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Cahier Spécial - Les enjeux de Batimat 2011 : décryptage

Présentation | Surélévations à Vienne, franchir la ligne rouge (23-03-2011)

Se (re)construire sur elle-même, Vienne l’a fait et continue de le faire au point que l’adage s’applique stricto sensu. La capitale autrichienne est passée maître dans l’art de la surélévation (Dachausbau) ; aussi, faut-il lever la tête pour apprécier l’architecture contemporaine. Heinz Lutter, architecte viennois, revient sur ces opérations spectaculaires.

Extension | Batimat | Logement individuel | Vienne | Heinz Lutter

La demeure de L’homme sans qualité : «le rez-de-chaussée était du XVIIe, le parc et le bel étage portaient la marque du XVIIIe, la façade était remise à neuf et légèrement gâtée au XIXe, de sorte que l’ensemble avait cet air 'bougé' des surimpressions photographiques», écrit Robert Musil.

L’air bougé donc, Vienne surajoute une strate contemporaine. Non loin du Ring, Falkestrasse, émerge d’une façade, elle aussi quelque peu gâtée, une structure complexe conçue en 1988 par Coop Himmelb(l)au. Depuis, la proposition fit des émules et, vue de l’extérieur, depuis un pays où l’herbe est moins verte qu’ailleurs, la capitale autrichienne paraît exemplaire.

A Vienne, toutes mansardes devient désormais l’objet de convoitise et promet d’offrir le potentiel pour la création d’appartements de luxe à l’architecture affirmée. Harmonie ou provocation, parasite ou symbiose fonctionnelle ? Le sujet fait débat.

«Les toits sont le seul endroit où l’on peut adopter un langage contemporain dans une ville somme toute conservatrice», explique Heinz Lutter. Du point de vue réglementaire, l’équivalent du plan d’occupation des sols permet d’augmenter la hauteur des bâtiments et, bien souvent, «à la seule condition de partir à 45° au dessus du toit», précise-t-il.

Un système dérogatoire est toutefois mis en place et revient à une instance publique, MA19, «composée principalement d’architectes n’ayant que rarement exercé en agence et qui est responsable de la Stadtbild, soit de l’image urbaine», explique Heinz Lutter. Cela dit, aucune politique incitative n’est menée par la municipalité.

02(@MargheritaSpiluttini)_S.jpg «Il y a deux possibilités. Le plus souvent, ce sont des promoteurs qui achètent et rénovent l’existant et qui saisissent l’opportunité de surélévation pour réaliser le plus gros volume possible ou, dans une minorité de cas, ces opérations sont uniquement liées à la réhabilitation de combles. La majorité de nos projets se sont faits avec des promoteurs», indique Heinz Lutter, lequel compte plus d'une douzaine de tels ouvrages rien qu'à Vienne.

Façadisme ? «En général, il ne serait pas rentable de faire une nouvelle structure. Les projets se posent donc sur l’existant. Il s’agit d’enlever le toit puis de couler une chape de béton et enfin d’élever une structure».

Rentabiliser le foncier plus que densifier la ville, les surélévations sont la partie émergée de réhabilitations intéressées ou, comme souvent, le seul chantier entrepris au sein d’immeubles occupés. «Il est très rare de trouver un immeuble vide», soutient Heinz Lutter.

03(@MichaelaRuttmann).JPG«Par ailleurs, construire sur un toit implique l’obligation légale d’installer un ascenseur», précise l’architecte. «Créer une extension est considéré comme une réalisation neuve et, dans ce cas, à partir de trois étages, tout bâtiment doit comprendre un ascenseur», dit-il. Réaliser, seul, la restructuration de combles ou la surélévation d’un immeuble est, en conséquence, rendu difficile.

A l’échelle d’un immeuble, un propriétaire unique évite donc les désagréments de la copropriété et facilite ces opérations d’autant plus que les aléas administratifs sont réglés «bien avant la construction, durant le contrat de vente», indique l’architecte.

Pour faciliter le chantier et, surtout, d’un point de vue structurel, les surélévations réalisées sont 'légères'. «Nous faisons une structure principale en acier puis une structure secondaire en bois. Aujourd’hui, la tendance est à la préfabrication des éléments», explique Heinz Lutter.

04(@MargheritaSpiluttini).jpg'Spitalgasse' est un projet «amusant» de l’architecte, qui en rit encore : «nous nous sommes joués des règlements», assure-t-il. Au coeur d’Alsergrund, le IXe arrondissement de la capitale, la masse bleue de la surélévation détonne. Comprenant treize appartements et haute de deux niveaux, elle complète de son étrange volume une construction 'fin de siècle'. Le parti audacieux conçu par Heinz Lutter provoqua en 2003 un élan de contestation de la part des riverains.

«Victoire ! C’était une provocation», lance l’architecte et l’extension de Spitalgasse de s’inscrire parmi ces pieds de nez architecturaux si caractéristiques du paysage viennois. «J’ai décidé de ne pas rentrer dans les cases. J’ai dessiné une ligne rouge qui délimite la frontière entre l’ancien et le nouveau afin de démontrer qu’il était possible de faire des choses inattendues», raconte-t-il, riant encore et toujours de l’exploit accompli.

05(@MichaelaRuttmann)_S.JPG«Ce sont des réflexions purement fonctionnelles qui ont dicté la forme. Le 'bond' en arrière a permis la création de terrasses, celui en avant d’avoir plus de surface à l’étage ; il fallait donner à l’intérieur une forme intéressante», argumente-t-il et le projet de s’inscrire malgré tout dans le velum.

Spitalgasse permet à l’architecte de démontrer les possibilités offertes par les surélévations. Alserbachstraβe, Albertgasse, Operngasse, Taborstraβe, Meidlinger Hauptstraße ont été ou sont autant d’adresses pour Heinz Lutter de franchir, à nouveau, la ligne rouge.

Jean-Philippe Hugron

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