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Enquête | Tour à tour, de l'Aurore au crépuscule (11-05-2011)

Victime du plan de renouveau de La Défense, la tour Aurore, conçue par Damery Vetter Weil (DVW), va prochainement disparaître et, avec elle, une conception horizontale de la verticalité. Concept allongé pour une ville debout donc, Aurore est l'histoire d'un anamour ambigu. Je t'aime moi non plus, le divorce est prononcé, la destruction actée.

Tours et gratte-ciel | | DVW

«L'architecture, est-ce compliqué ? Non. En revanche, avoir des affaires et des bonnes idées...». Gilbert Weil ose à peine conclure sa phrase. Pour l'heure, dans son agence du XIVe arrondissement, il planche, encore et toujours, mais désormais en son nom propre. En cours, un projet de barrage sur la Seine dont le gros oeuvre est d'ores et déjà en partie réalisé.

Sur les étagères, des livres, des sculptures, les siennes et aussi, encadrée, une publicité Givenchy ; sous la griffe, l'arrière plan de la photographie n'est autre que la tour Aurore.

Graphique, l’architecture de l’ouvrage jouait des lignes et des courbes. «Pour les arrondis, nous ne nous cachions pas. Il y avait un peu de Franck Lloyd Wright dans tout ça», revendique Gilbert Weil avec, en tête, le Johnson Wax Headquarters à Racine dans le Wisconsin.

Ces architectes n’étaient pourtant pas gagnés par la cause verticale. «A l'époque, dans le XXe arrondissement, nous avions proposé un gabarit de neuf étages. Nous n'avions aucune raison de sortir d'une carapace haussmannienne. Ils ont préféré un autre dessein au nôtre et ont fini par faire leurs tours», se souvient Gilbert Weil. Livrée en septembre 1970, Aurore fut néanmoins exemplaire.

Claude Damery, Pierre Vetter et Gilbert Weil forment à l'époque une association, laquelle dura plus de quarante ans. «Nous trainions dans les couloirs des ministères et nous étions appréciés. Nous avons commencé en 1959 tous les trois et faisions principalement des zones d'habitations à Nangis et à Provins, par exemple. En 1964, nous avons gagné la mission d’architectes en chef de l’extension de Reims pour 50.000 habitants : la topo du terrain conduisait à 3 quartiers satellites ne faisant pas concurrence à Reims, ce qui a plu», dit-il.

Travaillant parallèlement pour le bureau d’ingénieurs-conseils Coyne et Bellier, l'agence concevait également de «l'habillage architectural» de... barrages. Quand, un appel téléphonique. Un ingénieur de Coyne et Bellier justement et une proposition : un projet de tour à La Défense.

02(@JPHH)_S.JPGL'architecture est-ce compliqué ? Alors, si l'EPAD édictait les règles, Bernard Zehrfuss, architecte en chef de l'opération, imposait la volumétrie. 24x42x100.

Noble ordonnancement, la géométrie du gratte-ciel raisonnable contraint la liberté des architectes mais, par delà le gabarit, un débord de 70cm est généreusement accordé. «La plupart des architectes utilisaient cette possibilité pour positionner les poteaux à l'extérieur», indique Gilbert Weil. DVW en a décidé autrement.

«Architecturalement, la tour est un empilage de plateaux et la vue qu'elle offre est horizontale», résume l'architecte. De ce constat est né le parti de baies vitrées filant sur le pourtour de la façade soulignées d'une allège en béton en légère saillie. «Nous y avons mis toutes les gaines de sorte que les 24x42 soient complètement utilisés. Nous avons ainsi gagné par rapport aux autres tours l'équivalent d'un étage supplémentaire pour le même prix», souligne-t-il.

A l’inverse de ses voisines aux verticales accentuées, Aurore affirme ses lignes horizontales ; un parti autant qu’une évidence. Il y eut toutefois un retournement de situation. Si les trois associés s’accordent sur l’idée, ils se sont néanmoins «battus» à propos du traitement sommital. «Vetter et moi ne voulions pas de couronnement, Damery en voulait un et puis un jour je l'ai appelé : 'Claude, un scoop. J'ai tourné la tour comme un sablier'», se remémore Gilbert Weil.

Ni une, ni deux, l’inversement séduit d’autant plus que le dispositif ainsi retourné permet une meilleure visibilité vers le bas et offre la possibilité d’intercaler en sous face un rail pour l’entretien de la tour, horizontal, lui aussi.

«Nous ne pouvions pas faire d’acrobaties. Nous ne pouvions réellement concevoir que les nacelles et le chauffage», s’amuse encore l’architecte. Outre une climatisation par système double gaine, distribuée en plafond et complétée par un rideau d’air devant les fenêtres, DVW proposait un des tout premiers vitrages thermopane réfléchissants et isolants du froid et du rayonnement solaire. «Nous voulions un vitrage doré, thermiquement, c’était bien», souligne Gilbert Weil.

03(@DVW).jpg «Nous nous sommes battus avec le client», se souvient-il. Il y eut d’abord la crainte d’éblouir les conducteurs sur le boulevard circulaire. «Nous avions alors consulté un avocat qui nous a dit, in fine, qu’il n’y avait qu’un soleil», dit-il. Ce problème éclipsé, reste, à l’intérieur, la légère teinte verte donnée par le vitrage. «Les secrétaires refusaient d’avoir une tête verte», ironise l’architecte.

Une visite en Suisse dans un immeuble faisant usage du même matériau finit par convaincre.

Depuis, le verdissement est devenue une lubie et La Défense montrent de nouvelles ambitions dont Aurore est la victime et, fait exceptionnel, une tour en chasse désormais une autre alors qu’il n’était généralement question pour ces édifices jugés «obsolètes» que d’être déshabillés, restructurés et revêtus d’atours plus contemporains.

Incitation à la destruction donc, «les opérations de démolition-reconstruction [...] de La Défense seront exonérées d'agrément dans la limite d'une extension de leur surface de 40.000m² ou de 50% de la superficie de la tour initiale. Ces opérations seront également exonérées de la redevance sur les bureaux, à concurrence de la surface initiale ; dès lors que les immeubles concernés auraient déjà supporté cette taxe lors de leur construction, seules les surfaces supplémentaires y seront soumises», dixit le Plan de Renouveau de La Défense.

La proposition n’aura pas échappé à Bouygues Immobilier et au groupe Carlyle qui projettent désormais, sur les ruines d’Aurore, la tour Air² d’Arquitectonica.

Jean-Philippe Hugron

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