Dans un article paru le 15 avril 2011 dans la rubrique arts et culture de la version en ligne de l’hebdomadaire conservateur britannique The Spectator, créé en 1828, la journaliste Clarissa Tan souligne les ambitions de Zaha Hadid en Chine, à commencer par l’Opéra de Canton (Guangzhou) inauguré en février 2011 sous l’égide de la starchitecte.
Contexte
Conçu par l’architecte anglaise d’origine irakienne Zaha Hadid, première femme lauréate du Pritzker Prize, en 2004, l’Opéra de Canton se déploie sur 70.000 mètres carrés au sein de «deux galets jumeaux» surplombant la rivière des Perles. L’un abrite un auditorium de 1.804 places, l’autre une salle multifonction de 443 places.
«L’Opéra doit jouer un rôle dans son contexte culturel comme dans son site», souligne Zaha Hadid. «Quand nous avons conçu le bâtiment, nous n’avons pas tant réfléchi en termes de métaphore que d’analogie, d’analogie paysagère, l’architecture exprimant les courbes du paysage», dit-elle.
«La structure en acier est entièrement asymétrique et, quoique complexe, incarne la combinaison de techniques anciennes et de nouvelles technologies. Afin d’assurer la rigidité de l’ensemble, les 59 joints d’acier de la structure principale sont tous différents, moulés en sable et assemblés avec précision grâce à des systèmes laser et de positionnement GPS», explique l’architecte.
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ZAHA HADID A L'ASSAUT DE LA CHINE
Clarissa Tan | The Spectator
Guangzhou - Zaha Hadid s’adresse à un vaste auditoire en Chine mais elle n’est pas satisfaite de son estrade à la forme de losange irrégulier. L’oeil de l’architecte anglaise est sceptique. «Pour votre information, quand vous concevez une estrade, il faut prévoir l’espace de s’accouder», dit-elle. D’ajouter sèchement espérer que ce n’est pas son agence qui a dessiné l’objet.
Au tour de l’arrangement floral. «C’est très bien mais pas pour moi, merci». Composant une pyramide conventionnelle, les deux bouquets disposés à ses côtés semblent en flétrir. Plus tard, deux hommes en uniforme s’empresseront sur scène pour retirer les offensifs bouquets hors de sa vue.
Il est difficile de dissocier la flamboyante personnalité de Zaha Hadid de son architecture non moins départie de tabous, en particulier lorsque l’architecte se tient au sein de sa dernière création, cette merveille granitique de 130 millions de livres qu’est l’Opéra de Guangzhou.
L’architecture futuriste, parfois aliénante, de Zaha Hadid a certes ses détracteurs mais il est difficile de ne pas être impressionné une fois dans les entrailles du bâtiment, un auditorium de 1.800 sièges dont les murs, sols et panneaux couleur or ondulants sont illuminés de centaines de minuscules lumières faisant l’effet de bulles dans une flûte de champagne.
Depuis l’extérieur, l’Opéra de Guangzhou - dont d’aucuns disent qu’il a remplacé celui de Sydney en originalité et superbe - a l’apparence de deux galets (l’un plus important que l’autre) émergeant des berges de la rivière des Perles, laquelle traverse la troisième ville la plus vaste de Chine. Avec des bâtiments tels le MAXII de Rome et le futur Centre aquatique de Londres, en cours, l’Opéra représente l’obsession 'topologique' de Zaha Hadid, une obsession qui résulte en des constructions émergeant du paysage telles d’immenses édifices organiques.
A l’intérieur, l’espace se déploie en formidables volutes blanches, grises ou noires, tous concepts traditionnels de forme, échelle, enjeu, symétrie, couleurs, confort et espaces sagement délimités par des murs pouvant aller au diable. Bien évidemment, les équipements technologiques sont à la pointe du marché, dont l’acoustique signé Paramount, afin de donner l’impression, au sein des salles de répétition aux courbes entrelacées, d’être lové au sein d’une conque géante parfaitement insonorisée.
