cela est-il possible pour les bâtiments ?

Bien sûr que c’est possible. D’ailleurs, un pourcentage conséquent des baies en aluminium provient déjà du recyclage. Cela dit, la marge de progression est encore très importante pour bien des matériaux. La question du recyclage en matière de matériaux de construction doit toujours être posée de paire avec l’usage d’un bâtiment, le recyclage des produits quotidiens, la consommation d’énergie, etc.

03(@A.N.Tombazis)_S.jpgComment imaginez-vous la maison grecque idéale dans 10 ans ? L’implanteriez-vous en centre-ville ou en banlieue ?

Ville ou banlieue, c’est un choix personnel. Ce qui, à mon sens, améliorerait grandement les conditions de vie en ville serait la suppression d’immeubles consacrés à la seule résidence. Pour l’essentiel, nous habitons aujourd’hui en banlieue et nous réalisons des distances importantes, généralement en voiture, pour nous rendre sur notre lieu de travail, générant ainsi pollution et problèmes d’embouteillage. Si nous pouvions combiner l’immeuble de logements avec des usages professionnels et des services publics, une partie du problème serait résolue. Bien entendu, l’usage de moyens de communication contemporains va changer de manière drastique la distinction classique entre lieux de résidence et lieux de travail.

S’il vous était possible, d’un coup de baguette magique, de changer quelque chose d’Athènes pour 2020, que changeriez-vous ?

Je souhaiterais davantage de propreté et de respect de l’espace public. Avec un peu de soin de notre part à tous, mais aussi de la part de l’Etat, l’image de la ville pourrait être facilement et à moindre coût, améliorée.

Dans quelle mesure est-il possible d’aménager correctement les fameuses 'terrasses végétalisées' dans les centre-ville grecs ?

C’est tout à fait réalisable et souhaitable, d’autant plus que ce dispositif correspond parfaitement à la typologie des bâtiments grecs, qui sont de hauteur relativement moyenne, ce qui permet de rendre visible la terrasse végétalisée depuis le niveau de la rue. Aussi, ces terrasses ne sont pas encombrées d’appareils à air conditionné et nos villes sont dotées d’une flore sauvage superbe qui ne nécessite ni des racines profondes ni de l’eau en quantité.

Pensez-vous que les dix prochaines années vont être, pour la Grèce, une époque de démolitions, comme cela fut le cas pour d’autres villes européennes ?

Je ne sais pas si cela va advenir. C’est une décision importante et difficile, avec un coût social conséquent. La condition première pour mener à bien une politique de démolition est évidemment une stratégie pertinente d’expropriation. Par ailleurs, chaque ville est unique et nécessite un traitement particulier. Telle démolition peut s’avérer pertinente dans tel ou tel quartier parisien ou shanghaien mais sera en revanche absurde au sein de leur homologue athénien, pour des dizaines de raisons sociales, techniques et culturelles.

04(@A.N.Tombazis)_S.jpgPouvez-vous nous décrire l’évolution de votre travail, du premier projet à aujourd’hui et la façon dont vous envisagez l’avenir ?

Les débuts de l’agence furent marqués par des concours. Dans les premiers projets, l’influence du mouvement métaboliste japonais est évidente, avec l’idée dominante que le bâtiment est un système pouvant évoluer au fur et à mesure du temps.

L’usage de l’énergie solaire m’a séduit très tôt, au départ en tant qu’innovation technologique, puis j’ai été très vite convaincu de la nécessité d’appréhender le bâtiment comme un organisme vivant devant être conçu en harmonie avec le climat sous lequel il 'vit'. C’est à peu près ainsi que nous sommes arrivés à ce que nous appelons aujourd’hui l’architecture bioclimatique ou écologique.

Je mets l’accent sur l’importance du bon sens car, quand nous concevons avec bon sens, c’est le dessin même du bâtiment qui permet l’économie d’énergie, sans besoin d’équipements supplémentaires parfois inutiles. Si nous pouvons répondre aux besoins énergétiques d’un bâtiment à partir de sources d’énergie renouvelables, l’enjeu devient environnemental.

Y a-t-il un programme en particulier que vous souhaiteriez réaliser et que vous n’avez pas encore eu l’occasion de construire ?

J’aimerais avoir l’opportunité de concevoir un musée d’art moderne.

Vous avez construit des lieux de culte, parmi lesquels une mosquée. A Athènes, où implanteriez-vous un tel bâtiment ? Si vous receviez une telle commande, la prendriez-vous en charge ?*

Je pense que les lieux de culte font partie des typologies de bâtiments les plus intéressantes et qu’il est possible de s’y attacher indépendamment de ses croyances. Alors, oui, cela m’intéresserait de travailler à nouveau sur un projet religieux. Quant à l’endroit où je l’implanterais, même si un tel enjeu mérite davantage de réflexion que celle impartie dans le cadre de cet entretien, je ferais en sorte de construire le lieu de culte à proximité du quartier de résidence de ses fidèles.

Tatiana Staikou | Athènes | Vima magazino
17-10-2010
Adapté par : Emmanuelle Borne

* Le sujet est d’actualité. Ainsi qu’indiqué par l'Agence de presse grecque et souligné dans un article du Point paru le 24 novembre 2010, «la célèbre architecte anglo-irakienne Zaha Hadid s'est dite prête à réaliser gratuitement une mosquée à Athènes, une des seules capitales européennes qui ne dispose d'aucun lieu de culte officiel musulman».

Lire la version originale

Réactions

http://polmarkarch.wordpress.com | Arch.Eng. | Greece | 24-12-2011 à 16:45:00



ÊÝíôñï ÁèÞíáò "AÍÁÐËÁÓÅÉÓ" ÐÅÄÉÏÕ ÔÏÕ ÁÑÅÙÓ: in "Post Mortem"

ÃÏËÃÏÈÁÓ åùò ôï ÓôÅ

Réagir à l'article


Album-photos |L'année 2018 de B/NT

A Paris, à Vienne, à Toulouse...et même à Versailles. [Lire la suite]

Album-photos |L'année 2018 de Bruno Gaudin Architectes

Parmi les belles actualités de l'agence Bruno Gaudin Architectes, deux équipements culturels singuliers qui s'inscrivent dans une démarche de valorisation du patrimoine ont été récemment livrés. Un...[Lire la suite]


Album-photos |L'année 2018 de Metek

En 2018 Metek s’engage pour parler d’architecture autrement en accompagnant« Crimée enchantée, histoire (s) d’une architecture », (film de Sophie Comtet Kouyaté), et « Villa...[Lire la suite]

Album-photos |L'année 2018 de Silvio d'Ascia Architecture

L’agence Silvio d’Ascia Architecture a livré en 2018 le projet « O’rigin », un immeuble de bureaux qui revendique une simplicité intemporelle à travers une architecture de pierre. L’agence...[Lire la suite]

Album-photos |L'année 2018 de NBJ

En 2018, l’agence poursuit ses engagements multiples. Quelques concours perdus comme le groupe scolaire de Montpellier ou le projet Ville Port de La Grande Motte qui a été l’occasion d’une belle collaboration avec...[Lire la suite]

Album-photos |L'année 2018 de Randja

La jolie expérience que nous vivons actuellement sur notre chantier de la maison du technopôle à Saint-Lô illumine notre année 2018. La phase de construction nous procure du plaisir et une satisfaction savoureuse....[Lire la suite]