vmz

Le Courrier de l'architecte - Retour à l'accueil International

Entrez votre e-mail pour vous inscrire

Allemagne | Le Musée Kolumba de Peter Zumthor à Cologne (09-02-2011)

Dans un article paru le 21 septembre 2007 sur bdonline.co.uk, Ellis Woodman présente le Musée Kolumba de Cologne de Peter Zumthor, ouvert au public quelques jours auparavant. «Mêlant temps anciens et modernes, le résultat est un bâtiment atemporel et évocateur», souligne le journaliste.

Bâtiments Publics | Culture | Béton | Brique | Cologne | Peter Zumthor

LE MUSÉE KOLUMBA DE PETER ZUMTHOR À COLOGNE
Ellis Woodman | bdonline.co.uk

«Le plus gros tas de gravas du monde», c’est en ces termes que l’architecte allemand Rudolf Schwarz décrivait Cologne en 1945. 262 raids détruisirent 78% de la ville et 95% des constructions du centre historique. Après la guerre, Schwarz fut en charge de sa reconstruction. Son plan de 'paysage urbain' (Stadlandschaften) reposait sur un réseau d’infrastructures liées à des espaces verts et, quand c’était possible, prévoyait la réhabilitation de la trame viaire médiévale.

Alors que la plupart des constructions de ces dernières soixante années sont décevantes, cette décision a fait de Cologne une ville bien plus urbaine que n’importe quelle ville d’après-guerre telle Coventry en Grande-Bretagne. Le plan de Schwarz a également permis la réhabilitation de nombreux monuments médiévaux.

St Kolumba était l’une des deux églises paroissiales qui furent transformées en jardins commémoratifs durant les années 1950.

L’architecte Gottfried Böhm construisit une petite chapelle octogonale sur le site afin d’abriter une statue de la Madone ayant miraculeusement échappé aux bombardements mais, sinon, l’église fut pour l’essentiel laissée en l’état.

Au début des années 1970, des fouilles archéologiques mirent à jour des vestiges datant des époques romaines et mérovingiennes. Cette découverte impliqua la mise en oeuvre d’un auvent de protection ayant notablement amoindri l’esprit du site ; une situation ensuite exacerbée par la prolifération d’ensembles commerciaux de qualité médiocre autour du site.

C’est dans ce contexte que l’archevêché de Cologne eut l’idée de construire un nouveau musée pour sa collection d’oeuvres religieuse abritant les ruines existantes. Suite à un concours organisé en 1997, Peter Zumthor remporta la commande.

Le poids des attentes

02(@JPHH).jpgA l’époque, la génération d’architectes suisses qui était celle de Zumthor avait considérablement influencé le discours architectural global, l’éloignant de considérations symboliques vers le 'potentiel communicatif' de l’architecture. Si leurs créations et le soin apporté au détail étaient stupéfiants, les réalisations de Zumthor représentaient alors une référence particulièrement intimidante.

Quand furent livrés les Bains thermaux de Vals en 1996 et le Kunsthaus à Bregenz un an plus tard, sa maîtrise de l’art de construire était sans égale.

Sans doute, un architecte aussi exigeant n’est pas destiné à une carrière des plus prolifiques ; néanmoins, il est décevant de constater que rares furent les opportunités qui lui furent offertes au cours de cette dernière décennie. Il a certes construit des maisons ainsi que la minuscule chapelle de Bruder Klaus mais sa seule commande conséquente, le musée 'Topographie de la terreur' prévu sur l’ancien site du siège de la Gestapo, fut arrêté à mi-chantier après que les financements furent retirés. Les attentes étaient donc grandes quant au projet de Cologne.

Le bâtiment de 4.500m², qui a ouvert ses portes vendredi dernier, comprend deux ailes, l’une sur les empreintes de l’ancienne église, l’autre remplace un monastère franciscain datant des années 1950.

