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Australie | Rogers à Sydney : Dubaï, vous avez-dit Dubaï ? (29-06-2011)

Jonathan Chancellor, journaliste, résume le 30 mai 2011, dans les colonnes du Sydney Morning Herald, les positions de Lord Richard Rogers quant à son projet de développement urbain sur l’ancien site industriel de Barangaroo à Sydney. Difficile aux antipodes, aussi, de construire en hauteur ? En tout cas, la nouvelle maire, suppôt des «bouffeurs de muesli», s’y oppose.

Tours et gratte-ciel | Australie | Rogers Stirk Harbour + Partners

Contexte
En décembre 2009, la société Lend Lease a été désignée par la Barangaroo Delivery Authority et le gouvernement du New South Wales pour mener à bien le développement de l’ancienne friche portuaire de Barangaroo. L’agence Rogers Stirk Harbour + Partners s’est vu octroyée la conception de l’ensemble aux côtés d’agences australiennes.
«Le manque d’informations sur les contrats et les secrets liés au financement du projet sont contraires au droit public», écrit Clover Moore, maire de Sydney, dans une lettre datée de septembre 2010 où elle annonce son départ du bureau en charge du projet.
Depuis, Barangaroo, dont la figure de proue signée de l’agence londonienne est un gratte-ciel emblématique aux rouges structures métalliques, s’enlise sur fond de polémique politique.
Les insultes fusent : Dubaï or not Dubaï ?
JPH

LORD ROGERS, L’ARCHITECTE DE BARANGAROO, DEFEND SON PROJET
Jonathan Chancellor | Sydney Morning Herald

SYDNEY : L’argument selon lequel Sydney n’aurait pas besoin d’un autre promontoire sur le port le long du nouveau quartier d’affaires projeté à Barangaroo a laissé perplexe son architecte en chef, Lord Richard Rogers.

L’architecte présente le renouveau des 22 hectares des quais de l’East Darling Harbour comme un moyen de «transformer cette porte arrière de Sydney en une porte d’entrée».

«L’eau est primordiale, l’espace public est primordial, la ville grandit et vous avez besoin d’encore plus d’espace public».
«Sont-ils alors en train de dire que nous avons assez de beauté et que nous n’en voulons pas plus ?», s’interroge-t-il. «Pour moi, voilà un concept bien étrange».
«Je sais que Paul Keating* souligne ce point... et je suis totalement d’accord avec lui. Dans la plupart des villes, tous les parcs ont été principalement construits au XIXe siècle et nombre de vos superbes espaces datent également du XIXe siècle. Nous devrions donc en ajouter en permanence à mesure que la ville croît».
«Sydney a maintenant 4,5 millions d’habitants et devrait en conséquence avoir non seulement les équipements suffisants mais aussi proposer, au sein d’une société humaniste, plus d’espaces publics».

Lord Rogers, à Sydney la semaine dernière pour revoir son projet et rencontrer Brad Hazzard, le Ministre au plan du New South Wales (NSW)**, a rejeté toute comparaison entre l’hôtel de la jetée et «ce que Dubaï fait de pire».

«L’hôtel est l’opportunité magnifique de créer un repère, du moins tant que le sol reste du domaine public», dit Lord Rogers. «C’est un marqueur visuel».

02(@DR)_S.jpg Ivan Harbour, associé de l’agence londonienne Rogers Stirk Harbour + Partners - dont le projet a été sélectionné -, précise que le patrimoine avoisinant les quais de Walsh Bay a aidé à la mise en forme du plan.

«Nous, en tant qu’étrangers, nous sommes venus et avons vu que Sydney se construit sur l’eau» dit Ivan Harbour.
«Nous avons pensé pouvoir faire pénétrer l’eau dans le site en créant notamment des anses et peut être pouvons-nous étendre cette idée aux alentours du site. Nous n’effaçons pas la présence de l’eau, en fait nous l’augmentons».
«Cela ne nous est jamais apparu comme un objectif irrationnel. Nous ne comprenons pas la comparaison avec Dubaï», dit Ivan Harbour.

Les architectes apprécient le surnom du projet, Big Red. «Fantastique ! Le projet a un surnom ce qui signifie qu’il est dans les consciences de tous», dit Ivan Harbour.

Le luxueux hôtel, le premier hôtel international en projet depuis plusieurs décennies, a été annoncé comme faisant partie intégrante du dynamisme du site et devant apporter de l’activité le soir et les week-ends, selon le promoteur Lend Lease.

«Mais, sur bien des points, nous avons été amenés à le rendre plus fade», reconnait Ivan Harbour. Suite aux critiques et à la comparaison avec Dubaï, laquelle a fait les gros titres de l’Herald, des modifications ont porté sur l’abandon de la couleur rouge, pourtant évidente et la hauteur a été réduite, passant de 213 mètres à 170 mètres. Il en va de même pour sa surface passant de 44.000m² à 33.000m² et pour la jetée longue de 85 mètres au lieu des 150 originaux.

