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Grèce | Egratignez l'Acropole ; le nouveau musée doit trouver son échelle humaine (15-06-2011)

Dans une chronique publiée le 20 mai 2011 dans le quotidien grec Ta Nea, Dimitri Papanikolaou, conférencier en littérature grecque moderne, études de genres et études culturelles à l’université d’Oxford, fait le point sur le débat divisant les spécialistes sur le cas du Musée de l’Acropole signé Bernard Tschumi et Michel Fotiadis.

Bâtiments Publics | Culture |

Contexte
A l’occasion de la journée internationale des musées, la Grèce organisait courant mai 2011 un congrès (tenu en deux parties, à Thessalonique puis à Athènes) réunissant de nombreux représentants des institutions muséales et divers experts (archéologues, architectes, académiciens) afin de discuter de la conception architecturale en lien avec la programmation muséale.
Deux ans après son ouverture au public, le nouveau Musée de l’Acropole, signé Bernard Tschumi en collaboration avec Michel Fotiadis (Μιχάλη Φωτιάδη) était au coeur des discussions. Furent abordés les enjeux architecturaux, muséologiques et idéologiques d’une telle oeuvre, dont l’érection est intimement liée au débat perdurant depuis 1982 sur la restitution des marbres du Parthénon.
Le bâtiment divise les spécialistes grecs.
A juste titre ?
EB

EGRATIGNEZ L’ACROPOLE ; LE NOUVEAU MUSEE DOIT TROUVER SON ECHELLE HUMAINE
Dimitri Papanikolaou (∆ηµήτρης Παπανικολάου) | Ta Nea

ATHENES - Mercredi dernier était la journée des musées et le nouveau musée de l’Acropole, ouvert jusqu’à minuit, était empli de monde. C’était à l’occasion un musée digne de ce nom, bruyant, vivant. Il était intéressant d’observer, en particulier en telle situation, la soif avec laquelle la ville aspire ce nouveau musée, lequel continue pourtant de diviser les experts : architectes, archéologues, muséologues et autres spécialistes de la question culturelle.

Qu’est, finalement, le nouveau musée ? Un bâtiment non conformiste, massif, composé de matériaux - béton, verre, acier - qui ne s’harmonisent pas avec le rôle 'd’écho au Parthénon' qu’il devrait endosser ? Ou est-ce au contraire un bel échantillon de l’architecture postmoderne, un bâtiment entretenant un dialogue créatif non seulement avec la généalogie de son site mais également avec les expositions qu’il abrite ainsi qu’avec la ville au sein de laquelle il s’implante ?

L’oeuvre de Bernard Tschumi et Michel Fotiadis est-elle un bâtiment ambitieux jouant de l’identité de l’Acropole ? Ou est-elle un bâtiment polyvalent abritant un musée ouvert aux défis d’une nouvelle époque, où le savoir et la reconstitution du passé sont sans arrêt commentés ?

02(@BTA-C.Richters)_S.jpg In fine, la disposition des expositions archéologiques au sein d’un tel musée est-elle une réussite ? Existe-t-il des erreurs muséologiques imputables au processus de conception du bâtiment ? Ou s’agit-il d’une approche inédite en matière d’expositions ? Non seulement aux yeux 'émerveillés' des visiteurs mais selon l’avis de tous ceux dotés d’un regard critique, connaisseurs des différents débats et abus entourant le musée comme les expositions ?

Ces questions font partie de celles qui furent posées à l’occasion de la première partie d’un congrès international, intitulé 'A propos du nouveau musée de l’Acropole' (‘Με αφορµή το Νέο Μουσείο της Ακρόπολης’), ayant eu lieu à Thessalonique le week-end dernier (les 13 et 14 mai 2011). Davantage d’interrogations sont soulevées à l’occasion de la deuxième partie du congrès, qui se tient ces jours-ci à Athènes, au sein du musée Benaki (les 20, 21 et 22 mai à Athènes) et dont le point culminant est la présence même de Bernard Tschumi au congrès le dimanche 22 mai.

Le moment est bien choisi et le nouveau musée est l’initiateur idéal pour lancer un débat global sur les politiques muséales à l’heure de la société de la communication, en mettant notamment l’accent sur le lien entre ces politiques et l’architecture contemporaine.

De fait, il est important de considérer la chose suivante : même si d’aucuns continuent de manifester leurs objections, la fonction du nouveau musée, son intégration dans le quotidien de la ville, va créer des dynamiques - telle celle de mercredi dernier - qui permettront peut-être de passer outre les critiques que soulève le bâtiment.

03(@BTA-C.Richters)_S.jpg Mais pour que cela advienne, il faudrait une audace particulière de la part des organismes institutionnels dirigeant le musée. Le nouveau Musée de l’Acropole devrait remplir la multiplicité des fonctions auquel il est destiné. Il devrait ouvrir ses horizons non seulement en direction du Parthénon mais également en direction de la ville qui l’entoure. Il doit se détacher de l’obsession entourant la restitution des marbres du Parthénon (prenant la forme de répliques et de vides au dernier étage du musée) et commencer à expérimenter en organisant, entre autres, des interventions visuelles, des représentations ou des petites expositions parallèles au sein de ses espaces vacants.

Bien sûr, je n’entends pas là des reproductions puristes d’un matériau national mais bien l’inverse : des interventions ayant le pouvoir d’égratigner l’image statique et traditionnelle que nous avons de l’Acropole et du musée virtuel qui devrait lui faire face.

C’est peut-être ainsi que l’impressionnant musée de Tschumi et Fotiadis pourra se débarrasser de cette patine type 'propriété américaine cernée d’un gazon bien tondu et d’un parking dédié' que d’aucuns lui attribuent. C’est ainsi qu’il trouvera enfin sa juste échelle, humaine, quotidienne, créative et athénienne.

Dimitri Papanikolaou | Ta Nea | Grèce
20-05-2011
Adapté par : Emmanuelle Borne

04(@BTA-C.Richters)_B.jpg

Réactions

dimitri p. | architecte | Suisse | 16-06-2011 à 10:22:00

C' est désolant et triste de le dire....mais les défauts du concept du musée dépassent de loin ses avantages liés au retour des marbres:

1. Aucune muséographie

2. Mauvaise gestion de la lumière naturelle

3. Pas de considération pour des élémentaires critères de développement durable.

4.Aucune approche avant-gardiste intelligente, mais un résultat impersonnel et arrogant, massif et hors échelle, le réduisant à une lecture avec une connotation de super marché de luxe.

Encore une occasion perdue pour la Grèce.


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