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Pakistan | Imitation ou Inspiration ? Rififi à Karachi (01-06-2011)

Dans The Express Tribune du 17 avril 2011, Husna Anwar rapporte les dissensions, dans une prestigieuse école d’architecture, entre étudiants et enseignants suite à une exposition montrant 21 chaises conçues par ces derniers. De ces objets, six sont jugés comme des plagiats par les étudiants. Imitation versus Inspiration ? L’article pose la question.

Design | Pakistan

Contexte
L’Indus Valley School of Art and Architecture (IVS), à Karachi au Pakistan, est le théâtre d’une controverse d’une rare intensité depuis le 12 avril dernier, date à laquelle l’exposition intitulée '21 chairs', organisée par l’Institut des Architectes du Pakistan (IAP) au sein de l’école, réunissait les créations d’architectes, artistes et designers membres de l’IAP, pour certains enseignants au sein de l’IVS.
Parmi les oeuvres exposées, six furent dénoncées comme des copies de leurs travaux par les étudiants de l’école, ainsi que le souligne l’article, ci-dessous, publié le 17 avril dernier. Depuis, un courrier, originellement adressé à l’administration de l’école, écrit par treize enseignants de l’IVS exprimant leurs inquiétudes quant à l’éventualité de plagiat, fut transféré, à leur insu, à l’Institut des Architectes du Pakistan.
Un panel «de juges indépendants» (composé de représentants de différentes institutions dont la direction de l’école) convoqua alors les signataires, leur demandant de fournir des excuses ou de prendre la porte. Les treize enseignants choisirent de démissionner.
D’un débat sur le plagiat, les inquiétudes des étudiants de l’IVS portent désormais sur l’absence de liberté d’expression.
EB

IMITATION VERSUS INSPIRATION : LE DEBAT FAIT RAGE AU SEIN D’UNE DES MEILLEURES ECOLES D’ART DU PAKISTAN SUITE A UNE EXPOSITION
Husna Anwar | The Express Tribune

KARACHI - Le paradoxe est qu’il faut étudier les grands maîtres pour devenir artiste à son tour. Mais comment savoir si une oeuvre est réellement originale ou simplement une pâle copie ? D’aucuns estiment que les réponses à cette question sont épuisées.

Telle est pourtant la question circulant de lèvres en lèvres sur le campus de l’Indus Valley School of Art and Architecture suite aux plaintes d’étudiants qui assurent que leurs enseignants, parmi lesquels figurent les plus grands architectes et artistes du pays, auraient 'plagié' leurs idées à l’occasion d’une exposition et ce, malgré le fait que ces derniers sont les premiers à décourager le plagiat au sein de leurs salles de classe.

L’Indus Valley School Gallery offrait un spectacle morose le 12 avril dernier quand l’exposition '21 chairs', organisée par l’IAP (Institute of Architects Pakistan) afin de réunir les fonds nécessaires à la réalisation de ses locaux, prit fin sur une controverse. Dix-neuf des chaises exposées furent vendues mais six furent considérées comme étant des copies.

Des commentateurs anonymes, essentiellement des étudiants de l’école, se ruèrent sur le site de l’Express Tribune, accusant certains des noms les plus connus du design pakistanais. La chaise '3=1', l’assise 'Challo! - Design Vision', la 'coil', la 'crescent', 'Rutta' et la 'R4Environment' furent parmi les oeuvres incriminées, images à l’appui.

Comme attendu, les architectes rétorquèrent sur le même ton. Des réactions indignées, réfutant les accusations, apparurent en réponse aux commentaires des étudiants. D’aucuns, tel Tariq Hasan, se manifestèrent avec des explications. Il posta une longue réfutation complétée de photos sur sa page Facebook. D’autres enseignants accusèrent un silence de pierre, «refusant de se rabaisser au niveau des accusateurs».

02(@NeferSehgal-Express)_S.jpg Hasan, le créateur de la chaise 'crescent', est l’un des architectes incriminés. Un étudiant alla jusqu’à poster la photo d’un banc de jardin, soulignant que l’objet ressemblait à la création de l’architecte. Faisant partie des piliers de l’IVS, Hasan confia à l’Express Tribune «être réellement blême de rage».

«J’enseigne depuis les débuts de l’école et, parmi les jeunes professionnels sur le marché, nombreux furent mes étudiants», dit-il. Il est intéressant de l’entendre soutenir que «celui à l’origine de la polémique fut l’un des étudiants qui échoua à un cours ou quelque chose de similaire».