«Nous préférions l’identité du projet alors qu’il était un symbole de force», dit Ivan Harbour. «Dans nos esprits, il n’a pas perdu sa couleur. Sydney dispose d’un climat propice à la couleur ; pourquoi faire gris ?». Lord Rogers est d’accord : «Le panel de couleur dans la plupart des villes va du blanc au noir... ce qui est plutôt triste».

Lord Rogers dit avoir observé la relation qu’entretient Sydney avec le paysage, plus particulièrement son quartier d’affaires, ce qui l’a aidé à cadrer sa pensée.

«Barangaroo et le quartier d’affaires, tout proche, peuvent ne former qu’un. Si vous avez l’un des plus beaux skyline, il s’agit de le poursuivre».
«Il peut être homogène, mais cela ne veut, bien entendu, pas dire que tout sera pareil».
«Comme je le dis souvent... si nous ne nous développons pas et ne changeons rien à rien, nous devrions vivre dans des grottes».
«Il y a de nouveaux besoins en termes d’espace et d’intégration du résidentiel, de l’eau et des commerces et nous devons répondre à cela».
«Les bureaux sont importants car, nous le savons, les villes sont des centres financiers».
«Mais la mixité, l’habitat, le travail, les loisirs, sont importants», dit Lord Rogers.

03(@DR)_B.jpg Ivan Harbour souligne que les variations entre le concept et l’actuel schéma concernent essentiellement les zones résidentielles revues à la hausse pour parfaire l’équilibre. «Le programme était substantiellement orienté pour accueillir des bureaux et je dois dire que nous étions en désaccord», précise-t-il.

Lord Rogers anticipe un futur réseau de voirie original. L'échelle des bâtiments n'était donc pas son principal défi.

«Presque tous les immeubles de bureaux sont à cette échelle».
«Le plus grand et le plus intéressant défi est de trouver l’échelle humaine en relation avec les gratte-ciel».
«A distance, une tour peut être fantastique, mais elle peut dominer l’individu... Nous avons donc créé une dalle haute d’environ quatre étages en relation avec l’espace piéton».
«Les tours sont donc sur, derrière et au dessus. Il y a deux environnements, l’un lié au ciel, l’autre est celui des citadins».

«Ce n’est pas une dalle à proprement parler», souligne Ivan Harbour. «En fait vous serez dans une rue qui attirera votre attention sur la rue elle-même plus que sur les immeubles de grande échelle. Et nous avons appliqué les mêmes règles au rivage... où des constructions basses auront pour arrière plan des tours».

Lord Rogers soutient depuis plusieurs décennies qu’il vaut mieux régénérer les anciennes zones industrielles plutôt que d’envahir les espaces naturels alentours. En ce sens, Sydney a besoin de contrer l’étalement urbain.

«Il faut d’abord user le foncier en déliquescence et dieu sait s’il y en a. Il faut ensuite combler les vides».
«Un vide classique... un élément imposant de béton ayant le potentiel d’un magnifique promontoire».
«J’ai senti que le nouveau gouvernement du NSW est en faveur du renforcement de la ville», dit Lord Rogers.

De récents rapports insinuent que le Ministre des finances du NSW Mike Baird, issu du milieu bancaire, est l’une des figures du nouveau gouvernement et surtout l’un des promoteurs peu scrupuleux de Barangaroo.

«Bien fait et avec quelques considérations communautaires, voilà la chance d’avoir un Canary Wharf*** de l’Asie-Pacifique», soutient-il.

Jonathan Chancellor | Sydney Morning Herald | Australie
30-05-2011
Adapté par : Jean-Philippe Hugron

* Paul Keating, homme politique australien, ancien Premier Ministre de 1991 à 1996 était à la tête de Barangaroo Design Excellence Review Panel jusqu’à sa démission le 7 mai 2011. Ce départ intervient au coeur d’une controverse dans laquelle il juge 'inappropriée' la nouvelle maire de Sydney, Clover Moore, fervente opposante au projet de Barangaroo : «Elle est pour de petits immeubles, pour des citoyens en tongs, pour des bouffeurs de muesli, pour des piétons en vélo et ce, sans avoir aucune idée de ce qui fait la qualité métropolitaine d’une ville et sans avoir aucune idée de ce que la ville pourrait perdre si Barangaroo était abandonné», a-t-il déclaré.

** New South Wales est la région dans laquelle se situe Sydney.

*** Canary Wharf, développé dès les années 80 sur d’anciennes friches portuaires, est le second quartier d’affaires de Londres après la City.

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