La configuration en L délimite une cour située à l’emplacement de l’ancien cimetière. Le bâtiment est recouvert de briques aux tons gris pâles conçues spécialement pour ce projet par l’entreprise danoise Petersen. Le matériau présente des variations de couleur et certains tons s’apparentent à la couleur du mortier. L’équivalence entre brique et mortier est d’ailleurs suggérée par leurs proportions. La brique fait seulement 36mm de haut pour une longueur variable, jusqu’à 520mm alors que chaque cours de mortier est étonnement épais, soit la moitié de l’épaisseur de la brique. En résulte un jeu entre massivité de la construction et finesse de sa texture, dualité caractéristique des bains thermaux de Vals ; mais à Cologne l’effet est moins menaçant.

Sans isolation et d’une épaisseur de 600mm, les murs portent le poids du bâtiment en des endroits s’élevant sur les restes de l’ancienne église. Néanmoins, l’impression de légèreté est préservée. A cet égard, le détail des fenêtres est particulièrement significatif. Essentiellement cantonnées au second étage, elles sont d’une taille inattendue. Et pourtant, Zumthor a réussi à camoufler l’effort structurel requis par ces immenses ouvertures et les a même détachées des murs afin de déguiser leur épaisseur.

La volonté d’annuler la massivité du bâtiment a également guidé le dessin d’un de ses aspects les plus remarquables. A la jonction des ruines, le mur conçu par Zumthor se dissout comme par magie en une surface micro perforée, source de lumière pour les espaces intérieurs, lesquels abritent les restes de l’ancienne église. D’un point de vue formel, ce procédé peut être comparé aux colonnes corinthiennes dont les feuilles d’acanthe supportent des charges conséquentes. L’analogie est renforcée par les arbres plantés autour du périmètre du bâtiment. Quand ils auront poussé, le feuillage projettera ses ombres sur les surfaces perforées, animant ainsi l’intérieur et rendant l’aspect extérieur encore plus évanescent.

Une vaste étendue de maçonnerie

03(@JPHH)_S.jpgL’architecte est clairement respectueux de l’aspect religieux qu’il souligne en intégrant les fenêtres au-dessus d’une vaste étendue de maçonnerie. La strate perforée sert le même enjeu en amenant de la lumière au sein des niveaux inférieurs tout en ayant l’aspect d’une façade aveugle. Les seules ouvertures au niveau de la rue sont donc deux entrées, l’une menant au musée, l’autre à la chapelle de Böhm, que le bâtiment de Zumthor enveloppe.

La chapelle occupe la partie la plus éminente du site, là où s’élançait la flèche de l’église et où s’élève désormais le sommet du toit escarpé du nouveau bâtiment. Zumthor l’a doté d’un nouveau porche intégré dans le corps de son bâtiment. En le traversant, le visiteur peut admirer les ruines via une ouverture. La chapelle est une véritable curiosité composée de pierre recyclée et de béton coulé sur place et son aspect mêle vocabulaire quasi-gothique et science-fiction. En termes architecturaux, il y avait probablement peu de sens à la préserver mais sa présence contribue à enrichir l’aspect palimpseste du site.

L’espace d’entrée au musée est obstrué par une cage d’escalier. En la contournant, apparaissent le bureau d’accueil puis le foyer, lequel donne sur la cour au travers d’une surface vitrée toute hauteur. Recouverte de graviers et plantées d’arbres, l’espace extérieur est cerné par un mur de béton brut, construit à la manière des murs de la chapelle Bruder Klaus. Le procédé disloque la cour de la ville tout en obstruant les vues depuis l’extérieur.

Atmosphère évocatrice

Au bout du foyer, des rideaux en cuir délimitent la pièce abritant les ruines. Cet espace s’élève sur douze mètres de haut afin d’abriter le volume octogonal de la chapelle de Böhm. Des suspensions lumineuses coniques offrent des sources de lumière mais la strate perforée en hauteur reste la principale d’entre elles. L’espace est donc très sombre mais les tâches de lumière créent une atmosphère particulièrement évocatrice.

La surface perforée étant départie de vitres, le brouhaha de la ville est audible mais, à l’instar de la plupart des espaces intérieurs créés par Zumthor, cette pièce semble exister hors du temps. Le passage au travers des excavations se fait sur un pont en bois qui zigzague vers l’extrémité du bâtiment. Au fur et à mesure du cheminement, le visiteur se fraie un chemin au travers de colonnes en béton et aboutit sur une enceinte formée exclusivement de matériaux issus de l’ancienne église. Ici, la sculpture de Richard Serra 'The Drowned and The Saved' est mise en valeur.

