Ayant ouvert ses portes au public en avril 2010, la nouvelle médiathèque de Lisses, en Essonne, signée Paul Gresham et Stéphane Barbotin-Larrieu, partage ses murs avec le centre culturel de la ville. Deux programmes distincts, articulés sous forme de 'masses pleines' et de 'cavités', où la part belle est faite à la lumière naturelle.
«L’une des particularités du projet est la cohabitation de deux programmes - la médiathèque Colette et le centre culturel Jean Cocteau - portés par deux acteurs politiques différents - la Ville de Lisses (maire Thierry Lafon (DVD) ndlr) et la Communauté d’agglomération Evry Centre Essonne (président Manuel Valls (PS) ndlr) -, au sein d’un unique bâtiment de 1.420m²», explique Paul Gresham à l’approche du quartier du Long Rayage, en périphérie du centre historique de Lisses, à l’occasion d’une visite avec le Courrier de l’Architecte.
Précisément, le maître d’ouvrage du projet, la Communauté d’agglomération Evry Centre Essonne, a fait d’une pierre deux coups en intégrant à la reconstruction de la bibliothèque de Lisses, démolie en 2007, le centre culturel de la ville.
Bordé par des équipements sportifs, un parking et des commerces, le nouveau bâtiment remplace donc «une bibliothèque sévèrement dégradée», précise Paul Gresham, lauréat du concours avec Stéphane Barbotin-Larrieu en 2005. Une donnée dont l’équipe ne pouvait ni ne souhaitait faire fi. Bardée d’une résille de métal ajourée implantée à 40 centimètres du corps en béton brut, l’enveloppe «limite ainsi l’impact des dégradations urbaines».
L’ensemble n’est pas introverti pour autant.
D’une part, l’effet est cinétique autant que destiné à préserver des agressions. «Tantôt transparente, tantôt opaque ou scintillante, la résille offre plusieurs niveaux de perception liés à la lumière, aux orientations, aux points de vue et à la distance. Bref, nous avons surtout voulu introduire de l’ambigüité dans la lecture de la surface», confirme l’architecte. Un système de rétro éclairage, soit des tubes en néon installés dans l’épaisseur de la double peau, a pour objectif d’accentuer les variations. Sous la grise matinée de mars, l’effet est peu probant mais il fonctionne sans doute à la tombée du jour.
D’autre part, les façades alternent surfaces en béton-résille et larges baies vitrées, transparentes au nord, sérigraphiées au sud pour le contrôle solaire. En volumes, ces surfaces correspondent les unes à «des masses pleines», les autres à «des cavités» qui permettent l’articulation des différents éléments du programme.
«Aux masses pleines l’auditorium commun aux deux programmes, les bureaux et la salle de réunion du centre culturel. Une fois disposés sur la parcelle, ces éléments ont généré des cavités interstitielles au sein desquelles nous avons aménagé les lieux publics, soit la médiathèque et le hall d’exposition», explique l’architecte.
Paul Gresham parle d’«architecture cavitaire» issue «d’une série de forces politiques, culturelles, constructives, matérielles, contextuelles». Autrement dit, le projet résulte de son site d’implantation autant que de la dualité programmatique. «C’est un projet empirique», résume le chef de projet Michaël Neri.
Parmi les forces «ayant généré le bâti», une parcelle trapézoïdale contraignante. «Une fois calculée la SHON du programme, nous n’avions pas beaucoup de marge de manoeuvre en ce qui concerne l’emprise au sol. Le bâtiment, de plain-pied, devait occuper la totalité de la parcelle».
Unifiant 'masses pleine' et 'cavités', une toiture en zinc galvanisé, ponctuée de cinq puits de lumière, se plie au rythme des espaces intérieurs. Côté ouest, où se situent les bureaux, la pente emprunte «à l’échelle domestique». Côté auditorium, au nord, le toit se soulève. Au-dessus de la séquence d’entrée, il forme une double pente «iconique», clin d’oeil à la fonction publique du bâtiment.
«Les différentes pentes se croisent au-dessus de la salle de lecture, laquelle relie les différentes 'masses pleines'».
Baies vitrées et puits de lumières confèrent au vaste espace une belle luminosité. Nul besoin de lumière artificielle malgré la grisaille extérieure. Les ouvertures latérales avaient également pour ambition d’«ouvrir vers l’espace urbain», notamment vers le gymnase, l’idée étant de donner à voir les activités sportives depuis la médiathèque. Une intention mise à mal durant les études «quand la façade de l’équipement fut entièrement obstruée».
Reste la lumière, modulée selon les variations de volumes, les sources de luminosité et les tons des surfaces intérieures. Ici, les puits conçus dans l’épaisseur d’un faux-plafond créent une lumière ouatée. Là, une strate vert clair jaunit les rayons. Pour l’essentiel, les surfaces claires, du blanc au gris pâle pour la résine recouvrant le sol, composent un espace accueillant, où le mobilier fut choisi en fonction de l’ensemble immaculé. «Cela surprend agréablement les usagers, qui sont déroutés par l’aspect extérieur», confie le gérant de la bibliothèque.
Pourtant, les tons pâles du zinc extérieur font écho aux espaces intérieurs. Sage, trop sage le centre culturel+médiathèque de Lisses ? Cela dépend des points de vue.
Emmanuelle Borne
Fiche technique
Projet : Médiathèque Colette et centre culturel Jean Cocteau
Lieu : Lisses, Essonne (91)
Architecte : Paul Gresham
Architecte associé : Stéphane Barbotin-Larrieu
Chef de projet : Michaël Neri
Maître d’ouvrage : Communauté d’agglomération Evry centre Essonne
Concours : décembre 2005
Livraison : février 2010
Surface : 1.420m² SHON
Coût : 2.726.000€
Bureau d’études : BETOM Ingénierie
clo | bibliothécaire | RP | 22-03-2011 à 13:53:00
présentation convaincante qui peut faire changer les points de vue des détracteurs du projet architectural, du moins aider à comprendre si ce n'est à apprécier.
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