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Présentation | «Une réflexion sur la matière plus que sur la forme», Bernard Desmoulin à Cluny (02-03-2011)

«Faire de l'architecture contemporaine dans un site historique ? C'est encore un mystère pour moi !», lance Bernard Desmoulin qui obtint de l'Ecole Nationale Supérieure des Arts et Métiers de Cluny et du Conseil Régional de Bourgogne la commande d'un pôle de restauration de 200 places assises. Le site avait fait jusqu'alors l'objet de deux refus de permis de construire.

Bâtiments Publics | Education | Corten | | Bernard Desmoulin

«Un segno sapiente vicino all’abbazia». Sur son bureau le dernier numéro de Il Giornale dell’Architettura. En une, l’intrigante façade du pôle de restauration de Cluny surgissant des remparts de l’abbaye fondée en 910. Bernard Desmoulin, lauréat du prix 2009 de l'Equerre d'argent, revient, lors d’une rencontre en son agence en février dernier, sur son récent projet bourguignon livré en 2009.

Rupture dans l’enceinte, la lame de Corten, architecture discrète née de la tension entre présence et effacement, prolonge l’appareil défensif. «Il s’agissait de savoir exister sans transgresser le site», indique Bernard Desmoulin. Ce d’autant plus que l’Abbaye de Cluny est classée Monument Historique.

En ce «lieu impressionnant», l'architecte a décelé un problème de matière plus que d'architecture. «C’est la matière qui est venue avant la forme», précise celui pour qui les formes sont, justement, hors de propos : «Je ne sais pas dessiner et ne veux pas m’aventurer dans des choses complexes».

'Context-ure' donc. Il s’agissait de trouver un matériau «qui porte les stigmates du temps» afin d’éviter le «contraste vieux / neuf» et lui préférer un «contraste vieux / vieux». «L’assemblage de pierre a ses imperfections, il y a un état ruiné et la tôle permet de répondre à cette imperfection», dit-il.

02(@LucBoegly)_S.jpgEffet du temps ? Le Corten est un matériau privilégié dans l’oeuvre de l’architecte. Les bateaux échoués de la côte landaise sont une inspiration ; le centre culturel français de Mexico et la nécropole de Fréjus, deux réalisations. «C’est un faux matériau pauvre», souligne Bernard Desmoulin. Et de le comparer à ces jeans troués et usés.... «parmi les plus chers !».

«L’une de mes préoccupations est le vieillissement ou plutôt l’anticipation du vieillissement. La pollution enrichit la matière. Les agressions du temps changent de façon hasardeuse le matériau», explique-t-il.

En tête, l’expérience du musée de Sarrebourg et du cuivre oxydé qui le revêt ; «l’évolution dans le temps fait qu’il ne s’agit jamais vraiment du même bâtiment» : invocation d’un rajeunissement, évocation du temps d’un centenaire.

03(@LucBoegly)_S.jpgLe Corten fait donc enveloppe et se déplie en toiture. A mesure des mois et des années, il adoptera une teinte orangée aux endroits les plus exposés. Certaines façades abritées garderont un coloris plus foncé.

Image sans cesse différente, le bâtiment est également amené à être végétalisé, par touches, au moins le long des façades vitrées où un ensemble de câbles permet à quelques plantes grimpantes de s'y élever.

«C'est une façon de faire du contemporain. Le bâtiment disparaît si on souhaite ne pas le voir», indique l'architecte. La franchise du parti séduit.

04(@BernardDesmoulin)_S.jpgCôté service, les mêmes intentions servent le projet. Le long de la rue, la façade, prise entre les deux pignons de l'ancien battoir, est habillée de Corten et percée d'ouvertures ceintes de pierre de Bourgogne.

Pour répondre à la pierre et au Corten, Bernard Desmoulin a conçu à l'intérieur une «ambiance 'brute'». Structure en béton, planches et charpente en bois marquent les salles de restauration. Le bâtiment de 1.230m² étant technique, l'espace alloué au réfectoire est moins important que les cuisines.

Trois salles à manger dont une VIP se répartissent sur deux niveaux. Les salles pour étudiants sont tournées vers la ville ; «ils voient l'abbaye toute la journée», souligne l'architecte.

Après le Musée des Arts décoratifs à Paris et le Musée Rodin à Meudon, le Grand Commun de Versailles permet à Bernard Desmoulin de parfaire plus encore son approche contemporaine des sites historiques, de ces lieux qu'il juge «impressionnants».

Encore et toujours, exister sans transgresser.

Jean-Philippe Hugron

Fiche technique

Maître d’Ouvrage : Conseil Régional de Bourgogne
Architecte : Bernard Desmoulin
Cuisiniste : Novorest
BET TCE : Iosis Franche-Comté
Surface : 1.230m²
Coût des travaux : 2.900K€ HT
Livraison : Octobre 2009

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