04(@JPHH)_S.jpgRetournant vers le foyer, le visiteur commence son ascension vers l’espace d’exposition réparti sur deux étages. La trajectoire des marches reprend le mouvement circulaire de la séquence d’entrée et s’avère être à l’origine de la configuration des niveaux supérieurs. A chaque niveau, le plan est pensé comme une constellation de boîtes autonomes cernées par l’espace de circulation qui s’élargit et se contracte selon les endroits.

Cette configuration est similaire à celle de nombreux projets réalisés par des architectes suisses ces dernières années, dont les thermes de Vals de Zumthor. Les plans de tels bâtiments ont l’aspect d’un microcosme composé d’un réseau viaire, les espaces de circulations liant entre elles les boîtes à la manière d’un réseau de rues et d’espaces verts liés à des maisons. Au sein du bâtiment de Cologne, la 'rue' est tapissée de terrazzo blanc alors que le sol des 'maisons' est surélevé.

La politique d’exposition du musée est unique. Dans chaque pièce, des ouvrages datant du Moyen-âge côtoient des oeuvres contemporaines. L’absence de légendes encourage le visiteur à appréhender chaque oeuvre sans a priori.

Si le premier niveau est sombre, le niveau supérieur est généreusement baigné de lumière. Les percées vers les toits soulagent après l’intériorité des espaces inférieurs. La juxtaposition d’une oeuvre de Josef Albers et de la vue vers la Cathédrale de Cologne est mémorable.

Au second étage, la 'rue' s’élargit en un 'jardin' peuplé de trois volumes. Chacun comprend deux galeries en enfilade. La première est un espace sombre alors que la deuxième est illuminée par une claire-voie. Ici, face aux oeuvres réalisées il y a 800 ans, le visiteur est une fois de plus extrait du temps présent.

Il est difficile de croire que l’archevêché aurait pu trouver meilleur architecte pour ce projet. A Cologne, Peter Zumthor a créé un bâtiment qui transcende son époque.

Ellis Woodman | bdonline.co.uk
21-09-2010
Adapté par : Emmanuelle Borne


Réactions

Apgancar | Photographie | Paris | 14-11-2012 à 10:04:00

Respect

Réagir à l'article


tos2016
elzinc

Brève |Espace collectif à Casablanca : Workshop 'CasaLyon'

En réponse à une demande formulée par l’orphelinat de Sidi Bernoussi, à Casablanca, pour l’aménagement de ses espaces extérieurs, le collectif de jeunes architectes PourquoiPas ?! et plusieurs...[Lire la suite]

elzinc novembre

Présentation |Fernando Menis, volcan, soupe et kilomètre zéro

Depuis Tenerife, Fernando Menis imagine une architecture tellurique, quasi volcanique. La plupart de ses édifices sont d’imposantes structures minérales, plus ou moins torturées, autant que peuvent l’être...[Lire la suite]



elzinc

Présentation |Un art de la douceur, Atelier Martel

Sur un élégant dossier consacré à la Maison d’Accueil Spécialisée pour épileptiques à Dommartin-lès-Toul, Atelier Martel fait figurer son nom en lettres capitales ainsi que les mots...[Lire la suite]

elzinc novembre

Présentation |Ca plane pour SOM !

«890 millions de dollars» pour un édifice «culturellement significatif». Le magazine anglophone Sourceable, spécialiste des questions industrielles, ne tarit pas d'éloges quant au nouvel aéroport...[Lire la suite]

elzinc

Présentation |Ca plane pour SOM !

«890 millions de dollars» pour un édifice «culturellement significatif». Le magazine anglophone Sourceable, spécialiste des questions industrielles, ne tarit pas d'éloges quant au nouvel aéroport...[Lire la suite]

elzinc

Album-photos |Le centre d'innovation de Santiago ? Elemental, mon cher Watson

«La plus grande menace pour un centre d’innovations est l’obsolescence fonctionnelle et stylistique», affirme Alejandro Aravena. Aussi, le fondateur de l’agence chilienne Elemental a conçu un parti atemporel...[Lire la suite]