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Interview | Architecture : année zéro (23-06-2011)

Franchir le pas, s’inscrire en école d’architecture, avec ou sans bagage ? Qu’importe. David Tajchman, enseignant à l’Ecole Spéciale d’Architecture, prône un nouveau départ hors des sentiers théoriques. Pour ce faire, il ramène chacun à l’origine du tout, la nature. Observée comme source d’inspiration, elle inspire les étudiants pour inventer structures et espaces. Une initiation.

Vie étudiante | Ecole Spéciale d'Architecture | France

Le Courrier de l’Architecte : Que signifie une première année en école d’architecture ?

David Tajchman : Une première année offre l’opportunité d’acquérir des connaissances sur la manière de créer un projet, d’approcher une méthodologie, d’apprendre à s’organiser, de trouver les moyens d’exprimer des idées et d’enrichir son imagination. Ce premier semestre, puisque cet enseignement n’a duré qu’un semestre, permet de poser des bases.

J’ai donc souhaité dans ce temps imparti ouvrir l’imaginaire de mes étudiants en leur donnant des références, en étant critique et en mettant en avant la logique de leur raisonnement.

Comment avez-vous organisé ce semestre ?

Le programme du semestre a été séquencé en cinq étapes. Il y eut d’abord le thème de 'l’architecte explorateur' puis de 'l’architecte inventeur', de 'l’architecte voyageur', de 'l’architecte du réel' et enfin de 'l’architecte communiquant'.

02(@AlyaElChiati)_B.jpgComment amener des étudiants aux concepts fondamentaux de l’architecture ?

Il s’agissait, pendant ce semestre, de donner l’opportunité à chacun de trouver un langage personnel à partir du monde végétal ou animal. La première phase, celle de l’architecte explorateur, a conduit les étudiants à parcourir la Galerie de l’Evolution et les Serres du Jardin des Plantes afin qu’ils puissent, autant qu’ils sont, observer la diversité des espèces.

A leur retour du musée, je leur ai demandé de compiler des visuels, trouvés tant sur Internet que dans des livres ou des revues et de les classer par catégorie. Ces groupes une fois formés devaient être nommés. L’objectif est de parler d’architecture et de structure. Enfin, cet imagier devait être source d’inspiration. Ils ont donc traduit sous forme de diagramme la structure d’un squelette ou d’un corail par exemple.

Pourquoi porter votre choix sur la nature ?

Des écailles de poisson ne posent-elles pas la question de la matérialité, de la réflexion ? Il s’agit du premier semestre de la première année donc de leur première approche du fait architectural. Chacun en arrivant a déjà sa propre culture. Je préfère alors les ramener au début, au point zéro. Parler de nature, c’est, quelque part, parler du début. C’est aussi le meilleur moyen de les embarquer dans cinq années d’études sans avoir à les guider à travers la théorie.

03(@DavidDjian)_S.jpgComment avez-vous amené les étudiants à faire concrètement le lien entre architecture et nature ?

En montrant, par exemple, des travaux ou des ouvrages inspirés de la nature. Je pense à Toyo Ito qui propose pour son projet d’opéra à Taichung (Taïwan) un système mathématique d’une grande complexité et ce, à partir de l’observation d’un organisme corallien.

Il y a eu également après la deuxième phase du programme, celle de l’architecte inventeur où chaque étudiant dut concevoir une maquette et une présentation graphique, la troisième, dite de l’architecture voyageur.

Nous sommes partis à Barcelone pour, une semaine durant, confronter leur vision à celles de Gaudi, de Miralles-Tagliabue (EMBT) ou encore de Cloud9.

Fabriquer une maquette, dès la première année ? A partir d’un programme donné ?

Bien sûr, dès la première année. Concernant le programme, il n’y en avait pas à proprement parler. Il s’agissait, là encore, de partir de la nature. J’avais à ce sujet un rôle de conseil. J’ai notamment suggéré à une étudiante de travailler à partir de pâtes, de penne plus précisément, afin qu’elle puisse appréhender la profondeur. Elle a finalement choisi des pailles multicolores et s’est inspirée de coraux et de nids d’abeilles. Au passage, elle a réalisé un travail colossal.

Pour note, j’avais invité mes étudiants à ne pas utiliser de carton plume ou de carton gris. C’était là leur seule contrainte. J’estime que ces matériaux sont plus difficiles à manier. C’est donc à partir de terre, de tiges en métal ou encore de plastique qu’ils ont travaillé.

04(@KenzaImani)_B.jpgS’agissait-il alors de copier la nature ?

Non. L’idée originale est d’interpréter des images et, à partir de là, produire la maquette d’un principe structurel. Un brocoli qui part en fractal est relativement complexe à reproduire en architecture. La facilité n’était pas de reproduire la nature. Il fallait ainsi éviter la copie et proposer une interprétation personnelle.

05(@SarahDelaunay).jpgComment, de la nature, amener l’étudiant vers les questions d’échelle par exemple ?

Les étudiants ont nombre de cours en parallèle où ces questions sont traitées. Pour cet atelier, quand l’étudiant venait avec sa maquette, nous discutions ensemble. L’échelle était alors introduite par un bonhomme de maquette. A partir de là, les proportions se précisaient et l’étudiant réajustait son dessin.

Et l’architecte du réel ?

Il s’agit là de la quatrième phase du programme. Il était pour la première fois question de contexte. Pour ce faire, j’ai choisi de les confronter aux Buttes Chaumont. Je souhaitais un site avec du relief. La variété topographique offre des conditions différentes. Chaque étudiant a donc eu son morceau de parc à réaliser en carton. Ils étaient vingt-et-un à se répartir vingt-et-une parcelles.

Alors que tous les étudiants avaient initialement réalisé des maquettes à échelle différente, l’objectif était de les faire tous travailler au 1/200e . In fine, ils ont été plus ou moins obligés de miniaturiser leur projet afin de concevoir un pavillon. S’il était désormais question de produire une forme d’architecture, les étudiants devaient en conséquence penser, entre autres, la manière de gérer la lumière ou de protéger de la pluie l’espace construit.

Il y eut donc un travail de groupe ?

Oui. Il s’agissait d’amener les étudiants au dialogue. Le groupe n’a pas toujours aussi bien fonctionné que je ne l’aurais espéré mais, quand bien même, il s’agissait d’un très bon groupe. Le voyage à Barcelone a permis, outre de mieux se connaître les uns les autres, de créer une véritable cohésion.

Propos recueillis par Jean-Philippe Hugron

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