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Présentation | Parque Central Torre Oficinas I & II (09-10-2010)

Symboles lors de leur construction en 1979 et 1984 d’une vision futuriste et humaniste de l’urbanisme, les tours jumelles de Caracas, capitale du Venezuela, simplement nommées «tours de bureaux de Parc Central», sont aujourd’hui le symbole d’un rêve inabouti.

Tours et gratte-ciel | Caracas

Les "Parque Central Torres Oficinas" surplombent du haut de leurs 56 étages le quartier moderne de Parque Central à Caracas. Elles surplombent encore pour quelques temps tout le continent sud-Américain. En effet, elles seront détrônées de leur titre en 2004 par la Torre Mayor (225m) de Mexico qui les dépassera de… quatre mètres seulement. Ce qui sera cependant suffisant pour repousser encore plus profondément les deux tours de Caracas dans l'oubli. Déjà, elles ne sont plus qu'en 181ème position des tours les plus hautes du monde après avoir été 37ème à leur construction et le pendant sud-américain symbolique du World Trade Center construit à New York quelques années plus tôt.

Un plan de ville dessiné par des Français

Caracas, fondée en 1567 par Diego de Leon de Caracas, fut dès sa création un important centre administratif, militaire et religieux d'une influence commerciale considérable en Amérique du Sud. Ainsi, en 1722, la création de la "Universidad Real y Pontificia de Caracas" marquait déjà la volonté de Caracas de devenir une ville majeure. De fait, entre 1872 et 1876, sous la présidence de Guzman Blanco, la ville se modernise et se dote de monuments dignes des plus grandes capitales, un Capitol et un Théâtre municipal notamment.

02(@hiddendaemian)_B.jpgA partir des années 30 et à l'issue d'une dictature de 25 ans, le pays découvre la manne pétrolière et Caracas connaît une rapide période d'expansion. Pour assurer un développement harmonieux, la ville fait bientôt appel à des architectes français. En 1933, Jacques Henri Lambert, architecte et urbanisme qui a notamment travaillé à New York et Chicago, et Maurice Rotival, un architecte qui avait remodelé Johannesburg (Afrique du Sud), sont mandatés pour dessiner un nouveau plan de la capitale et du district fédéral. Ensemble, s'appuyant sur l'expérience française de l'urbanisme, ils proposent l'aménagement de grands boulevards - notamment le boulevard Simon Bolivar de Caracas qui structure la ville encore aujourd'hui - et d'un nouveau quartier, Parque Central, sensé signifier sa modernité.

03(@C.A.Minic)_S.jpgUn quartier fortement américanisé

Ils ne verront pas l'achèvement de leurs idées - Rotival, après des années d'enseignement à Yale aux USA est appelé en France pour l'urbanisation de Reims - mais c'est sur leurs plans que le quartier de Parque Central, "quartier moderne et convivial où circulation, commerces, administrations et zones d'habitations seraient heureusement mêlés" selon les brochures de l'époque, voit le jour dans les années 60. En 1973, le Venezuela, cinquième producteur mondial de pétrole et membre de l'OPEP, envisage un avenir économique radieux, d'autant que si les militaires ne sont jamais très loin, le pays reste stable politiquement, à l'inverse de nombre de pays sud-américains.

Cosmopolite et fortement américanisée, l'architecture ultra moderne et rutilante fait bientôt oublier à Caracas ses racines coloniales. Les tours se multiplient dans Parque Central, devenu le centre-ville. Or, une première série de tours jumelles "las torres del silencio" existaient déjà à Caracas. Les deux "Torre Oficinas" feront le lien entre Caracas et le monde, deux tours jumelles donc à l'instar des deux tours du World Trade Center. Leur construction est une véritable réussite à une époque (1979) où seul les Américains (hormis quelques tours au Japon) sont capables de construire de tels édifices. La richesse du pays et son savoir-faire laissent espérer à tous des lendemains qui chantent.

04(@C.A.Minic)_S.jpgUn rêve oublié

Mais le Venezuela cède alors aux vieux démons sud-américains. Carlos Rodriguez est élu l'année de l'achèvement de la première tour et nationalise les ressources pétrolières. Il sera éventuellement destitué pour corruption. Aujourd'hui, Hugo Chavez - auteur pourtant d'un coup d'état raté - est le président depuis 1999 d'un pays en crise qui a connu une croissance négative de -7,2% entre 1998 et 99 et qui compte plus de 25% de chômeurs. Fin 2002, le pays est au bord de l'abîme, secoué par une grave crise financière et d'impressionnantes grèves du secteur pétrolier.

Quant au rêve de Lambert et Rotival, il a fait long feu et le quartier de Parque Central, dont les tours sont l'emblème, n'est plus aujourd'hui que le symbole de la corruption des nouveaux riches honnis par les habitants des barrios qui ont fleuri tout autour de Caracas. En 2004, les Mexicains auront la tour la plus haute du continent et les deux belles tours de Caracas, dépouillées de tous leurs titres de gloire, ne seront plus que deux monuments aux rêves morts, de simples "tours de bureaux".

Christophe Leray

Cet article est paru en première publication sur CyberArchi le 17 décembre 2002.

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