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Présentation | Dar Hi à Nefta, l'objectif 'Dunes' de Matali Crasset en Tunisie (11-05-2011)

Tunisie. Le Chott* El-Jérid offre un paysage saisissant. D'aucuns voulant immortaliser la mer de sel poursuivent la route de Tozeur. A quelques kilomètres, Nefta. Matali Crasset, designer, a livré en 2010 dans cette petite localité un hôtel réinterprétant l'architecture traditionnelle. Pour évoquer le projet, rendez-vous était pris à Belleville, en son agence. Rencontre avec l’auteure d’un mirage.

Commerces et hôtels | Design | Tunisie | matali crasset

Par delà les dunes, Tozeur, destination prisée des vacanciers. Plus loin, à quelques kilomètres, Nefta, dernière oasis avant le chott. Le contraste est saisissant ; la ville demeure «un peu oubliée, au bout du monde. Elle était le lieu de villégiature d'Habib Bourguiba. Ben Ali a fait en sorte qu'il ne s'y passe plus rien», prévient Matali Crasset.

Face aux vestiges du Sahara Palace, le Dar Hi domine la ville et la corbeille, vaste palmeraie ; une autre époque. Avec Patrick Eloughi et Philippe Chapelet, maîtres d'ouvrage, Matali Crasset a conçu en ville, en marge de la palmeraie de Nefta, un «concept singulier». Ayant d'ores et déjà collaboré tous les trois pour la réalisation d'un hôtel à Nice puis à Paris, il s'agit pour eux, à chaque fois, de proposer «une aventure différente».

«Nous avons travaillé cinq ans sur ce projet dont trois en immersion», explique Matali Crasset. La designer avait été jusqu'alors l’auteure de micro-architectures. Jeux d'échelle, l'hôtel Dar Hi, littéralement 'ma maison' en arabe, invitait l'artiste à élargir plus encore son champ de compétence.

«Je ne cherche pas à faire de l'architecture. J'ai fait du mobilier, des bars, des lieux de rencontre. Je ne conçois ni des objets ni des espaces. Je travaille sur la vie qui est proposée. J'envisage volontiers l'architecture comme un organisme vivant et non comme une carcasse. Mon but est de donner une autonomie au projet et d'en faire partager la structure», souligne-t-elle.

De fait, elle évoque ses premiers dessins, notamment un lit nommé «que quand je monte à Paris», destiné à «ramener de l'hospitalité», un concept qu'elle juge proche du Dar Hi.

02(@JeromeSpiret)_S.jpgQue quand elle descend à Nefta, Matali Crasset remet en balance, selon elle, le corps et l'esprit. «Si à Nice nous proposons neuf concepts de chambres, nous proposons également neuf façons de vivre un espace. Je travaille des scenarii de vie», dit-elle.

Le Dar Hi, de son côté, invite à retrouver un espace essentiel, le village. L'échappatoire existe : des chambres proposent un lien direct avec la palmeraie. Matali Crasset développe donc deux typologies, des unités à peine plus importantes que de la micro-architecture.

03(@JeromeSpiret).jpg «L'ensemble reste assez simple. Il n'y a pas de prouesse, ce sont des structures à échelle humaine», souligne-t-elle. Loin d'être effrayée par l'aspect technique du projet qui au contraire l'attirait, elle s'en est remise cependant à l'architecte opérationnel, Mohamed Nasr.

«Nous ne voulions pas imposer un concept tunisien, nous voulions suggérer une réinterprétation et mener un travail de mise en relation», défend la designer. A l'écran, les images défilent. Clichés pris sur le vif dans les rues de Nefta et photographies du Dar Hi.

Le poteau poutre omniprésent des constructions inachevées, les niches des intérieurs traditionnels, le mobilier bricolé, les paillasses multicolores sont autant de sources d'inspiration que «de codes du pays».

«L'idée du projet est de s'inscrire dans le contexte, notamment dans le mur de la citadelle», indique Matali Crasset. A l'intérieur de l'enceinte, neuf unités sur pilotis s'agglomèrent. En bas, l'espace laissé libre permet de se protéger du soleil. En haut, une retraite tranquille offre à travers une bow window le spectacle de la palmeraie.

Les autres chambres, dites 'Dunes', n'ont pas d'accès direct à la vue. Des formes, omniprésentes, éveillent l'imaginaire de l'occupant. Il s'agit d'évoquer le sable qui aurait empli les lieux. Chaque élément forme des demi-niveaux ou des séparations ; le mobilier y est intégré.

04(@JeromeSpiret)_S.jpgLa designer revendique un travail tout en 3D. «Je partage la colonne vertébrale de l'ensemble. Tout a un sens et d'aucuns peuvent le comprendre. Je suis là pour dessiner le projet et en expliquer les logiques», affirme-t-elle. Aussi, tout a été dessiné en détail et les moindres proportions furent respectées.

Ce projet invite à «revenir vers plus de simplicité» et à renoncer, peut-être, aux sirènes d'une modernité à peine digérée. Réinterprétation d'une tradition, le Dar Hi prône un certain recul. Par delà les dunes, un mirage ? Non, une nouvelle époque.

Jean-Philippe Hugron

* Lac salé

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