Ce projet est la première livraison chinoise de Zaha Hadid, plus précisément de son agence Zaha Hadid Architects. Une agence qui voit grand. Soit des projets à Pékin et Shanghai, ainsi que l’Innovation Tower à Hong Kong. Elle veut aussi concevoir davantage de centres culturels à Chengdu et Nanjing et aspire au bijou de la couronne : les nouveaux locaux du Musée National de Pékin.
Sans aucun doute, Zaha Hadid est devenue une formidable marque internationale et tous les pays à croissance rapide veulent une part du gâteau. L’armada de Zaha Hadid, environ 350 architectes, s’affaire sur le Dongdaemun Design Park à Séoul, le Next Gene Architecture Museum à Taipei, le d’Leedon à Singapour - ensemble résidentiel composé d’appartements de luxe répartis dans sept tours - et le pont Sheikh Zayed à Abu Dhabi. Pour n’en citer que quelques-uns.
Si l’agence Zaha Hadid Architects doit à juste titre garder un oeil sur les bouleversements du marché moyen-oriental, il semble cependant que les commandes en provenance du reste du monde iront en s’intensifiant.
La Chine, en particulier, fait montre d’appétit pour son travail. Le pays ne semble pas préoccupé, pour l’instant, du fait que nombre des splendides bâtiments ambitionnés sont des éléphants blancs : la plupart des travailleurs cantonnais n’ont ni l’argent ni l’envie d’assister à un spectacle d’Akram Khan, lequel fut mis en scène à l’occasion de l’inauguration de l’Opéra. Le pays veut simplement des architectes de renoms pour concevoir des bâtiments hors du commun. Herzog & de Meuron, Paul Andreu, Rem Koolhaas : la Chine a invité tous ces architectes à l’appréhender comme une gigantesque cours de récréation, pour le meilleur comme pour le pire des résultats.
Les honoraires des architectes et ingénieurs anglais en Chine ne sont d’ailleurs pas négligeables. Par exemple, la plus haute tour jamais construite par un architecte anglais, la Kingkey Financial Tower de 100 étages à Shenzhen, signée Sir Terry Farrell, dépasse de plus d’un tiers le London’s Shard. Entre-temps, l’agence Foster & Partners fut impliquée dans la construction du terminal 3 de l’aéroport de Pékin.
Au sein de son pays d’adoption (elle est née à Bagdad), Zaha Hadid va bientôt inaugurer son Musée Riverside à Glasgow. Cependant, ainsi que le souligne Jonathan Glancey, du Guardian, il y a ironie dans le fait qu’elle ait conçu un bâtiment ressemblant fortement à l’Opéra de Guangzhou durant les années 1990. Le projet était destiné à Cardiff mais ne se concrétisa pas.
Sans doute, il y a des limites à l’architecture grandiose et musclée qu’un seul pays peut accueillir. Pour autant, si Zaha Hadid est à l’assaut de la Chine, il ne faut pas oublier que la Chine est à l’assaut de Zaha Hadid.
Clarissa Tan | The Spectator
15-04-2011
Adapté par : Emmanuelle Borne
Fiche technique Opéra de Guangzhou
Client : The Guangzhou Municipal Office
Architectural Design : Zaha Hadid Architects
Venue Operations & Management : The Guangzhou Opera House Management Co.,Ltd.
Acoustics : Consultant Marshall Day Acoustics
Stage Machinery Consultant : ENFI Engineering Corporation, China
Lighting Design : Beijing Light & View Co.,Ltd.
Site Area : 42.000m²
Construction Floor Area : 73.019m² (above ground : 40.558m² ; underground : 32.461m²)
Above ground : 7 Levels ; Underground : 4 Levels
Opera House : 1.804 seats
Multipurpose Hall : 443 seats
Cost : 1,38 Billions RMB
Baoan | architecte | Belgique | 21-04-2011 à 09:56:00
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