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Chronique | Paris IGH : les troubles de l'érection (16-03-2011)

'B'. Sur le carton d'invitation, la lettre est grande, grosse et bleue comme un comprimé. 'B' pour Bruneseau, le quartier en marge du XIIIe arrondissement, un délaissé urbain de grande envergure. Sur le site, la mairie de Paris a lancé un concours pour la réalisation d'une tour, B3A. Pour l'événement, elle a réuni, le 4 mars 2011, à la BNF, les acteurs de la construction verticale.

Tours et gratte-ciel | Paris

L'horizon parisien défloré ? Peut-être en 2015 ou en 2016. Si le principe est acté depuis novembre 2010 avec la modification du PLU, les livraisons promises en 2012 attendront. Anne Hildalgo, ajointe au maire en charge de l'urbanisme, annonce d'ailleurs, lors de cette rencontre, B3A comme une première.

Et Triangle alors ? Ce n'était pas une première ? Et le TGI, la deuxième première ? En veux-tu en voilà des premières... Avec ou sans la langue, de bois ?

Christian Sauter, adjoint au maire de Paris chargé de l'emploi, du développement économique et de l'attractivité internationale, se fait plus précis : une tour mixte, 70.000m² de bureaux et 15.000m² d'hôtel. Yves Lion, auteur du projet d'aménagement, prône «le dialogue avec l'infrastructure» - sous entendu le périf - et «la création d'un horizon paysagé». S'il lui paraît «difficile de trouver une signification parisienne» aux tours, il ambitionne néanmoins leur «appartenance» à l'espace public. De proposer ainsi, entre autres, une sortie de métro dans la tour.

Si la tour dialogue avec l'infrastructure, elle demeure sourde aux expériences passées. Certes les intentions sont bonnes, excellentes même. Elles sont apparemment sans prise avec la réalité, hélas.

La tour Triangle, à laquelle hôtel et bureaux étaient promis, était aussi annoncée mixte. Elle ne serait, aux dernières nouvelles, qu'une tour de bureaux. Quid ? Revirement d'Unibail qui amende son programme ou difficulté à créer la fameuse mixité fonctionnelle ?

La tour Crayon à Lyon, une tour mixte, hôtel et bureaux, livrée en 1977 (déjà !), attend toujours sa réhabilitation. Alexis Perret, directeur général délégué à l'immobilier d'entreprise de Nexity y travaille depuis plusieurs mois. Il souligne «la calamité» que l'opération représente tant il est difficile «d'aligner les priorités».

02(@JPHH)_S.jpgBref, la mixité ou la copropriété dans une tour ne semble pas gage d'évolutivité. De durabilité peut-être ?

De l'aveu même d'Olivier de la Roussière, PDG de Vinci, «une tour mixte est très difficile car la réglementation IGH est délicate». Alexis Perret quant à lui dénonce «l'hyper-technologie» face à «l'hyper-réglementation» laquelle est d'autant plus hyper réglementée qu'elle devient hyper labellisée. «Nous devrions avoir une performance globale plus qu'une performance de critères», souligne-t-il. Vision manichéenne ? Kafkaïenne ? Française ? Parisienne ?

Les bonnes intentions se confrontent donc à la réglementation et ce, en l'espace d'une même journée. Qui gagne ?

Olivier de Dampierre, président de Hines France, rappelle son expérience de la tour EDF (2001) à la Défense dessinée par Pei Cobb Freed & Partners. «Pourquoi une tour américaine fonctionne-t-elle mieux ? Le plan d'étage et les parties privatives laissent plus de liberté et donc de flexibilité», indique-t-il. Il précise sa pensée quand il note que la réglementation a imposé des usages, notamment la création d'un couloir autour du noyau, lequel est devenu, à force, une configuration incontournable. Alors qu'il ne s'agissait au départ selon lui que de répondre aux impératifs de distance du poste de travail à la sortie de secours.

03(@JPHH).jpgCurieuse situation donc où il s'agit de trouver les failles du système pour faire des tours qui fonctionnent. Les tours américaines, citées à plusieurs reprises, sont, selon les intervenants, de bons exemples en matière d'espaces ouverts offrant parfois cafés et boutiques. Les pieds de tour sont ainsi rendus publics.

En France ? L'idée a-t-elle traversé l'Atlantique ? A la rame, sûrement, mais elle l'a traversé.

Ainsi, Jean-Paul Viguier, convié à ces tables rondes, revient sur son projet Coeur Défense (2001). L’architecte avait imaginé un atrium monumental jouant une fonction centrale et publique, une place urbaine, couverte, avec ses commerces et ses galeries d'art. «Nous avons réuni cinq fois la commission de sécurité. L'atrium a été classé IGH ; ce lieu est donc vide», dit-il.

Olivier de Dampierre rappelle une telle volonté de créer une place publique dans le projet EDF : un lieu extérieur cette fois-ci, signalé par une spectaculaire marquise : «un lieu de rendez-vous, un espace offert au public... assez limité, j'en conviens», dit-il.

«On achète une magnifique tête de tour et elle finit en grillage», remarque Alexis Perret, le directeur général délégué de Nexity, qui dénonce au passage les différences entre «tours speculates» et «tours corporates». Les premières, destinées à l'investissement et au rendement, les autres, à l'image de marque de l'entreprise. Pour ce dernier cas, Alexis Perret salue le courage de Daniel Bouton, ex-PDG de la Société Générale, lors de la réalisation de la tour Granite (2008) signée Christian de Portzamparc. Au passage, la tour a été construite par Nexity.

04(@JPHH).jpgJean-François Gueullette, directeur général de la SEMAPA, regrette que les locaux techniques prennent place en sommet de tour pour être «déSHONés». Il préfère à cette concentration la répartition par étage comme proposée dans la Tour Pinnacle de KPF en cours de construction à Londres. Idem pour les doubles peaux, SHONées ou pas SHONées ? Welcome to gay Paris !

«Nous inventons des situations où les réglementations sont en perpétuel retard», résume Jean-Paul Viguier.

A défaut d’être mixtes, restait alors à évoquer la taille de ces tours. Idéalement, 160-180 mètres bien sûr ; de quoi satisfaire l'investisseur. Au delà de 200 mètres, il s'agit d'un ITGH, à savoir un Immeuble de Très Grande Hauteur et donc faisant encore l'objet d'une autre réglementation.

A moins de 100 mètres, le noyau devient trop coûteux. Il faut au moins 2.000m² à chaque niveau.

Les architectes n’en peuvent mais. Impératifs économiques et réglementations feront les arbitrages.

Cela écrit, les édiles rêvent encore. Ils rêvent de bonnes intentions. La pilule B3A, ils en débattent.

En attendant, Paris connaît un trouble de l’érection persistant.

Jean-Philippe Hugron

Réactions

JakeIsTheBest | Cadre | Ile-de-France | 17-03-2011 à 11:55:00

A quand les tours coSHONnes ? ;-)

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