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Présentation | Du Corten pour un cru ambitieux à Saint-Emilion (02-02-2011)

Les architectes Jérémy Nadau et Vincent Lavergne ont frappé fort pour une première oeuvre en livrant, en octobre dernier, l’ensemble viti-vignicole du Château Barde-Haut au sein du vignoble de la famille Garcin. Réhabilitation-extension en partie bardée de Corten, l’opération se fond dans un site inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Réhabilitation | Extension | Architecture industrielle | Corten | Gironde | Nadeau Lavergne

«La famille Garcin souhaitant faire du cru Château Barde-Haut un terroir de première ordre, il fallait non seulement procéder à une remise aux normes des espaces de fabrication et de dégustation mais également agrandir les équipements et leur offrir une nouvelle image», explique Jérémy Nadau à propos des cuviers, chai, ateliers et salle de réception composant l’ensemble viti-vignicole dont la réhabilitation et l’extension fut confiée à l’agence Nadau-Lavergne en 2008. «Une commande magnifique» au sein d’un domaine de 17 hectares à l’extrémité du plateau Saint-Emilion ; une première réalisation nominée lors de la dernière édition du prix du Moniteur.

«En découvrant les lieux, l’idée de composer avec le territoire, plutôt qu’un geste architectural, s’est immédiatement imposée». Ce qui a notamment conduit Jérémy Nadau et Vincent Lavergne au choix de réhabiliter l’ancien chai en moellons, ce dont le maître d’ouvrage s’est félicité.

«Ce travail de mise en exergue de l’existant nous a permis de proposer un aspect plus contemporain pour les nouveaux volumes réservés aux cuviers et aux ateliers», poursuivent-ils. En témoignent ces feuilles d’acier Corten qui se bonifient au rythme des saisons à l’instar du cru girondin. Neuf, le matériau est noir, une teinte ayant désarmé les architectes autant que les propriétaires. Heureusement, «deux ans plus tard, le soleil et la pluie ont conféré ses nuances rouille au métal».

«Si le programme était simple, ses éléments n’étaient pas aussi simples à combiner», poursuit Jérémy Nadau. D’autant plus que quelques aspects, dont par exemple l’hygrométrie des bâtiments, nécessitaient des compétences particulières. «Nous avons d’abord réhabilité l’ancien chai puis créé les ateliers et la halle en Corten. Dans les deux derniers cas, nous avons fait appel à des BET spécialisés». Résultat : un plan composé au nord par les volumes réhabilités, au sud par les ateliers, «qui se retournent pour fermer l’ensemble» et, au coeur des bâtiments en pierre, par la halle en Corten.

02(@NadauLavergne)_S.jpgCe dernier bâtiment abrite cuviers et chai malolactique* au rez-de-chaussée ainsi qu’une salle de réception à l’étage. Pour donner à voir, depuis l’extérieur, le processus de fabrication du vin, la façade ouest du volume est percée d’une large baie vitrée.

Offrir des vues sur les vignes et la vallée de Saint-Emilion était l’enjeu de l’ouverture est de la grande halle et de la baie vitrée des ateliers. «Nous souhaitions que tous les espaces liés à la réception du public aient accès au paysage, que ce soit la salle de réception de la grande halle ou la salle des vendangeurs installée dans les ateliers car, travaillant au milieu des vignes, ces derniers n’ont pas réellement l’occasion d’admirer le site», souligne Jérémy Nadau.

Surtout, tout en s’appuyant sur leurs convictions, les jeunes architectes ont su se montrer attentifs et souples. «Pendant le chantier, nous déjeunions soit avec les propriétaires soit avec les artisans. A force de goûter du vin en telle compagnie, notre projet a évolué. Par exemple, l’orientation des cuves est issue de ces discussions», relèvent-ils.

Recouverts d’un toit en accordéon végétalisé, les ateliers abritent, outre la salle des vendangeurs, un local technique ainsi que des abris tracteurs et matériel viticole.

Enfin, les volumes en pierre cernant la halle en Corten comprennent l’espace d’accueil, un logement, les bureaux, sans oublier l’espace réservé au stockage du vin. «Nous y avons surtout procédé à une remise à nu de la charpente, une opération délicate car il importe de bien traiter le bois pour éviter de polluer le vin», précise Jérémy Nadau.

Autre opération délicate : «le nivellement des sols afin de faciliter le parcours entre les bâtiments», sans oublier la création d’un réseau de puits canadiens. Désormais, «le rectangle compris entre le cuvier, le chai et les ateliers forme un véritable petit canyon». De fait, seules les silhouettes des volumes se distinguent depuis les vignobles.

03(@NadauLavergne)_S.jpgEntre association de matières (corten, pierre en moellon ainsi que bois massif et béton pour les surfaces intérieures) et jeu de niveaux, l’ensemble viti-vignicole du Château Barde-Haut semble émerger de son terroir.

Emmanuelle Borne

* Le chai malolactique est un type de fermentation particulière en barrique. Il y a la fermentation alcoolique en cuves et la malo en barriques.

Fiche technique

Architectes : Nadau Lavergne Architectes
Maître d’ouvrage : Vignobles Garcin
Surface : 1.000m² de SHON neuve, 800m² de SHON réhabilitée
Livraison : 2010
Budget : 2.900.000 Euros
Mission : complète

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