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Présentation | Au Burundi, Atelier D voit ocre (19-01-2011)

Créée en 2003 par Ilhem Belhatem, Vanessa Grob et Mattias Piani, l’agence Atelier D est lauréate, en juillet 2010 et parmi quatre finalistes internationaux, du siège de la délégation de l’Union Européenne au Burundi. Aujourd’hui en phase APD, le projet «n’a pratiquement pas subi de modifications» depuis les dessins originaux. Un bâtiment en briques de terre cuite.

Bureaux | Terre | Afrique | Atelier D

A priori, rien d’étonnant pour l’agence cosmopolite Atelier D d’oeuvrer à l’étranger. «L’international a toujours fait partie de nos objectifs», souligne Ilhem Belhatem. C’est donc autant la destination que le programme qui a motivé l’agence de participer au concours du siège de la délégation de l’Union Européenne à Bujumbura (1.800m²), «notre premier projet destiné à la livraison en Afrique».

«Ce qui a été apprécié fut probablement notre volonté d’utiliser des matériaux locaux et notre façon de faire écologique», analyse Mattias Piani, sans certitude. Sans doute, le positionnement 'développement durable' de l’agence - d’où le D d’Atelier D - a distingué la proposition de la jeune équipe. En effet, le cahier des charges ne comportait «qu’une ou deux phrases à ce sujet et pas de demande particulière».

Forte de ses partenaires (AR architecture, un BET local, Eco et Federico Sordini, compagnon de route doté «d’une solide expérience en Afrique»), Atelier D a peaufiné la phase de recherches préalable au concours. «Nous avions tapissé les murs de l’agence de photos du site».

Diagnostic : colonisée par l’Allemagne à la fin du XIXe siècle «Bujumbura est en partie composée de bâtiments issus de cette période, composant avec leurs R+1, une ville basse qui est massacrée par des constructions type années 1980». Partisans, les architectes d’Atelier D ont néanmoins choisi de s’extraire de cette dichotomie typologique pour se concentrer sur le matériau.

«L’écologie ne se réduit pas aux problématiques énergétiques. L’empreinte écologique d’un bâtiment est également essentielle», assure Mattias Piani. Ainsi, «dès le concours, nous avions l’intention de travailler avec des matériaux locaux», précise Ilhem Belhatem. En l’occurrence, l’agence avait opté pour une option 'terre'.

02(@DR)_S.jpg«A Bujumbura, tous les matériaux de construction sont importés. Tous excepté la brique en terre crue ou cuite, qui est surtout utilisée dans les campagnes». Le choix se fit en phase APS, une fois Mattias Piani rendu sur place.

«En raison d’un manque de savoir-faire local», le pisé présentait deux désavantages, tout d’abord en termes de solidité et sécurité. Effectivement, construire un sas en verre blindé entouré de terre crue «est plutôt contradictoire». Par ailleurs, «les constructions en terre crue sont généralement en mauvais état, ce qui implique un problème d’entretien ».

Pour autant, Atelier D a persisté dans sa recherche. «Nous nous sommes associés à un architecte local, Pierre Henri De Moegen. Ce dernier m’a emmené découvrir des constructions de briques en terre cuite, fabriquées sur place par des moines italiens». En attendant de rencontrer ces artisans, Atelier D a fait son choix.

«L’aspect vibrant du matériau rend moins rigide le dessin du bâtiment, qui est très 'carré'», poursuit Mattias Piani. A vêture en briques, structure poteaux-dalles en béton - «nous sommes dans une zone sismique» - pour un ensemble composé de quatre bâtiments en R+2 cernant un patio central.

«Les façades nord et sud sont protégées par des auvents horizontaux sertis de brise-soleil et les façades est-ouest, celles qui reçoivent le plus de soleil, ont moins d’ouvertures». Surtout, l’agence s’est attachée à favoriser au maximum la ventilation naturelle, notamment au sein des espaces de circulation. Quant au patio, «nous avons prévu un éclairage artificiel mais l’espace bénéficiera aussi de la lumière naturelle grâce à la toiture amovible, qui favorise aussi la ventilation».

«Nous ne sommes pas des éco terroristes», assure Mattias Piani. Quand nécessaire, Atelier D fait des compromis. Ainsi de la ventilation des bureaux. «A l’origine, nous ne voulions pas de climatisation mais nous allons probablement devoir en installer pour des raisons de taux d’humidité et de volonté du maitre d’ouvrage».

03(@DR)_B.jpg En attendant de retourner à Bujumbura à l’occasion de l’appel d’offre entreprises, prévu en septembre, «le suivi du projet se fait avec Bruxelles où, lors des dernières réunions, les responsables ont manifesté leur volonté de faire de ce bâtiment un projet pilote». Atelier D ne se détourne pas pour autant de l’objectif premier et poursuit la recherche de tout ce qui peut consolider tant l’aspect architectural que durable du projet, puisque les deux vont de pair. «Lors de mon dernier voyage, nous sommes allés trouver les matériaux de finition», dont un granito coulé sur place en provenance d’Ouganda.

A Bujumbura, Mattias Piani a découvert «un pays marqué par 50 ans de conflits et en pleine reconstruction». Un pays où les architectes sont pour l’instant peu nombreux. De fait, «sur place, j’ai été sollicité par le PPCDR (Programme Post Conflit de Développement Rural) pour évaluer les besoins de réhabilitation-extension de deux hôpitaux de campagne».

Le siège de la délégation de l’Union Européenne au Burundi ne serait donc que la première réalisation d’Atelier D au Burundi ?

Emmanuelle Borne

Fiche technique

Opération : siège de la délégation de l’Union Européenne au Burundi
Maitre d’Ouvrage : Union Européenne
Surface : 1.800m² SHON
Estimatif travaux : 1.950.000€ HT
Calendrier prévisionnel : fin études avril 2011, début des travaux octobre 2011, fin des travaux octobre 2012
Equipe Lauréate : Atelier D mandataire ; architectes associés : Ar architecture, Federico Sordini, Pierre Henri De Moegen ; Bet structure et économiste : ECO ; Bet fluides : B6

Réactions

Yves A. Beauchamp | architecte | montreal | 11-12-2018 à 20:35:00

Pour avoir travaillé au Burundi en 1985 je trouve intéressant les nouveaux projetS architecturaux avec l'utilisation de la brique locales

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