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Visite | Frédéric Borel, Béthune Béthune, l'oeuf et la poule (22-06-2011)

Aux architectes, cartes blanches. Jacques Mellick, en son temps maire de Béthune (62), voulait «tout doucement, construire la ville de demain». Un revirement électoral eut raison de cette ambition. Pour seul témoignage emblématique*, la résidence Outrebon livrée en juin 2011 : 47 logements sociaux répartis en une «tour», un immeuble et cinq maisons. Le tout «fondu» et «enchaîné» par Frédéric Borel.

Logement collectif | | Frédéric Borel

Il y a à Las Vegas, au détour de South Las Vegas Avenue, le casino 'New York New York', qui condense les symboles de Manhattan en un skyline ramassé. Il y a à Béthune, Pas-de-Calais, au détour de la rocade, un autre skyline ramassé, moins évocateur peut-être.

La masse de la construction détonne, l'objet semble posé, décontextualisé.

Pourtant, Frédéric Borel, grand prix d’architecture 2010, argumente ce parti par «un sentiment d'appartenance et d'ancrage». Autant «hommage au Nord qu'aux machines qui habitent le paysage», la résidence Outrebon n'aurait pas été la même ailleurs. «Je n'aurais pas dessiné ce projet à Paris ou à Rouen», affirme l'architecte, ajoutant que son dessein n'aurait dans la capitale «pas eu le même sens», du moins n'aurait pas eu ce «côté guetteur».

Du haut de ces 35 mètres, l'immeuble sur échasses domine son environnement avec lequel il ne partage aucune liaison directe. Le propos contextuel, s'il est difficile à appréhender in situ, peut, éventuellement, mieux se comprendre en parcourant Béthune.

02(@FredericBorel)_S.jpgSi Frédéric Borel évoque une «écriture complémentaire à la ville» et réveille l'image d'un «fondu enchaîné» alors, peut-être, la Grand’ Place ou la rue d'Arras peuvent apparaître comme des sources d'inspirations.

Les hautes maisons à pignon reconstruites après guerre rappellent, entre autres, celles d'Ypres dont l'architecture s'est montrée, après reconstruction, plus flamande qu'elle ne l'avait jamais été.

Bref, sans la prétention d'une reconstitution historicisante, Béthune offre davantage une douce parodie du Nord.

Etroites et compressées, fondues et enchaînées justement, ses improbables maisons à pignon, toutes éclectiques et grandiloquentes, semblent servir l'imaginaire de l'architecte. De là à y entrevoir une parenté ou un air de famille, d'aucuns peuvent, s'il leur plait, franchir le pas.

Son bâtiment est un «nouveau personnage», un «bâtiment surréaliste», défend Frédéric Borel. L'édifice au style identifiable n'en interroge pas moins les circonstances de l'avènement d'une forme, «une question d'écriture» selon l'architecte.

Un sourire en guise de réponse ; l'inexplicable est sous-jacent. Comment démystifier, de fait, ce moment où le crayon trace la bonne figure, celle aux proportions parfaites pour l'oeil exercé de son créateur ?

Si son mentor, Christian de Portzamparc, aime à travailler la masse, Frédéric Borel poursuit, quant à lui, un processus par «additions» : «je préfère travailler à partir de blocs et de failles. Il s'agit de libérer des vues et de rechercher une protection. Ce sont des objets qui viennent se poser sur un système», dit-il.

Au formalisme, ses qualités esthétiques, mais aussi sa complexe mise en oeuvre. «Il n’y a eu aucun sacrifice. Je n’aime, de toutes les façons, pas ce mot», s’amuse l’architecte. Opération phare pour Pas-de-Calais Habitat, «le bâtiment Citoyen» de Frédéric Borel n'en était pas moins un casse-tête.

03(@NicolasBorel)_B.jpg«Un travail inhabituel», juge Patrick Dubourg, responsable de Norpac, entreprise générale de construction.

«Pour comprendre l’objet, nous avons élaboré une maquette numérique, une expérimentation menée avec le PUCA et ce, dès la phase commerciale afin de comprendre la volonté de l’architecte», dit-il.

En plus de «fiabiliser l’objet», cette technique a permis un phasage quotidien : «l’étage du dessus n’est pas l’exacte réplique du dessous et pour faciliter l’appropriation du projet et d’en offrir une meilleure connaissance à nos compagnons, nous leur communiquions tous les jours un dossier 3D», explique-t-il.

