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Visite | Sandra Planchez : «Ca flirte, ça frise, ça ondule» rue Marcadet (22-06-2011)

«Pignon sur rue, fenêtres sur jardin», résume Sandra Planchez, architecte. Au 77 bis rue Marcadet dans le XVIIIe arrondissement de Paris, l’agence Cantin Planchez Architectures a livré en juin 2011 un ensemble comprenant neuf logements sociaux et un commerce sur une étroite parcelle, opération qu’un PLU outrageusement bégueule rend délicate.

Logement collectif | 75018 | Sandra Planchez

Les journalistes se pressaient au balcon. Sous leurs yeux, un cadavre exquis faubourien : un alignement post-haussmannien, un reliquat du XVIIIe siècle, hôtel particulier pour les uns, «ferme urbaine» pour Sandra Planchez et une intrusion moderne des années soixante-dix, faisant fi de tout alignement. Rue Marcadet, il restait un interstice, un entre-deux urbain, l’opportunité pour un architecte de parfaire sa maîtrise de règles parisiennes ô combien contraignantes.

«Nous voulions être sûrs de blinder le dossier pour ne pas avoir à affronter de recours. Nous devions montrer patte blanche», souligne Sandra Planchez. De fait, à peine la consultation remportée, un «bras de fer» s’engageait tant avec les services d’urbanismes de la ville de Paris qu’avec les riverains. «Le projet s’est étiré dans le temps», dit-elle. Il fallut ainsi plus d’un an de démarches avant de pouvoir déposer la demande de permis de construire.

Aller plus haut, composer avec l’existant, parfaire la couture... Niet, nitchevo.

Imaginer à partir du PLU, faire preuve de souplesse face aux potentielles critiques des associations de quartier. Bref, étriqué, mesquin l’interstice.

Pourtant, le parti imaginé par Sandra Planchez s’affirme dans cette rue calme du XVIIIe arrondissement. «Cela flirte, cela frise, cela ondule», lance-t-elle. Et pour cause, il s’agissait bel et bien de toucher aux limites «d’un système administratif et règlementaire qui nivelle par le bas le choix des possibles», souligne l’architecte.

«En règle générale, le principe est d’avoir pour ce genre de parcelle un bâtiment sur rue et un bâtiment sur cour», dit-elle avant d’ajouter «avoir joué avec l’idée du redan». Pas si simple donc.

La façade principale se détourne ainsi de la rue et s’oriente vers la 'ferme particulière', rénovée pour l’occasion et restructurée en bureaux. «L’Architecte des Bâtiments de France ne voulait pas que nous nous accolions au pignon de l’hôtel». Dont acte.

Autre pignon, aveugle, haut de dix étages, celui de l’immeuble 70 de la parcelle voisine. «Nous avons rencontré les services d’urbanisme de la ville de Paris pour discuter avec eux. Ces échanges n'ont pas abouti», précise Sandra Planchez. Résultat prévisible, il n’y eut aucune dérogation concernant la hauteur du bâtiment. Du haut de ces dix niveaux jaunâtres, l’édifice à la patte seventies continue de dominer la rue.

Sociaux ? Vous avez sociaux ? Il y eut aussi «plusieurs réunions publiques en Mairie, en présence du Maire, Daniel Vaillant et de son adjoint chargé de l'Urbanisme, Michel Nerneuf, pour convaincre les riverains de la nécessité de construire des logements sociaux à cette adresse», soupire Sandra Planchez.

Bref, l’architecture n’est pas un long fleuve tranquille.

Cela écrit, l’opération au budget «confortable» (2,1 millions d’euros, soit environ 2.100€/m²), articule inquiétudes et ambitions autant que formes urbaines.

Les balcons filent tout du long de la façade, sauf côté rue. «Nous ne voulions pas de systématisme» défend l’architecte qui dessina pour l’occasion des largeurs plus ou moins différentes s’intercalant selon les étages. Dès lors que l’un avance et permet d’y mettre une table et deux chaises, l’autre, au dessus, en retrait, n’offre qu’un simple passage. Une façade toute en courtoisie et politesse dont l’Aluzinc se révèle changeant et réceptif aux variations du jour.

Côté plan, «tous les logements sont sur le même mode», défend Sandra Planchez. Les normes imposent «une perte d’espace» que l’architecte compense par des «ébauches de séparations» ainsi qu’un dispositif de parois coulissantes. La cuisine, ouverte, peut être refermée autant que la chambre fermée peut ouvrir une perspective depuis le salon. Des logements intelligents.

In fine, «ce petit projet est bien le reflet de la complexité de construire aujourd’hui à Paris», répète à l’envi Sandra Planchez. Vu de l’extérieur, il n’en parait pourtant rien.

Jean-Philippe Hugron

Fiche technique

Maître d’ouvrage : RIVP
Maître d oeuvre : Cantin Planchez Architectures
Chef de projet : Thibault Marca, architecte
Consultation lauréate : 2006
Etudes et travaux : 2006-2011
Label : THPE
CEP : 65kwh/m²
BET généraliste : CETBA
BET spécialiste thermicien : André Pouget consultant
SHON : 950m²
Coût HT : 2.100.000 euros

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