Le Courrier de l'architecte - Retour à l'accueil International

Entrez votre e-mail pour vous inscrire

Arabie Saoudite | La quadrature du cercle en Arabie Saoudite (09-03-2011)

Dans un article publié le 11 octobre 2010 par Alriyadh.com (الرياض), à l’heure où l’architecture en Arabie Saoudite est parfois déroutante, tel Big Ben à La Mecque, le Dr. Khalid Al Tayyash (د. خالد الطياش), auteur du livre 'Symbolism Knowledge and City Perception in Saudi Social Life', présente sa perception de l’influence de cette architecture sur le mode de vie des Saoudiens.

Arabie Saoudite

Contexte
Avec cet article, le Dr. Khalid Al Tayyash livre ses pensées concernant l’évolution de l’habitat depuis ces cinquante dernières années, les nouveautés architecturales et urbanistiques ayant selon lui radicalement changé le visage traditionnel de son pays. Il parle de l’avant pétrole et des mutations sociales, économiques et urbaines qu’a connues l’Arabie Saoudite depuis. Enfin, il cherche une meilleure cohabitation entre 'modernisme', architecture contemporaine et patrimoine historique.
SH

LE BOOM IMMOBILIER DEVORE LE TISSU URBAIN ET DETRUIT LE MODE DE VIE TRADITIONNEL
REQUETE D’ELABORATION DE NOUVELLES NORMES DE CONCEPTION DE LA VILLE AINSI QUE LA MAISON
Propos recueillis par : Abdel-Aziz AljarAllah (عبدالعزيز الجارالله) | Alriyadh.com

Riyad - Le nouveau boom immobilier a supprimé le tissu urbain traditionnel et ceci pour toutes les régions du royaume. Il a imposé à tous la vie avec des cubes en béton. Nous présentons ici le point de vue du Dr. Khalid Al Tayyash (د. خالد الطياش), lequel analyse les différents aspects de cette question. Il propose d’enrichir le présent tout en puisant dans le vocabulaire architectural patrimonial du pays.

02(@DomainePublic)_S.jpgDr. Khalid Al Tayyash : La maison traditionnelle d’Arabie est le produit de l’environnement naturel qui a un impact direct sur la configuration urbanistique et architecturale de chaque région. Ainsi, le style de vie de la population et le bâti dépendent des différents climats existants dans le pays. L’est et l’ouest du pays donnent sur la mer, le reste, plus désertique, n’a pas les mêmes caractéristiques architecturales. Le tissu urbain et la santé économique changent suivant les régions. On trouve à certains endroits une configuration mixte entre le bâti traditionnel et la nature. L’urbanisation des villages traditionnels reflète le mode de vie de ses habitants, leur culture, habitudes et moeurs ainsi que leur manière de faire face, pour garantir la sécurité dans leur cité, aux problèmes de société. Ces villages sont clos vers l’extérieur, protégés par d’énormes murs qui entourent la ville. Quelques ouvertures et portes sont utilisées pour la communication avec la vie à l’extérieur, le tout sous un contrôle permanent.

Face aux différentes problématiques auxquelles font face ses habitants, la conception des maisons traditionnelles a atteint un niveau de réussite considérable. Je pense qu’un jour nous reviendrons vers ces maisons aujourd’hui abandonnées, ne serait-ce que pour causes de baisse de la situation économique et de l’incapacité de l’habitat contemporain à faire face aux changements climatiques et environnementaux.

Les habitudes sociales d’autrefois ainsi que les modes de vie ont changé au fil des générations, suivant en cela l’évolution des conceptions urbaines. Il y a cinquante ans, le peuple saoudien était simple et harmonieux. C’est suite au boom pétrolier, à l’augmentation du PIB et à l’ouverture sur le monde extérieur que l’urbanisme traditionnel a changé transformant ainsi les comportements des gens. Avec cette mutation, la planification des villes et l’architecture des habitations s’est tournée vers des édifices modernes, un bond, prompt, sans transition progressive et douce.

Etudions trois gestes que n’importe quel habitant réalise dans la journée : s’asseoir, manger et dormir. Même ces simples habitudes ont changé complètement avec les changements de la vie moderne.