Avatar sans doute de cette complexité, il est ainsi curieux de voir apparaître un poteau, ici et là dans les logements, tantôt devant une fenêtre tantôt dans un coin de la pièce, suffisamment loin d’un mur qui plus est pour rendre inutilisable l’espace ainsi ponctué.

La visite et la présence des journalistes est l’occasion même pour l’un des locataires de pester contre le mur penché de sa maison. La maîtrise d’ouvrage y voit l’appropriation des lieux par ses nouveaux occupants. Certes.

04(@NicolasBorel)_B.jpgLa liberté formelle n’est donc pas sans aller avec quelques particularismes. Pour preuve encore, cet autre logement visité, occupé. En rez-de-chaussée, l’appartement offre une improbable hauteur sous plafond dépassant les trois mètres. Un volume intimidant, inexploité, disproportionné, vraisemblablement «résiduel». Quid.

Alors oui, l’édifice est généreux et les 2.200 euros/m², s’ils ont été un effort pour la maîtrise d’ouvrage, démontrent que la forme n’est pas, outre mesure, dispendieuse.

Mais, par delà le risque financier, se pose l’articulation des usages et des volumes. Bref, le fond, la forme, le programme, l’oeuf et la poule.

«Au départ, l’architecte mélange les désirs, les siens et ceux des autres», affirme Frédéric Borel.

Au départ, oui.

Jean-Philippe Hugron

* Et la piscine signée d’Alain Sarfati (ndlr). Le Pôle de la gare de Rudy Ricciotti, la Halle et les logements de la rue Saint Pry de Francis Soler ont été annulés par la nouvelle mandature.

Réactions

yann péron | architecte | nantes | 23-02-2012 à 15:35:00

Bonjour,
Ce que fait Frédéric Borel est un don de soi, de sa passion, de son génie. C'est une grande âme aux doigts de fée qui donne du grain à moudre aux critiques et aux esprits démagogues.
Son travail est époustouflant de qualité, d'ingéniosité et il nous donne du plaisir à l'extérieur et à l'intérieur dans un contexte de banalisation sous l'oeil impitoyable de Big- Brother, c'est du courage. La poésie et l'amour sauveront les hommes de la banalité crasse du quotidien. Continue FRédéric à nous faire rêver et à ouvrir les portes des consciences de plus en plus nombreuses à s'éveiller que tout est possible, le laid comme le beau, à nous de choisir notre chemin.
Yann de Nantes.

hazeuille | architecte et enseignant | midi-pyrènées | 15-02-2012 à 22:43:00

commentaire sur le dernier commentaire: la pensée stalinienne à l'oeuvre!! L'article sur Borel est bien gentil je trouve, et trés peu crtique pour un batiment d'un formalisme aussi inutile que ridicule. Souligner le mépris pour les habitants est il un crime? Faut il que notre profession soit à ce point immature et infantile pour ne supporter aucune critique? Les écrivains , les cinéastes, les hommes politiques recoivent des crtiques autrement plus virulentes, c'est la libre expression de la démocratie.
Quand nous serons capables de faire un débat critique et vif de nos bâtiments, nous sortirons peut-être du statut d'amuseurs publics pour politiques démagoques pour les architectes vedettes, et de chair à canon pour les autres.

CHOMETTE | ARCHITECTE | ILE DE FRANCE ET RHONE ALPES | 23-09-2011 à 23:12:00

ETONNANT CET ARTICLE? OU L'ON SEMBLE bien ËTRE critique vis à vis d'un confrère qui EST l'un des meilleures à savoir maîtriser les proportions, sans gadget ET DONT CHAQUE BÄTIMENT EST UNE OEUVRE D'ART.
QUE CELUI QUI A ECRIT CET ARTICLE SACHE MAITRISER LES PROPORTIONS ET CONCEVOIR CE TYPE D'OUVRAGE ET NOUS VERRONS ENSUITE.....
CES CRITIQUES SONT BIEN FORT DESOBLIGEANTE ET SONT TROP FACILES ET LOIN D ETRE TRES CONFRATERNELLES ET SI CE N EST PAS UN ARCHITECTE QUI L A REDIGE QU IL REFLECHISSE A DEUX FOIS AVANT DE DIFFUSER DE TELS AVIS NEGATIFS

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