vmz

Le Courrier de l'architecte - Retour à l'accueil

Entrez votre e-mail pour vous inscrire

Visite | Un discret bijou signé Suzel Brout (30-03-2011)

Audacieuse opération d’extension et de restructuration, la résidence de jeunes travailleurs Diderot dans le XIIe arrondissement de Paris livre sa superbe. Conçu par aasb (Agence d’architecture suzelbrout) et inauguré en mars 2011, l’édifice métallique se caractérise par la dilatation des espaces minimums et un soin du détail rare pour ce type de programme.

Réhabilitation | Extension | Logement collectif | Aluminium | Paris | Suzel Brout

Depuis le boulevard Diderot, la place de la Nation apparaît presque dans toute sa symétrie. Le Triomphe de la République au centre, les colonnes de la barrière du Trône de part et d'autre. Au n°125 du dit boulevard, un foyer de jeunes travailleurs, lui aussi inscrit dans une composition monumentale, plus discrète, pour ne pas dire invisible, pour qui arpente l'artère.

L'édifice livré par Suzel Brout est en effet au coeur du domaine de la Fondation Eugène Napoléon, conçue en 1856 par Jacques Hittorff, dont le dessin fut quelque peu malmené dans les années 60 par une construction niant toute historicité.

Abritant un foyer de jeunes filles, l'immeuble est racheté dans les années 2000 par la Régie Immobilière de la Ville de Paris (RIVP) qui lança en 2006 un concours pour sa réhabilitation à l'issue duquel Suzel Brout fut retenue face à Olivier Chaslin et Atelier Philéas.

«Notre projet était vraisemblablement le plus clair», suppose l'architecte. Le concept initial reposait en effet sur la répartition simple entre parties restructurées et parties neuves, ces dernières étant conçues en structure métallique.

02(@aasb)_B.jpg«Nous souhaitions un chantier propre et rapide. Nous avons, à l'agence, mené avec satisfaction des chantiers secs. Par ailleurs, nous voulions introduire une certaine flexibilité [dans le programme]», explique-t-elle. En d'autres termes, avoir de grandes portées et des cloisons sèches pour, dans dix ou vingt ans, permettre aisément toute nouvelle restructuration.

La volumétrie de l'édifice existant s'est donc vue modifiée et animée, même s’il s'agissait avant tout de profiter des possibilités offertes par le PLU. De fait, in fine, l’ensemble des proportions découle peu ou prou des réglementations. «Nous ne pouvions être à la même hauteur partout», confirme l’architecte. L'extension de neuf étages perd ainsi un niveau côté jardin au nord et deux niveaux côté rue au sud.

Le projet s’est plié d'autant plus au contexte qu'il tente, tant bien que mal, de rectifier l'erreur commise quelques décennies plus tôt. Ainsi, avec l'architecte des bâtiments de France, Suzel Brout a travaillé le positionnement de la salle polyvalente et créé une transparence de part et d'autre de l'édifice pour retrouver l’axe de composition originel.

03(@DR)_B.jpgContrainte, la parcelle offrait toutefois diverses possibilités créatives, notamment celle d'étendre la structure de part et d'autre du bâtiment existant, choix que l’agence n’a pas retenu. «Nous ne trouvions pas utile de travailler sur les deux côtés. En ce cas, nous aurions du concevoir un immeuble plus bas et nous n'aurions pas pu être aussi rigoureux dans la construction», précise-t-elle. Et pour cause, l'extension côté jardin relevait déjà du pari.

Leslie Mandalka, collaboratrice de l'agence chargée deux années durant de suivre le chantier, rappelle les difficultés posées par le positionnement des rails à cassettes, un système mis au point avec Arcelor et l’entreprise Batex. «Nous voulions donner une épaisseur au projet. Nous avons mis au point un dispositif que peu d'entreprises étaient capables de mettre en place», indique Suzel Brout.

«En travaillant sur l'enveloppe, nous sortions des registres architecturaux. De plus en plus, la peau devient elle-même bâtiment et nous nous inscrivons au-delà du rapport forme/fonction», poursuit l'architecte qui a imaginé pour ce projet une «vêture» à même de forger l’identité de la construction.

En assumant mener un jeu libre de composition, Suzel Brout et ses collaborateurs ont expérimenté en agence les trames possibles du revêtement. A force de découpage et d'échantillonnage en papier, la trame fut progressivement calibrée, puis des prototypes furent présentés en chantier.