Avant, on s’installait sur des tapis parsemés de coussins dans une pièce spacieuse (Majlis), en rond, laissant la place la plus imposante à la personne la plus âgée dans la famille. Il n’y a jamais eu ni chaises ni fauteuils dans nos intérieurs. Avec les nouveautés, on a perdu certaines habitudes que je qualifie comme 'belles'. Assis dans un grand cercle, les gens parlaient successivement ; à chacun de prendre la parole quand la personne précédente avait terminé son histoire. Ne jamais laisser les chaussures ou bottes en plein milieu. Ceci faisait partie d’habitudes de respect.

03(@DearEdward).jpgAux heures où il faisait chaud ou entre les deux temps de prières, les habitants pouvaient dormir dans n’importe quelle pièce. Ce qui montre la capacité d’adaptation de la maison traditionnelle, que ce soit pour dormir ou pour manger. Ce qu’on appelle «les vides» dans les maisons sont utilisés d’une manière intelligente pour répondre aux besoins des habitants. La chambre principale de la maîtresse de maison était simple avec une grande malle en acier, décorée de nacre et d’autres pierres attrayantes. Elle comprenait tout ce que la femme possédait, ses habits, ses bijoux, ses parfums et d’autres artifices. Plusieurs miroirs constituaient les seuls ornements sur les murs. Les lits étaient toujours posés par terre et, suivant le niveau de vie des habitants, drapés de coton ou de matériaux moins chers et plus accessibles.

Les habitants mangeaient au sol, sur un tapis, dans n’importe quelle pièce suivant le nombre des convives et leurs invités. On forme un cercle ou un rectangle autour du plat et la place d’honneur est toujours réservée au plus âgé de tous.

04(@Ammarshaker)_B.jpgAujourd’hui, tout ça a bien changé, le mobilier prend une place importante à l’intérieur de la maison, le cloisonnement a mis fin aux pièces jadis ouvertes. Tout ceci a généré un chamboulement de nos habitudes sociales et culturelles.

Pour conclure, je dirai qu’un énorme fossé a été creusé entre nos comportements, nos modes de vie et la conception de la 'maison moderne'. C’est, d’une part, le résultat du manque d’études comportementales traditionnelles dans l’élaboration des normes et des conceptions de planification de la ville et des habitations.

C’est, d’autre part, le résultat du peu de considération accordé aux sciences humaines dans nos programmes d’enseignements architecturaux et des études de matériaux de construction qui s’en suivent.

C’est enfin le manque d’intérêt des investisseurs et des concepteurs pour les comportements et les traditions de notre société.

Abdel-Aziz AljarAllah | Alriyadh.com
11-10-2010
Adapté par : Sipane Hoh

Lire la version originale

Réagir à l'article


Album-photos |L'année 2018 de Perraudin Architecte

La France, la Suisse, le Liban et le Sénégal furent des lieux de développement et de recherches sur la sobriété constructive. La terre non stabilisée a été éprouvée par les...[Lire la suite]

Album-photos |L'année 2018 de Michel Rémon & Associés

3 bâtiments en chantier // livraison de l’hôpital Edouard Herriot à Lyon // une large ouverture à l’international : concours en Autriche, Allemagne, Russie et en Belgique enfin avec le concours gagné pour...[Lire la suite]


Album-photos |L'année 2018 de ChartierDalix

L'année 2018 de l’agence ChartierDalix c’est 7 chantiers dont la restructuration de la Caserne Lourcine à Paris 13e  en université de Droit Paris I, un bâtiment de bureaux entièrement en structure...[Lire la suite]

Album-photos |L'année 2018 de Valode & Pistre

Valode & Pistre a pour vocation d’intervenir dans tous les domaines de l’architecture, de l’aménagement urbain et de l’architecture d’intérieur. L’année 2018 confirme la...[Lire la suite]

Album-photos |L'année 2018 de a+ samuel delmas

2018… Une année d’études et de chantier… de la générosité, un travail dense et de beaux projets gagnés. Des études, avec notamment le projet LUMEN, ZAC Confluence II à Lyon...[Lire la suite]

Album-photos |O-S-architectes

En 2018 Le théâtre de Cachan accueil son public, accompagné par Cyrille Weiner orchestré par Rafaël Magrou, illustré par Lucas Harari, et Alexis Jamet, avec les contributions de Jacques Lucan et Arnaud Anckaert,...[Lire la suite]