Ne pas se fier «à l’austérité extérieure» du bâtiment. Composé de béton brut, le collège Akanedai, au Japon, épouse la topographie mouvementée de son site. Le plan de l’édifice intègre même, dans un rapport soit poreux soit analogique, les espaces extérieurs. Derrière les lignes «raides» de l’école, place aux parcours variés et au soin du détail.
«Sans doute, nous faisons comme monsieur Jourdain, de l’architecture japonaise sans le savoir... tout en le sachant». Manuel Tardits, co-fondateur avec Kiwako Kamo, Masashi Sogabe et Masayoshi Takeuchi de l’agence japonaise Mikan en 1995, raconte le parti pris à l’origine du Collège Akanedai à Yokohama, livré peu de temps avant le tremblement de terre et le tsunami du 11 mars dernier.
«Ce projet est le résultat d’un concours ouvert sur esquisse organisé par la ville de Yokohama en 2008», précise l’architecte. Publics ou privés, les concours d’architecture japonais n’étant pas rémunérés, «cette esquisse était très légère». Un simple croquis donc, évocateur sans doute.
«Le collège (10.000m²) s’implante sur un terrain de 21.000m² composé de quatre plateaux en cascade, qui se surplombent les uns les autres avec quatre mètres de différence entre le plateau haut, au sud-ouest et le plateau bas, au nord-est». En écho à ce relief, Mikan choisit, «à l’inverse du parti le plus rationnel», qui aurait été de concevoir un bâti compact pour réduire les distances, de s’étendre sur le terrain et de jouer des courbes de niveau.
Précisément, «nous voulions créer des terrasses et concevoir un bâtiment troué de cours, de patios», explique l’architecte. Si le projet est fragmenté, «l’intention n’était pas de concevoir un bâtiment proliférant mais, en jouant avec la topographie, d’intégrer les zones extérieures aux espaces construits».
Une fois le concours remporté, ce parti architectural s’est bientôt précisé : «le bâtiment est composé de deux grandes zones : la zone nord-est et la zone sud-ouest. Chacune est percée de cours et de patios». Sans compter le terrain de sport au nord-ouest et le terrain sud-est où est prévue la construction d’une piscine.
Autre composant essentiel du projet Mikan, pour l’instant invisible : «nous avions imaginé un bâtiment au fond d’une forêt». En clair, la périphérie du collège est plantée d’arbres, lesquels constitueront un poumon vert au coeur d’un quartier résidentiel «certes doté de jardins mais à la végétation peu généreuse».
«D’aucuns imaginent les Japonais comme de grands amis de la nature. Un poncif démentit par la réalité. La mairie de Yokohama nous a en effet imposé de supprimer des arbres sur demande des riverains qui n’aiment pas les feuilles qui tombent».
Faut-il voir dans la porosité entre espaces intérieurs et extérieurs un autre truisme nippon ? «Il n’y a là aucune volonté prédéfinie même si, sans doute, ce rapport est très japonais». Une relation qui emprunte, à l’intérieur du bâtiment, à l’analogie. «Le bâtiment est parcouru de longs couloirs. Pour rompre avec ces circulations kilométriques desservant les salles de cours, les couloirs s’agrandissent à l’occasion pour former des placettes intérieures, à l’image des places de village».
Immaculées, ces poches ont pour vocation d’être souples. «Elle servent d’espace de réunion extrascolaire ou d’endroit où manger car les écoles japonaises ne sont pas dotées de cantines. Serties de rideaux, elles permettent également aux écoliers de se changer pour les activités scolaires», souligne Manuel Tardits.
Bref, Mikan a exploité «toutes les options possibles» en matière d’imbrication entre dehors et dedans. Placettes intérieures, jeu de terrasses et encore balcons filants aux étages créent des parcours variés et favorisent une «liberté de mouvement». «Sans doute un autre thème japonais», concède l’architecte.
A ce titre, Manuel Tardits insiste davantage sur les matériaux utilisés à l’intérieur du collège et sur le souci de la petite échelle.
Au mobilier en bois conçu par Mikan fait ainsi écho le traitement des espaces intérieurs. «Le bois est un matériau typique que nous prenons beaucoup de plaisir à travailler», dit-il. Compte tenu du budget, un contreplaqué se rapprochant de l’érable, clair et peu veiné, recouvre les murs du gymnase et des salles de cours type. Le dojo est fait du même bois mais teinté en sombre. Vitrée et de plain-pied, la bibliothèque est elle aussi tapissée de bois sombre. «Les livres apportent des tâches de couleur», souligne l’architecte.
Medium pour les ateliers d’art, peinture blanche brillante pour les salles particulières tels les salles de chimie, «la richesse du bâtiment réside, outre les parcours, dans ce traitement diversifié des surfaces intérieures». Une manière de contrebalancer l’aspect «austère» des façades extérieures en béton brut.
Compter deux ans à peine entre la première esquisse (en 2008) et l’érection du bâtiment, dont un an de chantier pour 10.000m². «Même si les chantiers sont toujours rapides au Japon car toutes les phases amont sont calées, la contrainte de temps fut la principale difficulté de ce projet», souligne Manuel Tardits.
Ayant ouvert ses portes à la mi-avril 2011, sans retard malgré les récentes catastrophes ayant endeuillé le pays, le collège Akenadai n’a par ailleurs pas souffert de la pénurie de matériaux, «notamment de contreplaqué», affectant aujourd’hui le Japon.
Un moindre mal. En effet, en-deçà de la menace radioactive, il est frappant pour qui connaît Tokyo «de découvrir les rues du quartier de Ginza privées d’électricité», note l’architecte. Doucement, la vie reprend son cours. Ce collège flambant neuf, l’école Akenadai, évoque in fine l’aspect phénix de l’archipel.
Emmanuelle Borne
Fiche technique
Maître d’ouvrage : ville de Yokohama
Maître d’oeuvre : Mikan (Kiwako Kamo, Masashi Sogabe et Masayoshi Takeuchi, Manuel Tardits)
Programme : collège
Surface terrain : 21.514m²
Surface totale construite : 10.707m²
Concours : juin 2008
Phase études : juillet 2008-mars 2009
Chantier : octobre 2009-mars 2011
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