04(@DR)_B.jpgPour satisfaire plus encore l’identité du projet, trois couleurs, «uniquement complémentaires», ont été mises en oeuvre.

L'escalier de secours est en soi une expérience colorimétrique. Du premier étage, vert, au cinquième, orange, en passant par le troisième, violet, il s'agit à chaque fois de caractériser les niveaux et d'aucuns peuvent, d’ailleurs, s'étonner d'une cage aussi soignée.

Les lieux habituellement délaissés, par exemple les toits-terrasse et autres issues de secours, font ici l’objet d’un traitement soigné. Et puisque l’intention était de faire d’une enveloppe un bâtiment, Suzel Brout a réutilisé les panneaux métalliques comme ornement intérieur. Outre cette générosité matérielle, l’architecte propose, plus encore, une réflexion sur «le logement minimum» et la manière «de le faire paraître plus grand».

En témoignent les chambres, assurément. «La pièce se découvre», indique l’architecte. La porte franchie, d’aucuns voient, en face, la fenêtre. Le lit est alors invisible. «Nous avons conçu deux lieux en continuité, la chambre et la kitchenette et avons travaillé les décalages», précise-t-elle. «Dilatation» donc tant les 16m² de chacun des 141 logements en paraissent plus.

Côté extension, le bâtiment a gagné plus de cinq mètres en épaisseur et l’occasion a permis la création de balcons continus «pour se retrouver et créer la continuité du jardin».

Si le projet apparaît d’une grande qualité, outre la précision de Suzel Brout, c’est enfin que la maîtrise d’ouvrage a su y mettre les moyens pour parachever un projet qui approche les 3.000€/m², travaux de restructuration compris.

Jean-Philippe Hugron

Fiche Technique

Programme : 141 studettes + locaux de vie commune, restructuration et extension
Concours : 2006
Chantier : 2009-2011
Surface : 3.750m² Shon
Coût : 11,2 millions d’euros HT
RIVP, maîtrise d’ouvrage
ALJT, gestionnaire
aasb, agence d’architecture suzelbrout : Leslie Mandalka
SIBAT, bureau d’études : Jean-Claude Polus
Agence Neveux-Rouyer, paysagistes : Sébastien Hammond

Réactions

jacky | 19-10-2011 à 21:06:00

De loin la meilleure opération de "restructuration-extension" à Paris depuis des lustres. Beau projet.
Chapeau bas.

Réagir à l'article


tos2016
vz

Visite |Bernard Ropa a raccroché la lune

«Un cinéma en coque froide». Bernard Ropa, avec cette expression, aiguise la curiosité. Et pour cause, l’équipement que l’architecte vient de livrer à Montreuil s’inscrit dans un volume...[Lire la suite]

vz

Livre |L'architecture ‘'invisible' de Bernard Zehrfuss

Bernard Zehrfuss, Fitzcarraldo de Fourvière ? En s’appropriant les pentes de la colline sur laquelle, autrefois, se développaient les gradins de l’amphithéâtre de Lugdunum et en y logeant le musée...[Lire la suite]


vz

Visite |La bonne blague de Mendes da Rocha

C'est l'histoire d'un mec...du moins d'un architecte, plutôt connu, Pritzker, couronné, rien que cette année, d'un Lion d'Or et d'un Praemium Imperiale en plus d'être épinglé, par le RIBA, d'une Royal Gold...[Lire la suite]

vz

Présentation |Couvrez cette architecture que je ne saurais voir

L’art urbain, le tag, le graff… trouvent leur aise dans des friches industrielles ou dans quelques interstices improbables. Il en allait d’une conquête du territoire. Depuis, la pratique s’est institutionnalisée...[Lire la suite]

vz

Présentation |Un Musée Palestinien !

La politique par la pierre. Le premier réflexe d'une nation est souvent d'ériger un musée à sa gloire, un «musée national». Tel fut le cas au XIXe siècle mais aussi au XXe siècle, tout...[Lire la suite]

vz

Présentation |A Milan, du néo-Tadao

Après les réalisations de David Chipperfield et Rem Koolhaas, Milan exige une nouvelle étape : les silos Armani, inaugurés le 30 avril 2015. Son architecte ? Difficile de le savoir. Un communiqué...[Lire la suite]