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Chronique | Renzo Piano à Londres, enfin ! (27-04-2011)

Progrès technologique, façades en céramique, couleurs acidulées, contraste audacieux et revitalisation d’un quartier entier. C’est ainsi que Renzo Piano fait sa réapparition à Londres. Un retour en force qui non seulement rendra l’âme à un morceau de ville mais marquera à jamais la capitale anglaise.

Logement collectif | Bureaux | Commerces et hôtels | Londres | Renzo Piano

Central Saint Giles est un quartier situé au coeur de Londres. A deux pas de la fameuse Oxford Street - l’avenue commerçante la plus longue du monde -, cet important carrefour est le point de rencontre des secteurs de Covent Garden et Soho.

Malgré cet emplacement avantageux, cette fraction de ville enclavée dans un environnement architectural historique qui allie brique et pierre n’arrive pas à attirer l’attention souhaitée. D’où la décision de remplacer un ancien bâtiment datant des années 50 (qualifié de «bunker») par une nouvelle construction capable de rehausser le quartier en lui apportant la note d’originalité qui trouvera l’aval du plus grand nombre.

Depuis 2004, la politique de l’ancien maire de Londres, Ken Livingston, autorise plus de liberté sur la hauteur des édifices - une démarche jusque là jugée perturbatrice de la ligne d’horizon de la ville - et porte une attention accrue à la reconstruction et la revitalisation de ces quartiers urbains négligés à cause des problèmes sociaux qui s’y concentrent.

Le choix de Renzo Piano pour mener à bien ce projet n’est pas anodin. Né à Gênes, cette ville méditerranéenne où les édifices de différentes époques cohabitent, l’architecte italien revendique sans cesse l’idée selon laquelle la réussite d’un projet est liée à sa capacité de s’insérer dans la ville. L’urbanité le préoccupe et, pour lui, l’architecture ne se limite pas à une simple forme, aussi originale soit-elle. A l’image de sa ville natale, il aime créer la surprise dans la cité en glissant délicatement chacune de ses constructions dans son contexte.

02(@sericea)_S.jpgLondres a toujours tenu une place importante dans la vie de l’architecte. Renzo Piano y a commencé sa carrière en 1969 et y exerçait quand, en 1971, il a gagné avec Richard Rogers la compétition du projet Centre Pompidou de Paris (Beaubourg), l’un des projets les plus significatifs de son époque. C’est à Brook Street qu’il travaillait ; il connait donc bien la ville, ses quartiers et sa maille urbaine. Ainsi, Londres est-elle le point de départ de son architecture.

En 1981, il fonde à Paris et à Gênes 'Renzo Piano Building Workshop' et, après de nombreux projets prestigieux tant à Paris qu’à Chicago en passant par Osaka, le  'Starchitecte' fait enfin en 2002 son retour dans la capitale anglaise, non pour ouvrir une nouvelle succursale mais pour rendre son âme à l’un des quartiers de la mégapole.

Pour la première réalisation anglaise de cet architecte ayant pourtant de nombreuses attaches avec Londres, ce sera donc Central Saint Giles, un complexe multifonctionnel qui regroupe des bureaux, des logements (109 appartements) et des commerces dans une seule entité et occupe une parcelle jadis délaissée.

03(@MartinDeutsch).jpg Le coeur de la conception est consacré à une «piazza» qui devient le point de rencontre principal et articule les différentes fonctions tout autour. Concernant la hauteur, le projet se situe à mi-chemin entre les aspirations de la ville verticale soutenue par Ken Livingston et la modeste éminence des maisons historiques des quartiers avoisinants.

Pour ce qui concerne les questions environnementales et l’impact de l’édifice dans le paysage urbain, une consultation minutieuse et un débat fructueux furent organisés auprès du public concerné.

Ainsi est né un projet haut en couleurs où la technologie fait corps avec le côté social et urbain. Une réalisation qui ne laisse personne indifférent même si les réactions que suscite l’ouvrage restent néanmoins mitigées.

04(@EGFocus)_B.jpg«Beaubourg n’était pas le symbole de la technologie mais une parodie. C’est évident, on avait poussé l’ironie jusqu’à l’extrême», avait un jour expliqué Renzo Piano. Aurait-il réagi de la même façon vis-à-vis de ce quartier londonien ? Pas forcément et les quarante années qui séparent la construction des deux édifices en sont une explication.

Malgré tout, avec Central Saint Giles, Renzo Piano a réussi un important pari, celui de la renaissance d’un secteur désuet et sa propulsion vers l’avant-scène architecturale londonienne. Les six couleurs utilisées (rouge, jaune, orange, vert, gris et gris clair) pour orner les façades en céramiques qui, au début, ont été matière à discorde, font aujourd’hui partie intégrante de la ville et rappellent même des teintes utilisées sur d’autres façades londoniennes beaucoup plus anciennes.

Ce quartier sorti de l’anonymat est l’illustration que l’architecture reste cette discipline polyvalente où l’architecte est à la fois concepteur et acteur. Ici, la plastique de l’immeuble se confond avec la façade sociale de l’urbanisation de la ville.

Le retour de Renzo Piano à Londres ne se limite pas à cette résurrection. Alors que Central Saint Giles affiche fièrement sa joie de vivre, dans le ciel londonien s’élève un autre projet griffé Renzo Piano, 'The Shard', une construction qui, à son tour, métamorphosera pour longtemps l’aspect de la ville.

«Nothing great in the world has been accomplished without passion». Cette citation, inscrite sur la page d'accueil du site Internet consacré à Central Saint Giles, en est l’affirmation.

Sipane Hoh

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