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Exposition | Hard French II, une leçon 'vu' de l'intérieur ? (02-02-2011)

Il y a norme quand il y a défaut de culture, d'aucuns peuvent le penser. Le logement est désormais figé et l'expérimentation limitée. Introspection architecturale, l'exposition 'Vu de l'intérieur', présentée à la Maison de l'Architecture à Paris, propose un regard critique sur l’évolution de l’habitat collectif depuis un demi-siècle en région parisienne.

Logement collectif | France

Un participe passé masculin singulier. Vu de l’intérieur. Un féminin pluriel aux allures de substantif aurait détourné l’objet de l’exposition. Il ne s’agit pas d’une compilation de 'vues' satisfaisant quelques curiosités voyeuristes.

Alors masculin singulier. Le visiteur est observateur. Mais que pourrait voir l’oeil au-dedans qu’il ne saurait apprécier à l’extérieur ? A l’évidence, «l’espace domestique», «l’intime», «le chez soi» autant qu’il fasse partie, ici, d’un ensemble collectif.

«Nous avons souhaité confronter les modes de vie», explique Sabri Bendimérad, architecte co-commissaire de l’exposition avec Monique Eleb, sociologue, tous deux membres du laboratoire ACS de l’Ecole Nationale Supérieure d'Architecture Paris-Malaquais.

Cinq périodes, neuf opérations pour chacune d’entre elles, du social au luxe pour «avoir le corpus le plus large possible afin d’avoir toutes les tendances et de distinguer les moments de rupture», poursuit-il.

L’ambition n’est pas l’exhaustivité mais la représentativité. Sur les tables de l’exposition, photographies extérieures et... intérieures, ainsi que des plans proposent de «mettre en évidence le rapport entre les usages et les dispositifs de l’architecture».

1945-1960, 1960-1975, 1975-1985, 1985-2000, 2000-2010. «L’abandon relatif d’un dispositif voire d’un type, est le produit d’une conjonction de facteurs : le discours théorique, la norme, l’économie et l’adhésion aux représentations et aux figures positives du moment», écrit Sabri Bendimérad.

02(@DR).jpgEn filigrane l'exposition est critique, peut-être nostalgique d'une époque plus libre en regard de la conception architecturale.

«Après la Seconde Guerre Mondiale et la Reconstruction les variable culturelles [...] sont minorées. Les rapports homme / femme et parents / enfants dans la maison sont de moins en moins les fondements de la réflexion sur son organisation», explique Monique Eleb pour qui le «confort est autant une notion construite qu’une conquête» et d'un «sentiment qualitatif» il est devenu une «notion mesurable».

La normalisation prend son envol avec l’industrialisation et tend à figer le logement, un processus en cours depuis maintenant un demi siècle.

«Les années de la Reconstruction ont été dominées par une démarche très 'hexagonale' de la composition héliotropique et déterritorialisée des grands ensembles. Cette démarche qui a caractérisé ce que Bruno-Henri Vayssière* nomme le Hard French, procède d’une certaine manière de projeter la ville à partir d’un mélange d’expertises statistiques et de volonté plastique», indique Sabri Bendimérad.

03(@JPhH)_S.jpgLa position fonctionnaliste dominante imposait, entre autres, avec l'appui des ingénieurs du CSTB, la partition jour / nuit. Plus de liberté est exigée et Monique Eleb de citer l'article de Roland Bechmann, architecte et docteur en géographie, intitulé Maisons extensibles et transformables, véritable «plaidoyer pour la flexibilité» ou encore les travaux d'Henri Lefebvre et d'Henri Raymond à partir de la notion d’habitus amenant une réflexion où l'ambition est de «donner au logement collectif les qualités du logement individuel».

A partir de 1971, le Plan Construction soutient l'expérimentation technologique en matière de logements et met en place le P.A.N. (Programme Architecture Nouvelle qui deviendra, en 1988, Europan). Dix ans plus tard, selon Sabri Bendimérad, «sous l’influence de la Tendenza, un courant de pensée théorisé par Aldo Rossi, qui critique le fonctionnalisme du mouvement moderne, les architectes vont réinvestir les figures types (archétypes) de la ville constituée : cours, galerie, place» et, de fait, renouer avec une vision plus urbaine du projet.

04(@DR)_S.jpgAujourd'hui, l'omniprésence de la norme amène les architectes à «surinvestir la question de l’enveloppe au détriment de l’espace domestique» et les deux commissaires constatent «que seules quelques opérations expérimentales arrivent à intégrer les modifications de la société telles que la cohabitation, la 'désynchronie' des activités du groupe domestique ou le travail à domicile par exemple».

Vu de l'intérieur, les «figures libres», les «jeux plastiques», les «étoiles» et autres «pièces urbaines», comme les «mises en scènes domestiques» ou encore les «manifestes pour l'espace» se suivent, s'opposent, se télescopent. Introspectif mais aussi rétrospectif. L'optimisme gagne, à rebours.

Jean-Philippe Hugron

* Bruno-Henri Vayssière est historien-urbaniste à l'université de Savoie. Il est notamment l'auteur de Reconstruction-déconstruction. Le Hard French ou l'architecture des trente glorieuses, édité en 1988 aux éditions Picard.

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