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Brésil | Brésil : le modernisme n'est pas mort ! (29-06-2011)

Maria Alice Junqueira Bastos propose dans le numéro de juillet 2010 de Vitruvius, revue d’architecture brésilienne sur Internet, une réflexion sur le modernisme à partir d’un parallèle entre le mouvement et l’une de ses figures marquantes, Paulo Mendes da Rocha, Pritzker 2006. Des origines à aujourd’hui, le modernisme n’a semble-t-il, de ce côté de l’océan, jamais cessé d’être.

Pritzker | Patrimoine | | Paulo Mendes da Rocha

Contexte
«L’architecture est la transformation de la nature sinon la fusion des sciences, de l’art et de la technologie», affirme Paulo Mendes da Rocha. L’architecte, couronné du Prix Pritzker en 2006, est le digne représentant du modernisme brésilien.
La célèbre distinction, en plus de consacrer un architecte émérite, confirmerait la vitalité d’un mouvement au même titre qu’Oscar Niemeyer qui, début 2011, livrait son dernier projet en date, le Centre culturel international d’Avilès en Espagne.
Alors que l’oeuvre de Le Corbusier, figée, tournée vers le passé, peine à être 'patrimonialisée', comme en témoigne le nouvel échec essuyé auprès de l’UNESCO le 28 juin 2011, le modernisme reste, au Brésil, vivant et d’actualité sous une forme plus contemporaine.
Maria Alice Junqueira Bastos revient sur l’histoire d’un mouvement qui n’a, contrairement à ce qui a pu être dit ou écrit, jamais cessé d’exister. Le Courrier de l’Architecte vous propose un extrait de cette réflexion.
JPH

BREF COMPTE-RENDU D’UN CHANGEMENT
Maria Alice Junqueira Bastos | Vitruvius

SAO PAULO - La jeune nation brésilienne a vécu durant les années JK* une attraction vertigineuse pour le futur, fruit d’une confiance dans les possibilités offertes par le développement technologique et industriel.

L’intérieur du Brésil, vaste et sans fin, était vu comme une terre vierge à l’inestimable potentiel de richesses, un territoire qui sera, in fine, coopté au nom du progrès, transformé en un paysage moderne grâce à la capacité technique d’adapter ou de créer les infrastructures pour l’avenir du pays.

02(@JoseMoscardi)_S.jpgC'est précisément à ce moment de l'histoire nationale, à la fin des années 1950, qu’a émergé à Sao Paulo - l'état le plus industrialisé du Brésil - une nouvelle génération d'architectes. Nés entre la fin des années 20 et le début des années 30, ils soutenaient la radicalisation du langage moderne.

Ce mouvement, inspiré de l’ingénierie, préoccupé par la radicalisation des processus constructifs et par le développement de solutions exemplaires, avait pour modèle urbain la ville moderne.

Ce courant a tenté de poursuivre, du moins durant ses premières heures, une expression universelle et technologique en proposant notamment une implantation générique.

Aux prémisses de l'industrialisation de la construction correspondent l’exploration de solutions constructives et la recherche d’expressions artistiques. Les structures en béton faites de lignes droites omettaient alors toute​ ligne courbe, autorisée uniquement dans le cas de programme spécifiant leur création (pour les stades ou les gymnases).

Cependant, se transformant à mesure des époques, l’architecture cherche à répondre aux nouvelles nécessités, préoccupations et visions du monde. Pour chaque discipline, concours, prix et publications proposent une réévaluation permanente et, par conséquent, assurent à certains édifices, au détriment d’autres, une meilleure visibilité.

Le brutalisme pauliste coïncidait alors avec l’essoufflement de l’école de Rio, un vide qui favorisait donc son ascension. Environ dix ans après sa fondation à la fin des années 60, le courant pauliste a été reconnu comme faisant partie d’une expression nationale. Mais il n’était alors plus le même.

La ligne courbe qui avait été utilisée par l’avant-garde pauliste dans la délimitation de noyau hydraulique ou comme clôture est venu progressivement caractériser les structures de béton.

03(@JoseMoscardi).jpgDans le milieu professionnel et national de l’architecture, il y a une résistance à reconnaitre que le travail d'un architecte passe par des inflexions au fil du temps, comme si cela signifiait que l'architecte était sensible aux modes et aux influences externes et les digérait mal.

