vmz

Le Courrier de l'architecte - Retour à l'accueil International

Entrez votre e-mail pour vous inscrire

Portugal | Porto et le Pritzker, cas d'école (06-04-2011)

Le journaliste Manuel Correia Fernandes, dans l’édition du 3 avril 2011 du quotidien portugais Jornal de Noticias, à l'occasion de l’attribution du Pritzker 2011 attribué à Eduardo Souto de Moura, revient sur les conditions de l’émergence de «l’école de Porto», une nouvelle fois récompensée de la prestigieuse distinction.

Pritzker | Porto

Contexte
Eduardo Souto de Moura est, depuis le 29 mars 2011, lauréat du prix Pritzker. Il est le second architecte portugais à recevoir la distinction après Alvaro Siza Vieira en 1992. A travers lui, il s’agit d’une nouvelle consécration pour «l’école de Porto».
La ville au nord du pays abrite trente-cinq des collaborateurs de l’Atelier de Souto de Moura, ils ne sont que dix à Lisbonne. Selon l’architecte, ce prix récompense «une formation qui défend une architecture anonyme, bien faite mais anonyme, une architecture simple, objective et peu narrative».
JPH

PORTO ET LE PRITZKER
Manuel Correia Fernandes | Jornal de Noticias

Porto - NOTRE Pritzker n'existerait pas sans le génie de Siza et de Souto de Moura, encore moins sans Porto et le foisonnement culturel d’une ville qui a donné naissance à une telle «école».

Eduardo Souto de Moura est le Prix Pritzker 2011, en somme, le prix Nobel de l'architecture. Auparavant, Alvaro Siza Vieira avait été distingué en 1992, ainsi que Rem Koolhaas, hollandais, en 2000, qui a conçu en 1998 la Casa da Música.

Cela signifie donc que Porto présente actuellement trois oeuvres de Pritzker. Je ne sais si elle est ou non la seule ville au monde avec une telle concentration de ces prix mais le fait est là. Le nom de la ville est désormais lié à l'architecture comme un «art » qui, ces dernières années, s’est affirmé et qui, par conséquent, a été médiatisé, pas toujours pour les bonnes raisons mais souvent avec les meilleurs résultats. Cela dit, Porto est un cas dans cette pratique ancestrale qu’est «l'art de bâtir».

02(@Velcro.)_S.jpgD'abord parce que son école d'architecture a depuis longtemps acquis le statut de grande école à travers le monde. Bien sûr, ce succès est principalement dû aux deux Pritzker qui y ont appris et qui y enseignent. Mais pas seulement. Les fruits de la notoriété, à l’endroit même où l’expression de l’individualité compte peu, sont rarement ceux du hasard. Nous n’avons pas toujours conscience de ce qui arrive.

En effet, le Portugal - et Porto en particulier - commence à gagner en importance internationale dans le domaine de l'architecture et ce, bien avant le 25 avril*, avec l'action de deux personnages que l'érosion du temps a laissé dans l'obscurité et qu’il est désormais impossible de ne pas citer. Il s’agit de Ramos Carlos** et Nuno Portas***.

Carlos Ramos, architecte originaire de Porto mais de formation lisboète, a été directeur de l’école des Beaux Arts entre les années 40 et 60 et a lancé ce qui deviendra l’«école de Porto». Nuno Portas, également du nord et aussi de formation lisboète, permit la naissance de l’«école de Porto» en ouvrant l’une des portes de l’Europe, celle que représentait alors la ville de Barcelone. A l’époque, les premières oeuvres d’Alvaro Siza Veira finissaient de provoquer de vives impressions dans les milieux de l’exigeante culture architecturale de Barcelone et de Milan.

Alors, le Portugal et son architecture, en particulier, Porto et son école, conquièrent l’espace international avec le 'processo SAAL'**** auquel se sont associés des architectes déjà consacrés et internationalisés.

03(@DR)_S.jpgIl faut ajouter le nom de Fernando Távora comme un maître qui fit le lien entre tous. Souto de Moura, étudiant et comme beaucoup de ceux qui étudièrent à l’«école», intégra les équipes de travail qui, pendant l’une des périodes les plus fécondes de l'histoire urbaine et architecturale (1974 à 1976) du pays, ont produit un travail qui s’affirme aujourd’hui comme un remarquable exemple d'engagement civique, professionnel et éducatif.

Telle était la cohérence de ce «début», un «investissement» que seul un effondrement aurait pu traîner au sol. En effet et heureusement, l'expérience n'a pas été perdue car elle a servi à consolider ce qui était déjà la deuxième phase appelée «école de Porto».

Laquelle est caractérisée par la fixation d'un modèle d'enseignement et d'apprentissage lié au génie du lieu dans un contexte réel, sans stéréotype, par la fixation d’une méthode de travail fondée sur la rationalité et la créativité et par l’adoption d’une praxis qui, à son tour, ne pouvait donner d’autres fruits que diverses reconnaissances universelles comme, entre autres, le Pritzker.

Manuel Correia Fernandes | Jornal de Noticias
03-04-2011
Adapté par : Jean-Philippe Hugron

* 25 avril 1974, date de la Révolution des Oeillets qui mit fin à la dictature salazariste

** Carlos Ramos (1897-1969) architecte portugais, membre, aux premières heures du modernisme portugais, d’une «génération de transigeants» qui renonçait à certains idéaux afin de garantir sa survie professionnelle. Influencé par l’art déco puis directeur de l’école des Beaux-Arts de Porto, il promeut alors la liberté d’expression : «Máxima liberdade com máxima responsabilidade» : plus de liberté avec plus de responsabilité aurait été sa devise.

*** Nuno Portas (1934), architecte portugais qui, entre autres, participa aux trois premiers gouvernements post-Salazar, fut l’un des pères du processus SAAL, enseigna à Barcelone, Paris, Milan et Rio et participa à la conception des plans d’urbanisme de l’Expo 98

**** processo SAAL ou processus SAAL (Serviço Ambulatório de Apoio Local) est un programme post 25 avril élaboré entre autres par Nuno Portas. Il s’agissait, selon son concepteur, de donner «une grande importance à la décision des habitants, depuis le choix de la typologie jusqu'à celui de la construction». L'ambition était d’assurer des échanges entre architectes et habitants des bidonvilles afin d’imaginer leur futur logement. Le programme privilégiait le processus par rapport au produit.

Réagir à l'article


tos2016
vz

Visite |Keramis et les cinq mousquetaires

Un bâtiment en peau de girafe. La proposition est étonnante d’autant plus qu’elle revêt le musée de la céramique de La Louvière. Sans doute faut-il y voir une allusion aux craquelures du...[Lire la suite]

vz

Visite |Keramis et les cinq mousquetaires

Un bâtiment en peau de girafe. La proposition est étonnante d’autant plus qu’elle revêt le musée de la céramique de La Louvière. Sans doute faut-il y voir une allusion aux craquelures du...[Lire la suite]


vz

Projet |Quand c'est trop, c'est Kengo !

Le refrain est bien connu. La surprise feinte par les traîtrises d’ouvrage est désormais un brin déplacée. Imaginez un projet de musée conçu par un label-architecte dont le prix initialement fixé...[Lire la suite]