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Présentation | A Saint-Denis, Mikou Design Studio fait école (27-04-2011)

Livré en janvier 2010, le groupe scolaire du Bailly à Saint-Denis étonne par son parti. Depuis la rue, quelques pans obliques aux couleurs marquées caractérisent l'édifice. Confié en 2006 à Mikou Design Studio (Salwa et Selma Mikou), le projet, en plus de s'intégrer au site, propose une dilatation des espaces. «Dare di piu» lance Salwa Mikou. Explications.

Bâtiments Publics | Education | Saint-Denis | Mikou Design Studio

Il est 20h00, rue du Louvre et l'agence s'affaire encore à déterminer quelques détails. A l'entrée, sur la table de réunion, un plan. Quelques modifications minimes.

A l'heure où la tension semble désormais redescendre d'un cran, Salwa Mikou profite de cette rencontre en agence pour présenter au Courrier de l'Architecte un projet qui lui tient particulièrement à coeur : le groupe scolaire du Bailly à Saint-Denis. Et pour cause, premier concours, premier projet remporté et ce, à l'unanimité. En 2006, ce succès pour les deux soeurs et leurs deux collaborateurs s'avérait prometteur pour la suite.

«Les écoles sont parmi les projets les plus délicats. Nous avions ici trois programmes en un», indique l'architecte. En plus d'une école maternelle, le bâtiment accueille une école élémentaire et un centre de loisirs.

A la complexité programmatique s'ajoute la nécessaire différenciation des parcours et le partage des espaces. La question des flux invitent les architectes à concevoir un dessin organique qu'une parcelle étroite rend toutefois difficile.

Entre la rue du Bailly et l'emprise ferroviaire, le manque de profondeur oblige à l'ingéniosité. «Nous voulions éviter une orientation ouest et maîtriser les apports solaires. Pour attraper le nord et le sud, il nous a fallu nous positionner en lanières», explique Salwa Mikou.

Eviter l'empilement et l'effet de barre est un objectif. Trois entités ont donc été dessinées et marquent le plan. Une galerie, «épine dorsale du projet» relie l'ensemble et permet, entre autres, un parcours «propre» vers le réfectoire. Vitré, ce corridor anime la façade de par son activité. Distribuant les deux écoles et le centre de loisirs, il donne au projet sa cohérence.

02(@MikouDesignStudio)_S.jpgA mesure que les contours de l'édifice se précisaient, le linéaire de façade augmentait. «Le bureau d'études nous disait que c'était sa côte bretonne», s'amuse encore Salwa Mikou. Toutefois, l'audacieux parti, aussi efficace soit-il notamment pour la mise en oeuvre d'une sur-ventilation nocturne, implique un surcoût.

«Il était difficile de rentrer dans les 6,7 millions d'euros du budget. Toutefois, nous y sommes arrivées. Des ajustements ont été faits pour préserver la dimension ouverte et lumineuse du projet», indique-t-elle. Le parti architectural jouant notamment du contexte est légèrement corrigé, certains parements en brique noire sont abandonnés.

Du site, Salwa et Selma Mikou ont retenu les imposantes «cathédrales», reliquat d'une intense activité industrielle passée. De ces présences «poétiques», faites de briques et de lanterneaux, les architectes se sont inspirées pour confectionner une architecture adaptée.

03(@Kleinefenn)_S.jpg «Nous recherchions une spécificité quand l'idée du shed nous est apparue pouvoir donner une lisibilité au projet», explique Salwa Mikou. A l'horizon, les pans coupés, multicolores, réinterprètent l'histoire d'un territoire.

Plan et sheds caractérisent donc un projet et servent la spatialité d'un programme pourtant rigoureux. Salwa et Selma Mikou ont opéré une «dilatation de l'espace» à la fois verticale et horizontale.

A l'étage, les sheds offrent une généreuse hauteur sous plafond. En rez-de-chaussée, leur absence est compensée par l'ouverture des classes sur des jardins. «Nous voulions offrir le plaisir de pouvoir sortir dehors», souligne-t-elle.

«Dare di piu», lance l'architecte. «Nous avons donc réussi à dégager deux jardins en plus». Jeu de l'intérieur et de l'extérieur, le projet joue des transparences et des vues. Les aplats de couleurs présents dans les salles de classes se poursuivent au dehors et donne une autre lecture du groupe scolaire. «Nous avons défini avec Ruedi Baur une palette de couleurs issue des vitraux de la Basilique de Saint-Denis», explique Salwa Mikou.

04(@Kleinefenn)_S.jpgPremière collaboration avec le designer franco-suisse, il s'agissait «de faire jouer un rôle à la couleur sans se tromper. Nous avons travaillé avec des maquettes au 1/20e puis avons fait des essais sur le site», dit-elle.

Forte de cette première expertise, l'agence obtient cinq autres projets d'établissements. Parmi eux, le groupe scolaire de Bobigny, le collège Jean Lurçat de Saint-Denis et l'école des docks à Saint-Ouen sont en chantier.

Si chaque site impose sa propre problématique et si chaque réponse est différente, certaines considérations notamment liées aux orientations demeurent. Tout dessein tente «une interprétation du programme» et, allant parfois au delà, propose des espaces en sus : jardins intérieurs et cours suspendues.

De programmes rigoureux aux faibles interstices, Salwa et Selma Mikou tenteront toujours de «donner un peu plus».

Jean-Philippe Hugron

05(@MikouDesignStudio)_B.jpgFiche Technique

Architecte : Mikou Design Studio
Maître d’ouvrage : Ville de Saint Denis
Programme : école maternelle, école élémentaire, centre de loisirs, restauration
Budget : 6.7M€
Surface : 3.900m²
Lieu : Ville de Saint Denis
Date : Concours 2006 - Livraison janvier 2010

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