Pourtant, Lúcio Costa s’est converti à l’architecture moderne, Carlos Millan au brutalisme pauliste. Paulo Mendes da Rocha est, quant à lui, né converti et il semble nécessaire de souligner l’extrême consistance, cohérence et constance de son oeuvre. Paulo Mendes da Rocha serait donc la figure originale d’un architecte au projet moderne, unique.

Le discours sous-jacent à propos de cette continuité sert l’idée que toute discussion, critique, que tout questionnement et débat sur le patrimoine moderne brésilien affirmant qu’il s’achèverait au détour des années 70 voire 80 est un non sens. Dans cette perspective, architectes et penseurs se sont laissés portés par des modes et des valeurs étrangères.

L’architecture de Paulo Mendes da Rocha, après bien des années de critique du mouvement moderne, reste tributaire des mêmes questionnements tout en étant pourtant bien différente de ses premiers projets.

04(@NelsonKon)_S.jpgLe brutalisme pauliste des premières années, tout comme le plasticisme structurel des années 60/70, a eu pour modèle la ville et l’urbanisme des CIAM et Paulo Mendes da Rocha ne fait pas exception. Il se positionnait alors parfaitement dans cette culture qui associait solutions architecturales et solutions urbaines modernes et qui, autant que possible, «généralisait les propositions de projets isolés». C'est ainsi qu'il a conçu dans les années 60 deux résidences semblables qu’il implanta parallèlement sur deux lots voisins.

L’architecture de Paulo Mendes da Rocha n’a donc pas été spécialement influencée par l’urbain. La recherche de solutions «généralisables» signifiait que l’orientation du bâtiment était dictée par les points cardinaux. Dès lors que Mendes da Rocha avait l’opportunité de concevoir un ensemble résidentiel de grande ampleur, comme ce fut le cas au Parque Cecap a Guarulhos en 1967, tous les blocs ont été implantés selon la même orientation.

Le lien étroit entre solutions architecturales modernes et solutions urbaines modernes et la critique de l’urbanisme des CIAM a entaché l’architecture moderne. Dans le contexte brésilien, une critique mémorable avait été faite par Carlos Eduardo Dias Comas, architecte et professeur d’architecture, dans un texte intitulé 'L’espace de l’arbitraire. Considérations sur les ensembles de la BNH** et sur le projet de ville brésilienne'.

Dans ce texte, Comas retient l’analyse de Colin Rowe à propos du tissu urbain : «Du point de vue perceptif, [la ville] dans sa forme traditionnelle a pour figure l’espace et pour fond, la construction. Dans sa forme moderniste, la figure est la construction, le fond, le paysage».

05(@AnnetteSpiro)_B.jpgLorsque l’urbanisme des CIAM a chaviré, le code brésilien de la construction venait d’être modernisé et tout laissait à penser qu’il était possible de voir interagir un monde de formes modernes avec l’architecture préexistante.

Les années 80 au Brésil ont donc montré une formidable ouverture formelle et matérielle et l’architecture s’est montrée sensible au contexte. L’équilibre de l’architecture, sur fond de tension latente entre deux visions de la ville, est devenu un thème cher de la sensibilité contemporaine.

Parallèlement, dans plusieurs textes, Comas a démontré la qualité de l'Ecole d'architecture de Rio et rend hommage à sa ligne prônant l’insertion dans la ville traditionnelle. Au-delà, le regain d'intérêt pour le travail de Paulo Mendes da Rocha a révélé l’incroyable capacité de travailler par touches modernes au service d’une architecture contemporaine.

Ainsi, bien des oeuvres conçues dans les années 1980 ont démontré cette capacité à mette à jour le répertoire moderne en créant une architecture d'actualité ayant sa propre appartenance au lieu. Il n'est pas toujours possible de bien expliquer les évolutions de l’architecture mais il est toujours possible de mieux les comprendre en les situant dans leur contexte et au sein de débats, parfois, implicites.

Maria Alice Junqueira Bastos | Vitruvius | Brésil
01-07-2010
Adapté par : Jean-Philippe Hugron

* Les années JK ou, autrement dit les années Juscelino Kubitschek, président du Brésil de 1956 à 1961. Juscelino Kubitschek est à l’origine de la création de Brasilia.
** BNH est la Banco Nacional de Habitação

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