Il argumenta qu’en tirant son inspiration d’un même objet - en l’occurrence un croissant de lune -, il est inévitable pour différents créateurs d’aboutir à un résultat similaire. Dans ce cas, «rien n’est entièrement novateur», dit-il.

Quant aux allégations de plagiat, Hasan et Ahsan Najmi, l’un des designers de la chaise '3=1', soutiennent la même chose : il ne s’agit pas de plagiat tant qu’il n’y a pas copie conforme. «Je ne justifie rien», dit Hasan, «mais si les proportions sont différentes, si quelque élément est différent, alors il ne s’agit pas de plagiat».

Hasan se sent méprisé. Faisant partie des architectes «ayant conféré à l’école sa réputation en terme de qualité», il estime qu’avec ses confrères, ils ont acquis le droit au respect et à la crédibilité.

Les étudiants sont divisés. «C’est honteux et pathétique. L’exposition devrait s’appeler '21+5 chaises'», souligne l’un des commentaires postés sur le site de The Express Tribune. «Quel est le sens de l’'inspiration' si un même objet est copié et reproduit ? Je suis étudiant et cela va à l’encontre des principes que ces concepteurs nous ont enseignés !», dit un autre.

03(@NeferSehgal-Express)_B.jpg La rumeur qui court au sein de la cafeteria de l’école est plus compatissante. Alors que d’aucuns estiment que les architectes devraient être «dénoncés par les médias», d’autres pensent qu’ils ont peut-être été contraints à 'reproduire' les créations.

«En tant qu’étudiants, nous savons ce que c’est que d’être contraints de travailler sur un projet», dit l’un. «Je suppose que les organisateur avaient quinze belles chaises mais qu’ils en souhaitaient davantage et qu’ils mobilisèrent six personnes qui n’avaient pas réellement le temps mais ne pouvaient refuser car c’était pour la bonne cause. Je ne dis pas qu’il ont plagié des idées, mais ils n’ont visiblement pas approfondi leurs concepts».

Conceptrice de la chaise '4REnvironment', une assise aménagée au sein d’une baignoire, Maria Aslam Hyder s’est défendue en soulignant qu’elle avait créé six prototypes avant d’obtenir le modèle définitif. «Six modèles se sont écroulés. J’étais nerveuse au moment de l’exposition parce que je craignais que le dernier ne s’écroule également. Les étudiants n’ont pas pris en considération le temps, l’argent et les efforts qui furent investis dans ces projets».

La chaise-baignoire est loin d’être une création originale et Hyder ne prétend pas le contraire. «Des milliers de modèles similaires circulent sans doute dans les pays occidentaux, tout simplement parce que nous ne sommes pas encore des habitués du recyclage. Ici, c’est le premier en son genre. Si demain quelqu’un dessine une chaise à partir d’une vieille baignoire, je ne vais pas lui courir après. Au contraire, je serai fière d’avoir introduit le concept de recyclage dans notre pays».

Par-dessus-tout, le fait que son sujet était le recyclage signifie que son idée ne pouvait, de fait, être novatrice. «Tout ce qui a trait au recyclage ne peut pas être de l’ordre du plagiat», dit-elle.

«Le dessin de ma chaise n’est pas influencé par des modèles vus sur Internet», soutient quant à lui Ahsan Najmi, l’un des architectes ayant créé '3=1'.

04(@NeferSehgal-Express)_S.jpg Najmi souligne que personne ne prenait le sujet légèrement. «Nous sommes tous les trois très confiants quant à nos concepts et notre savoir-faire, tant et si bien que nous sommes prêts à affronter quiconque souhaite nous rencontrer et nous expliquer en quoi c’est du plagiat», dit-il.

En ce qui le concerne, Ahmed Mian commente sur son site : «cet événement vise à récolter des fonds pour une juste cause. Même si quelqu’un achète une copie d’un 'bon produit' qu’y a-t-il de mal à ça ? c’est exactement ce que fait la Chine non ?».

Arshad Faruqui, vice-président de l’IAP et commissaire de l’exposition, a pris la défense des concepteurs sans tarder. «Il n’existe pas de création 100% originale, tout le monde a une source d’inspiration et chaque architecte est responsable de sa création».

Quant à savoir si l’IAP compte mener son enquête, Faruqui a expliqué que «le problème est que les accusations proviennent de Facebook et sont anonymes. Nous venons de clore l’exposition, nous allons donc nous pencher sur la situation et voir si nous pouvons mener des actions en justice».

Husna Anwar | The Express Tribune | Pakistan
17-04-2011
Adapté par : Emmanuelle Borne

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