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Recherche | Béton : l'épopée de Ricciotti, Lamoureux & Ricciotti (16-02-2011)

«Une avance considérable». Rudy Ricciotti n’est pas un faux modeste. La recherche qu’il mène en collaboration avec Lamoureux & Ricciotti, «depuis sept ans déjà», autour des Bétons Fibrés Ultra performants (BFUP) préfigure rien moins que l’avenir du matériau. La passerelle de la Paix de Séoul annonciatrice d’une nouvelle humanité ? Explications.

BFUP | Béton | France | Rudy Ricciotti

«Une fois que les bâtiments en BFUP auront vieilli, nous verrons s’ils tiennent toutes leurs promesses», mesure Romain Ricciotti, cofondateur, avec Guillaume Lamoureux, de Lamoureux & Ricciotti ingénierie. «Nous ne sommes pas dans la croyance mais dans l’action», poursuit-il.

Autrement dit, l’équipe est engagée dans «une véritable démarche en Recherche et Développement». Ce que souligne l’architecte Rudy Ricciotti. Allers-retours au CSTB, développement de prototypes et ATEx* accompagnent la mise en oeuvre de leurs projets. Ainsi, la passerelle du Pont du Diable, livrée en 2008. Avec 1,80m de hauteur pour une portée de 67,5m, l’ouvrage était «une performance en terme d’élancement, de coût et de durée de vie en oeuvre».

Parmi les recherches, les démarches «pour faire évoluer les réglementations». «Le SETRA (Service d’études sur les transports, les routes et leurs aménagements) et l’AFGC (Association française de génie civil) ont développé une réglementation pour rendre les BFUP utilisables mais, pour l’instant, uniquement en termes structurels», précise Romain Ricciotti.

En clair, les ingénieurs réinterprètent les performances des BFUP, a priori utilisés dans les ouvrages d’art, pour les appliquer à l’architecture, essentiellement en partenariat avec Rudy Ricciotti.

02(@E.JaeSeong)_B.jpg«L’aventure commence en 2000 pour Rudy Ricciotti avec la passerelle de Séoul où l’écriture en arc permet d’exploiter les performances énormes du matériau en compression». A l’époque, Lamoureux & Ricciotti n’existe pas encore. C’est avec la conception de la Galerie Navarra, en 2004, qu’ingénieurs et architecte s’emploient à exploiter les potentialités du matériau tant en structure qu’en couverture. «Nous avons utilisé les performances en termes de compression mais aussi la résistance en traction». Résultat : une toiture nervurée de trois centimètres d’épaisseur se prolongeant en porte-à-faux sur presque huit mètres. «Utilisé en plancher ou en poutre, le béton n’avait jamais été utilisé en plaque mince et étanche», souligne Romain Ricciotti.

«Nous nous sommes spécialisés dans cette nouvelle famille de bétons remarquables pour deux propriétés constructives : l’ultra-performance en terme de structure et l’étanchéité». De réalisations en projets, l’équipe explore le champ des possibles. Parmi les plus audacieux : la proposition pour la Bibliothèque Multimédia à Vocation Régionale (BMVR) de Caen la mer.

Boîtes superposées, les unes aux façades pleines, les autres aux façades ajourées, plans libres, pas d’ajout de matière : la prouesse technique transparaît au premier coup d’oeil averti. «La BMVR reprend le même principe de plaque structurelle que la galerie Navarra sauf qu’il est appliqué à toute l’enveloppe du bâtiment. Chaque boîte fonctionne comme un bâtiment-poutre, une macro-poutre qui inclut toute l’habitabilité de l’ouvrage», explique Romain Ricciotti.

Précisément, «nous avons appréhendé le bâtiment comme un pont. Il est composé de voussoirs (élément de structure préfabriqué ndlr) assemblés par précontrainte. Chaque voussoir est composé d’un plancher haut et d’un plancher bas, chacun étant constitué de deux lames entre lesquelles se loge l’isolation, ainsi que d’une lame verticale à mi-largeur ou en façade».

03(@DR)_B.jpgCertes. Mais comment concilier gestion des charges et dessin irrégulier - en «ailes de libellules» - des surfaces évidées ? «C’est là où transite le moins d’efforts ; il est donc possible de supprimer de la matière. En fait, qu’il soit régulier ou irrégulier, le motif est architectonique ; il conserve l’âme d’une poutre et le cheminement des efforts est le même au niveau de la macro-poutre».

Simple, l’explication cache un travail de titan. «Pour une façade structurelle du MUCEM**, c’est 600 pages A3 de calculs !», souligne Rudy Ricciotti.

Les plaques structurelles ne jouent pas seulement le rôle d’une enveloppe architectonique. «L’étanchéité bitumineuse, rapportée, est supprimée», dit l’architecte. La clé réside dans le BFUP. «L’empilement parfait des granulats remédie à toute porosité et le matériau n’est pas traversé par les agressions chimiques, que ce soit la pollution ou l’eau de pluie», complète Romain Ricciotti. Préfabriqués, les éléments de béton nécessitent pourtant un traitement des joints. Là encore, la mise en oeuvre est invisible. «On ne les perçoit pas car il ne s’agit pas de joints de dilatation mais de fractionnement. Comprimés, ils sont millimétriques».

Bref, le travail de Lamoureux & Ricciotti autour du BFUP permet «de mettre en oeuvre plusieurs corps d’état en un seul geste constructif, un seul élément préfabriqué».

Outre l’avancée technologique, qu’en est-il de l’impact sur les coûts de construction ? «Nous n’avons pas encore suffisamment de recul pour mesurer les avantages économiques mais, selon les projets, les montants des travaux sont effectivement réduits et, globalement, les coûts de maintenance sont considérablement moins importants».

L’ingénieur met l’accent sur la durabilité et les impacts environnementaux du matériau. «Les BFUP concurrencent l’acier et l’aluminium sauf qu’il consomment moins d’énergie primaire, d’eau ou de ressources naturelles rares. De plus, ils sont issus de matières premières locales et font l’objet d’un savoir-faire français, porté par des métiers de haut niveau de qualifications et qui, pour l’instant, ne sont pas délocalisables», dit-il. «Avec les entreprises spécialisées, Bonna Sabla, Eiffage , Freyssinet etc., nous sommes en train d’écrire une page de l’épopée du béton», résume l’architecte.

04(@DR)_B.jpgRudy Ricciotti compare l’aventure à celle que vécurent, à leur époque, «Auguste Perret et Eugène Freyssinet». Une révolution ? «Il faut mettre en crise les raisonnements classiques», confirme-t-il. L’Histoire bégaie et la proposition pour la BMVR de Caen la mer, remportée par l’OMA, fut «incomprise».

Qu’importe. Viendront le MUCEM, la couverture du stade Jean Bouin à Paris, le Musée de Liège, la SMAC de Metz ou encore le Pont de la République à Montpellier.

Emmanuelle Borne

* Appréciation Technique d’Expérimentation. Créée à l'initiative du CSTB, l'ATEx est une procédure rapide d'évaluation technique formulée par un groupe d'experts sur tout produit, procédé ou équipement ne faisant pas encore l'objet d'un Avis technique, afin de faciliter la prise en compte de l’innovation dans la construction. Exemples d’ATEx : façades légères, verrières, puits de lumière, planchers réversibles, étanchéité des toitures, renforcement des structures. (Source : CSTB).
** Musée National des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée, dont le chantier est enfin lancé.

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