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Etats-Unis | Le Granoff Center est à la fois imposant et inventif (18-05-2011)

Dans un article paru dans le Boston Globe le 27 mars 2011, Robert Campbell, le critique architectural du quotidien, présente le 'Granoff Center for the Creative Arts' de l’Université de Brown, conçu par l’agence Diller Scofidio + Renfro. Situé à Providence dans l'Etat de Rhodes Island, aux Etats-Unis, le bâtiment, griffé pourtant, emprunte de l’architecture industrielle.

Bâtiments Publics | Education | Verre | Etats-Unis | Diller Scofidio + Renfro

DESIGNS ON THE BEST OF BOTH WORLDS, LE GRANOFF CENTER EST A LA FOIS IMPOSANT ET INVENTIF
Robert Campbell | The Boston Globe

Providence - C’est comme un canard boiteux sur le traditionnel campus College Hill de l'Université de Brown. Ca a d’ailleurs l’air d’un canard, un canard cubique peut-être, en lignes et angles, mais doté d’une queue de plumes inclinée vers le haut.

C’est le nouveau 'Granoff Center for the Creative Arts' de Brown. Il est érigé sur la nouvelle promenade du Campus, une allée piétonne et plantée qui lie le vieux campus de Brown avec l’ancien Collège Pembroke, aujourd’hui intégré à Brown.

Les architectes sont Diller Scofidio + Renfro, l’agence new-yorkaise ayant conçu l’Institut d’Art Contemporain sur le front de mer de Boston et rénové la High Line à New York. Ce que j’appelle des plumes font partie de la peau extérieure du bâtiment. L’essentiel du Granoff est enveloppé de panneaux en zinc gris. A l’arrière, les panneaux se resserrent vers le haut, libérant des surfaces vitrées. C’est une touche maniérée dans un bâtiment par ailleurs réussi.

Il y a deux écoles de pensée en ce qui concerne un centre d’arts. D’aucuns estiment que les artistes travaillent au mieux dans des lofts anonymes, vastes et vides. D’autres qu’un bâtiment consacré aux arts doit être audacieux et inventif, à la mesure des oeuvres créées en son sein. Le Centre Carpenter à Harvard, du célèbre architecte Le Corbusier, est un exemple de la deuxième catégorie. La première trouve son illustration dans toute usine ou hangar transformés en ateliers à Somerville ou South End.

Le Granoff Center est fascinant car il s’inscrit dans les deux catégories. C’est à la fois une pile de simples lofts mais ces lofts sont disposés de façon aussi ingénieuse que pratique. Il est possible d’appréhender le fonctionnellement unique du Granoff simplement en regardant l’avant du bâtiment, entièrement en verre. Il donne l’impression d’un volume de quatre étages ayant été tranché en deux, la partie gauche ensuite glissée vers le haut d’un demi-étage. En d’autres termes, les niveaux sont délibérément désalignés, comme s’ils avaient subi un tremblement de terre.

Une cloison de verre transparente divise les deux moitiés du bâtiment. Précisément, il s’agit de deux plaques de verre séparées par un vide acoustique d’une vingtaine de centimètres.

02(@KennethC.Zirkel).jpgRésultat : un bâtiment au sein duquel, quel que soit l’atelier où l’on est posté, il est possible de voir, à travers la vitre intérieure, l’activité se déroulant dans les ateliers situés dans l’autre moitié du bâtiment. La plupart des espaces de Granoff sont donc visibles non seulement depuis l’extérieur, à travers la façade en verre, mais également des uns aux autres, au travers de la cloison vitrée intérieure.

En discutant avec les usagers du centre, le leitmotiv est le suivant : «inter-enrichissement». Les différentes activités s’offrent réciproquement au regard, se nourrissent les unes des autres. L’architecture est le diagramme de ces interactions.

Outre les ateliers transparents, l’autre aspect architectural novateur est un escalier qui s’élève au milieu du bâtiment. A chaque demi-niveau, les marches donnent accès aux paliers des studios. Ces paliers sont peuplés d’assises et équipés de vidéo et autres médias afin d’être utilisés comme des espaces de travail, de séminaires ou de rencontres.

«Nous voulions une ambiance de lofts industriels», souligne Charles Renfro, associé de DS+R. Les matériaux sont sobres, avec des sols en béton ou en bois gris, des colonnes structurelles en béton ou acier teinté de noir. Même l’auditorium de 218 places emprunte à la facture industrielle avec ses murs revêtus de planches de frêne ressemblant à des panneaux ordinaires.

Granoff est le repère des esprits libres. Aucun des espaces n’est prédéterminé. Personne n’y réside de façon permanente. N’importe quel membre de la faculté de Brown, quel que soit son domaine d’enseignement, peut y réserver un atelier le temps d’un semestre. Le cours peut aborder n’importe quel sujet, tant qu’il s’agit d’explorer l’interconnexion entre l’art et un autre domaine.

Il faut savoir que Granoff est le produit des années 1960. A la fin de la turbulente décennie, en 1970, Brown, comme de nombreuses écoles, fut ébranlée par une révolution. Les étudiants surent convaincre l’administration d’abolir l’ancien programme éducatif pour le remplacer par une gamme de choix plus vaste.

Depuis lors, les étudiants de Brown conçoivent leurs propres programmes scolaires. S’ils souhaitent expérimenter, ils peuvent s’inscrire dans un domaine qu’ils connaissent peu sans prérequis particuliers. S’ils ne l’obtiennent pas, la matière sera simplement supprimée de leur dossier. L’idée est d’encourager l’expérimentation et, une fois encore, l’inter-enrichissement entre disciplines.

03(@KennethC.Zirkel)_S.jpgRichard Fishman, le directeur de Granoff, fut le client principal du bâtiment. Il se souvient des années 1970. «Lors du premier cours que j’enseignais dans le cadre du nouveau système scolaire, je collaborais avec un mathématicien et un biologiste. C’était réellement une expérience interdisciplinaire». Le souhait de Fishman est que Granoff favorise ce type d’interaction entre disciplines artistiques. Il concède avoir été influencé par le Media Lab de MIT.

Lors d’une récente visite du bâtiment, l’un des ateliers était occupé par un groupe d’étudiants en commerce de Brown souhaitant apprendre «à faire quelque chose» de leurs mains. Dans un autre atelier, chaque étudiant inventait un nouvel instrument de musique - non pas seulement sur papier mais en maquette, utilisant le matériel et les outils fournis par le Centre -.

A l’instar d’autres artistes, les architectes tombent parfois amoureux de leurs propres inventions. Le bâtiment tranché est une réminiscence d’un concept que les architectes avaient conçu pour un musée mais qui ne s’était jamais concrétisé. Et l’astuce consistant à relever le revêtement en angle pour offrir une vue à l’intérieur du bâtiment est mise en oeuvre dans la rénovation, en cours, du Lincoln Center à New York.

J’admire presque tout du bâtiment. Quant à ces angles 'd’oiseau', l’architecte explique : «c’est comme une femme qui relève l’ourlet de sa jupe». A mon sens, il s’agit plutôt d’une volonté que l’ouvrage fasse passer le message suivant : «les architectes aussi sont des artistes».

Granoff pouvait s’en passer.

Robert Campbell | The Boston globe | USA
27-03-2011
Adapté par : Emmanuelle Borne

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